"Pour le moment, il n'y a encore aucune aide au secteur touristique"

Entretien avec Ali Rahimi, vice-président de la région de Marrakech-Safi et opérateur touristique

Membre et ancien vice-président de l’Association de l’industrie hôtelière de Marrakech, Ali Rahimi déplore dans cet entretien le retard constaté de l’aide étatique au secteur touristique et la fermeture des accès de la ville de Marrakech, coeur battant du tourisme national. Une situation qui menace 2,5 millions d’emplois indirects au Maroc.

Où en est concrètement le plan d’aide au secteur touristique annoncé par le gouvernement?
Jusqu’à présent, il n’y a aucune aide au secteur touristique. Il n’y a que des rumeurs et des promesses dans l’air. A Marrakech, les opérateurs attendent toujours la réunion avec les représentants du gouvernement et le département du tourisme pour parler de la reprise.

Mais les échos qui nous parviennent des autres villes montrent une insatisfaction des opérateurs touristiques car, lors de ces rencontres, on ne parle que des mesures sanitaires et du guide comportant des mesures préventives pour préserver la sécurité sanitaire de l’ensemble des professionnels du secteur touristique à respecter pour assurer une reprise progressive et rehausser la qualité des services touristiques présentés dans des conditions saines et sûres.

Tout cela est bien. Personne ne discute la priorité des priorités qu’est la santé et la sécurité des touristes. Mais ces réunions sont censées parler des moyens qui doivent permettre aux établissements touristiques de reprendre leurs activités et de préserver l’emploi dans le secteur. Or, pour l’heure, il n’en est rien.

Comment voyez-vous la situation du secteur à court terme au vu des problèmes que vous rencontrez?
Les banques sont très regardantes en matière d’octroi de crédits aux hôtels. Les crédits Oxygène ne servent pas à grand-chose au tourisme et à ses acteurs. Les hôtels ont besoin de payer leurs personnels pour les maintenir en poste afin de permettre un redémarrage de l’activité. Les établissements touristiques ont besoin aussi d’une exonération partielle d’une partie des charges sociales surtout des impôts et un rééchelonnement du reste.

Marrakech, pièce maîtresse du secteur, est toujours confinée. Considérez-vous que c’est normal de la maintenir ainsi?
Le tourisme local considère toujours Marrakech en zone 2. Elle demeure sous confinement même si les chiffres des cas de contamination de la région ont baissé. Les autorités ont certainement d’autres raisons pour la maintenir dans cette situation. Mais cela tue l’économie de la ville, qui est à 80% touristique. En plus, l’aérien à partir et vers la ville est toujours bloqué.

Somme toute, à mon sens, on ne peut parler de reprise progressive du tourisme local avant octobre 2020 et du tourisme international avant janvier 2021. Parce que, généralement, les Marocains sont financièrement épuisés. Dans quelques jours, on attend l’Aïd. Il sera suivi de la rentrée scolaire et universitaire. Dans leur grande majorité, les Marocains n’ont pas les moyens pour s’offrir des vacances à proprement parler. Même les touristes étrangers sont traumatisés par le confinement. Il faut du temps pour qu’ils se remettent de ce traumatisme.

Pour l’économie en général, l’on ne pourra démarrer réellement qu’avec une circulation de la liquidité. Même la loi de finances rectificative n’est venue en aide qu’aux grandes entreprises, étant donné que les restrictions sur les crédits de fonctionnement sont enlevées pour les grands comptes qui font un chiffre d’affaires de 50 millions de dirhams et plus. Les petites entreprises et celles qui évoluent dans le secteur informel attendent la miséricorde divine ou un miracle pour pouvoir sortir la tête hors de l’eau.


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