Atlas eMobility, à l’assaut de l’Afrique


De gauche à droite, Mohammed
Yehya El Bakkali et Senhaji Hannoun.


A l’horizon 2026, Atlas eMobility prévoit de construire à Tanger un modèle de SUV “premium, mais abordable”, censé permettre au secteur de l’automobile marocain et plus généralement continental de se doter d’un nouvel acteur de premier plan dans le secteur de la voiture électrique.

C’est ce que certains considéreraient peut-être comme une manifestation de l’esprit du temps. Dix jours à peine après la réception accordée le 15 mai 2023 au palais royal de Rabat par le roi Mohammed VI aux fondateurs des compagnies automobiles Namx et Neo Motors (lire n°1487, du 19 au 25 mai 2023), Atlas eMobility annonçait le futur lancement de sa propre voiture électrique, “un véhicule utilitaire sport (SUV) premium, mais abordable”. Dans des déclarations données le 25 mai 2023 au webzine spécialisé Autofutures, son DG, Mohammed Yehya El Bakkali, révélait ceci: “Le produit est quelque chose d’inclassable, tout le monde peut le conduire. C’est attrayant, avec un design très réussi inspiré par l’identité marocaine et africaine. Et il repose sur des technologies et des capacités d’ingénierie éprouvées des équipementiers d’origine (OEM) qui sont reconnues à travers le monde.”

Modèles mathématiques
Basée à Londres, bien que fondée par des Marocains -qui la décrivent comme étant anglo- marocaine-, Atlas eMobility avait ainsi vu son nom fleurir dans les médias nationaux et africains, et il a, par conséquent, semblé naturel à Maroc Hebdo de chercher à en savoir plus, d’autant qu’en dehors de l’article d’Autofutures il n’y avait pas vraiment grand-chose à se mettre sous la dent. Contacts pris, un rendez-vous nous est finalement donné en ligne avec le président exécutif et directeur technique de la société, Mohammed Hicham Senhaji Hannoun. Trentenaire -il souffle son trente-cinquième anniversaire en octobre 2023-, ce dernier est ingénieur mathématicien de formation, ayant notamment fréquenté les bancs de l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA) après des classes préparatoires au lycée Moulay-Idriss de Fès, dont il est par ailleurs originaire.

Au niveau professionnel, il s’est notamment spécialisé dans la modélisation mathématique pour le secteur industriel et l’automatisation des process. “C’est-à-dire que, concrètement, lorsque quelque chose qui se fait manuellement peut être automatisé, je peux mettre en place les modèles mathématiques qui peuvent permettre de le faire,” nous explique-t-il. Et c’est à cette occasion qu’il avait eu pour la première fois l’occasion de travailler auprès de compagnies automobiles; pas de façon directe, mais en passant par des prestataires spécialisés dans le câblage, le plastique ou encore la climatisation. PSA Group, qui comporte entre autres Peugeot et Citroën, avait notamment bénéficié, de la sorte, de ses talents. S’il avait, confie-t-il, dès cette époque commencé à nourrir l’idée de créer sa propre voiture, c’est la rencontre qu’il fait avec M. El Bakkali qui va véritablement pousser M. Senhaji Hannoun à mettre, littéralement, les mains dans le cambouis.

Nous sommes en 2017, et les deux jeunes hommes font pour la première fois connaissance. C’est la soeur de M. El Bakkali, qui fut camarade de classe de M. Senhaji Hannoun au lycée, qui les introduit l’un auprès de l’autre, après s’être dit qu’ensemble, le duo pouvait faire des merveilles. Outillé, de par son parcours, par rapport à tout ce qui est technologique et technique, M. Senhaji Hannoun manquait toutefois de connaissances en finances, contrairement à M. El Bakkali, qui avait également l’avantage de disposer d’un important réseau à l’international, notamment au Royaume-Uni, où il avait suivi l’ensemble de ses études supérieures (à l’Université métropolitaine de Cardiff pour son bachelor et celle de Greenwich pour son MBA).



Futures usines
C’est d’ailleurs là une des raisons de l’installation d’Atlas eMobility dans les îles Britanniques, même si M. Senhaji Hannoun nous indique également que des prospections ont été effectuées ailleurs, “en Turquie, en Asie et en Europe”. “Londres, c’est avant tout pour des considérations géostratégiques,” nous expose- t-il, mais sans s’épancher davantage à ce propos. Développé depuis cinq ans -à partir de 2018, plus précisément-, le SUV d’Atlas eMobility est actuellement en phase de “refinement”, ou raffinage en français, au cours de laquelle le prototype initial est, justement, affiné pour répondre aux exigences et aux normes de performance, de sécurité, de design et de fonctionnalité.

Par la suite, il faudra certifier le modèle -ce qui peut désormais être fait au Maroc même, grâce à la mise en place à Oued Zem d’un circuit de test dédié, le premier et seul à l’échelle continentale-, avant de passer à l’étape finale de la production, “prévue dans les derniers mois de 2026, et au plus tard en 2027”, détaille M. Senhaji Hannoun. Et c’est en fait le Maroc, à savoir Tanger, qui devrait accueillir les futures usines d’Atlas eMobility, car bien que son siège administratif ne s’y trouve pas, la compagnie a voulu que son centre opérationnel et technologique soit basé en Afrique.

“Notre projet, c’est aussi pour aider à développer notre continent,” plaide-t-il. “Malheureusement, nous nous contentons généralement d’exporter la matière première mais sans la transformer, alors que c’est là que réside, à mon sens, le secret de notre décollage. Nous devons revoir nos ambitions à la hausse.” M. Senhaji Hannoun se dit notamment encouragé par le taux d’intégration que l’on retrouve dans le secteur automobile au Maroc, de l’ordre de 65%, et qui selon lui prouve que quand ils le veulent, les Africains peuvent disposer d’une industrie performante. Sur le plan technique, le SUV d’Atlas eMobility devrait être doté d’une autonomie de 700km à 1000km, grâce à la place prévue au niveau de la wheelbase, qui correspond à la distance entre les centres des roues avant et arrière; cela permet, en l’espèce, de pouvoir installer une batterie sur un espace plus conséquent.

Mais toujours est-il qu’il faudra bien à un moment voir se multiplier les bornes de recharge pour qu’Atlas eMobility, et plus généralement la voiture électrique, puisse se faire une véritable place au soleil au Maroc. Quand nous lui avons posé la question, M. Senhaji Hannoun a tenu à insister sur le fait qu’il lui semblait que cinq ans suffiraient largement pour que l’écosystème arrive à maturité. Voeu pieu? En tout cas, lui et M. El Bakkali auraient d’ores et déjà convaincu de premiers investisseurs à mettre leurs billes -leur identité n’a pas encore été dévoilée et M. Senhaji Hannoun nous a promis que cela se fera en temps opportun. En attendant que cela soit également le cas, dans le futur, pour les propriétaires de voiture.

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