Augmentation des salaires des médecins du secteur public

Une victoire mi-figue mi-raisin

Malgré l’approbation par le gouvernement, début septembre 2022, du décret instaurant une augmentation des salaires pour les médecins du secteur public, plusieurs syndicats professionnels ne veulent pas encore crier victoire.

Les médecins du secteur public commencent à voir leur avenir avec beaucoup d’espoir. Longtemps victimes d’une injustice résultant de la non reconnaissance par l’Etat du diplôme de doctorat, ce qui se répercutait sur le niveau de leurs salaires en début de carrière, les médecins ont enfin obtenu gain de cause, après l’approbation par le conseil du gouvernement, qui s’est tenu, début septembre 2022, d’un décret portant statut particulier du corps des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes. Ce décret apporte une hausse des salaires pour cette catégorie de médecins en appliquant l’indice 509 de la fonction sanitaire publique au lieu de l’indice 336, appliqué précédemment.

La mise en oeuvre de ce nouvel indice ouvre la voie à une augmentation du salaire du médecin de l’ordre de 3.967 dirhams pour les médecins du premier grade et 3.604 dirhams pour les médecins hors grade. Il y a quatre grades dans la fonction sanitaire publique. Quand un médecin est recruté par l’Etat, il occupe le premier grade. Il peut passer ensuite au deuxième grade, puis le grade exceptionnel et enfin le hors grade. Le passage d’un grade à un autre se réalise sur la base de l’expérience et la réussite à un examen organisé par le ministère. Ce passage s’accompagne d’une hausse du salaire qui varie entre 3.000 et 3.800 dirhams selon le grade.

Avancée importante
Pour les syndicats professionnels, c’est une victoire incontestable pour ce corps qui a consenti de grands sacrifices durant toute la période du Covid-19. Mais pour le président du Syndicat indépendant des médecins du secteur public, Dr. Mountadar Alaoui, «la victoire ne sera véritablement éclatante que lorsque cette décision entrera en vigueur ». Or la mise en oeuvre de la hausse des salaires ne sera effective qu’à partir de janvier 2023. Une échéance qui met les professionnels de la santé dans le doute et retarde l’application d’une mesure qui devait intervenir il y a quelques années déjà. Dr. Mountadar Alaoui évoque un premier accord signé en 2015 avec l’ancien ministre de la santé, El Houcine El Ouardi. Un accord qui n’a jamais vu le jour malgré les promesses de l’ex-ministre de le faire appliquer.

Si ce décret portant le sceau du gouvernement actuel est vu dans le milieu médical comme une avancée importante dans le dialogue social avec le gouvernement, beaucoup avancent que la hausse du salaire fixe des médecins n’est qu’une revendication parmi d’autres. Le débat est enclenché avec le ministère de la santé pour l’instauration de la partie variable du salaire. La promesse avait été donnée par le ministre de la santé, Khalid Aït Taleb, lors de sa participation à un colloque sur la protection sociale organisé en juillet dernier par l’Association des membres de l’Inspection générale des finances.

Un évènement lors duquel le ministre avait promis de rémunérer les médecins selon leur performance et leur activité. «Celui qui travaille plus va toucher plus», avait ainsi affirmé M. Aït Taleb. L’aboutissement de ce chantier ouvert avec les médecins devrait donc traverser plusieurs étapes dont l’amélioration de leurs conditions de travail, considérées depuis belle lurette, comme dramatiques et inhumaines dans certaines structures hospitalières.