Demande d'asile au Maroc de Amar Saâdani: Le faux du vrai

Des médias algériens affirment que l’ancien secrétaire général du FLN voudrait s’installer en tant que réfugié au Maroc. Mais qu’en est-il au vrai?

Le quotidien Le Soir d’Algérie l’assure: l’ancien secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saâdani, aurait bien demandé l’asile politique au Maroc. “Des informations dignes de foi font savoir que la proposition de s’établir dans ce pays émane de personnes proches des autorités marocaines, auxquelles [le concerné] a toujours rendu d’énormes services,” soutenait, dans son édition du 4 avril 2021, le journal.

Faut-il le croire? Car la publication à ce moment précis d’une telle information paraît déjà, en soi, plus que douteuse. En effet, il faut rappeler que la junte algérienne subit actuellement, après une accalmie de près d’un an due à la pandémie de Covid-19, le retour du mouvement de protestation du Hirak dans la rue, et, connaissant sa propension historique à noyer en pareilles circonstances le poisson, on peut très bien imaginer qu’elle puisse chercher à détourner l’attention.

Ce qu’elle a d’ailleurs d’ores et déjà tenté en spoliant, le 18 mars 2021, des agriculteurs marocains de terres qu’ils détenaient dans la palmeraie d’El Arja, sous prétexte que la souveraineté en reviendrait à l’Algérie -ce qui n’est pas plus faux car la convention du 15 juin 1972 relative au tracé des frontières bilatérales l’attribue très clairement au Maroc, mais celui-ci n’avait pas voulu réagir de sorte à éviter une escalade qui n’aurait aucunement servi ses intérêt.

Le deuxième pays de tout Algérien
Ainsi, le fait de faire véhiculer l’idée d’un voisin de l’Ouest servant de refuge aux “ennemis du peuple”, comme les taxe régulièrement le chef d’état-major de l’armée algérienne, Saïd Chengriha, abonde dans le sens de l’agenda d’Alger plus qu’il ne semble véritablement correspondre à la réalité. En fait, il s’agit sans doute en même temps pour la capitale algérienne et de sa propagande de se venger de M. Saâdani, qui, dans une interview publiée en octobre 2019 par le média électronique Tout sur l’Algérie (TSA), avait surtout eu l’outrecuidance de reconnaître qu’il “considère, d’un point de vue historique, que le Sahara est marocain et rien d’autre”.

“L’Algérie a versé pendant cinquante ans des sommes faramineuses (...). L’argent versé au [mouvement séparatiste du] Polisario, avec lequel ses membres se baladent depuis cinquante ans dans les hôtels de luxe, doit revenir à Souk Ahras, El Bayadh, Tamanrasset et autres villes,” avait-il, en outre, fustigé. Et Le Soir d’Algérie y a d’ailleurs directement renvoyé, qualifiant même ce propos, en mettant cela dans la bouche de “beaucoup” -beaucoup de généraux?-, de “haute trahison” et le considérant comme soi-disant exemple des “services” rendus par M. Saâdani au Maroc.

Car bien sûr, comme chacun sait, quiconque donne une opinion un tant soit peu sensée au sujet du Sahara marocain a nécessairement été soudoyé. Qu’en tant que citoyen M. Saâdani souhaite s’établir au Maroc, deuxième pays de tout Algérien, il sera sans doute toujours plus que le bienvenu tant qu’il ne s’agit pas pour lui de fuir les déboires judiciaires au centre desquels il se trouve -il avait notamment été accusé en septembre 2014 par le quotidien Al- Fajr de disposer de 300 millions d’euros d’avoirs à l’étranger-, et certains médias feraient sans doute mieux, en définitive, de faire preuve de plus de dignité au lieu de simplement céder à une bien lâche, hélas, campagne de désinformation.

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