Arrêt de l'approvisionnement du Maroc en gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe: Que risque le Maroc?

Le Royaume peut exploiter la partie du gazoduc Maghreb Europe le reliant à l’Espagne. Le voisin ibérique deviendra alors revendeur et les prix connaîtront une hausse.

Investir dans les énergies renouvelables et promouvoir la prospection et le forage de puits ne répondent pas dans l’immédiat à une problème de taille: Quelle solution d’approvisionnement en gaz naturel après le 31 octobre 2021, date à laquelle l’Algérie a prévu de couper les veines de l’exportation du gaz vers le Maroc et vers l’Espagne via le Maroc?

Dans tous les pays, l’approvisionnement en hydrocarbures et en gaz naturel fait partie des questions hautement stratégiques. Le régime algérien a, particulièrement depuis 1994, orchestré une campagne de propagande anti-marocaine qui est allée crescendo avec comme fond de toile une crise diplomatique entre les deux voisins du Maghreb, montée de toutes pièces, et entretenue médiatiquement grâce aux pétrodollars.

Et à partir de 1996, l’Algérie a commencé à expédier vers l’Espagne et le Portugal environ 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an via le GME (gazoduc Maghreb Europe), un gazoduc traversant le Maroc. A travers son autre pipeline, le gazoduc sous-marin Medgaz, Alger a commencé à acheminer aussi depuis 2011 du gaz algérien jusqu’à l’Espagne. Pourquoi n’at- on pas vu venir le danger depuis le début de la construction de ce deuxième pipeline ou du moins depuis son exploitation? Il était clair que l’Algérie, ou le régime algérien ennemi cherchait à mettre en difficulté un voisin qui réussissait toujours à sortir la tête de l’eau en dépit des attaques en série qu’il subit encore.

Voie maritime
Le choix du temps de l’arrêt de l’approvisionnement du Maroc en gaz naturel liquéfié n’est pas anodin. Il est bien calculé. Premièrement, la décision passe comme un non-renouvellement d’un contrat. Une option qui revient de droit aux deux parties contractantes. Deuxièmement, mettre fin à cet approvisionnement en pleine crise sanitaire revient à dire que l’Algérie a cherché à acculer au mur le Maroc, dont les finances publiques tarissent.

Il est notoire que la pandémie a eu, entre autres conséquences, un renchérissement du gaz naturel du fait notamment des problèmes géostratégiques et de la reprise de l’économie internationale après une longue période de ralentissement. La crise diplomatique entre les deux voisins de l’Afrique du Nord a eu pour répercussion une hausse des prix du gaz liquéfié destiné à l’Espagne, depuis déjà un an. Cela veut dire qu’aujourd’hui, le Maroc n’a pas mille solutions pour s’en approvisionner.

Car ce qu’il recevait depuis le pipeline GME constituait le gros de ses importations en gaz. Le Royaume peut exploiter la partie du même gazoduc le reliant à l’Espagne. Mais le voisin ibérique se fait servir en grande partie à partir de l’Algérie (le reste provient d’autres pays européens). L’Espagne deviendra alors revendeur, ce qui implique que les prix connaîtront une hausse si on ajoute les frais de transport et sa marge bénéficiaire. Ce choix est stratégiquement risqué puisque les relations diplomatiques entre le Maroc et l’Espagne ne sont pas au beau fixe, notamment depuis l’affaire Brahim Ghali d’avril 2021.

Depuis son rappel, notre ambassadrice en Espagne n’a pas encore retrouvé son poste à Madrid. Cette brouille risque de durer ou d’être ravivée après un temps d’accalmie. Reste à accroître l’importation de gaz naturel liquéfié par la voie maritime. Cette solution est faisable. Sauf que tout le monde sait que les prix de l’importation de cette ressource naturelle comptent le plus pour tous les gouvernements du monde.