Plus de 13.000 autorisations de mariage de mineures au Maroc en une année

L'exception devient la règle

Les données officielles, révélées par le Parquet, indiquent que 19.926 demandes de mariage de mineurs ont été formulées en 2020, dont les deux tiers ont obtenu la fameuse autorisation dérogatoire.

En 2020, 13.335 autorisations de mariage de mineurs ont été délivrées aux parents et tuteurs de fillettes qui n’ont pas encore atteint 18 ans. Cela représente les deux tiers des 19.926 demandes d’autorisation d’épouser une mineure faites aux tribunaux marocains. Telle est la réalité du mariage des mineures au Maroc, révélée lors d’une rencontre régionale tenue dans la ville de Benguerir par le Ministère public et le ministère de l’Education nationale, dédiée à d’évaluation de la convention-cadre sur la lutte contre la déperdition scolaire afin de prémunir contre le mariage des mineures.

Un constat qui révolte le procureur général près la Cour de Cassation, président du Ministère public, Moulay El Hassan Daki: «Ce constat fait que le phénomène devient très inquiétant car il fait de l’exception la règle.

Si les juges ne sont pas responsables du grand nombre de demandes de mariage de mineures, étant donné que c’est la résultante de plusieurs facteurs socioculturels et économiques, entre autres, alors nous sommes tous responsables de ces chiffres pharaoniques. Nous ne devons pas vider de son contenu la dérogation réglementaire. Nous devons nous soucier davantage de l’intérêt de l’enfant», a-t-il déclaré.

Autorisation préalable
La législation marocaine, à l’instar de celles de plusieurs pays, soumet le mariage des mineures à une autorisation préalable entre les mains des juges, qui octroient ou non cette autorisation exceptionnelle et doivent justifier leur décision et les motifs autorisant ou non ce mariage, après avoir auditionné les parents et recouru à une expertise médicale ou à une enquête sociale pour trancher en faveur de l’intérêt de l’enfant.

Or, cette dérogation a ouvert grande la porte devant des parents et tuteurs qui n’éprouvent aucune gêne à trouver un argument pour marier leurs fillettes. Souvent, ces parents et tuteurs avancent qu’ils «craignent que leurs filles tombent dans le péché et que seul le mariage leur permettra de rester sur le droit chemin». Des faux arguments qui cachent les raisons inavouées, souvent mercantiles, de parents sans vergogne ou irresponsables.

Depuis plusieurs années, le mariage des mineures suscite une grande polémique au Maroc alors que de plus en plus d’acteurs de la société civile appellent à amender la loi le réglementant. Des associations de défense des droits de l’enfant en particulier et des droits de l’Homme en général demandent que la loi soit modifiée afin que les filles de moins de 18 ans ne puissent pas se marier.

La loi exige l’obtention de l’autorisation dérogatoire d’un juge pour épouser des filles âgées de 15 à 18 ans, tandis qu’elle interdit aux garçons de se marier avant 18 ans. Un paradoxe inexpliqué et injustifié.