Passe d'armes entre la CGEM et le GPBM

Les banques, bouc émissaire du patronat?

Le président de la CGEM a accusé les banques d’écarts et de situations en décalage, lesquels n’ont que peu goûté et y voient des attaques et des allégations dénuées de tout fondement. Et elles ont peut-être raison.

A peine élu, le 22 janvier 2020, à la présidence de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Chakib Alj s’est déjà fait quelque deux mois plus tard des ennemis, et pas n’importe lesquels: les banques. Ces dernières, que le patron des patrons avait tancées dans une lettre relayée le 27 mars par la presse et accusées d’“écarts’’ et de “situations en décalage” au détriment des entreprises au cours de la crise actuelle due à la pandémie de Covid-19, ont dès le lendemain repris le concerné, et ce de façon pour le moins sèche.

Dans une réponse signée de la main de son président, Othman Benjelloun, et son vice-président délégué, Mohamed El Kettani, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) a qualifié “le contenu et le ton” de la sortie de M. Alj d’“inadmissibles” et parlé d’“attaques’’ et d’“allégations (...) dénuées de tout fondement”. “Constituant une locomotive de l’économie nationale et un pilier pour l’accompagnement du développement économique et social du Maroc, le secteur bancaire est indigné par ce genre de discours qui, au lieu d’unir toutes les forces vives du pays face à cette crise, tend au contraire à diviser et à semer inutilement la panique”, s’insurge-t-il.

Semer la panique
Et “de rappeler”, plus loin, “que dès le déclenchement de [la] crise (...), le GPBM et ses banques membres se sont mobilisés avec dévouement et enthousiasme pour apporter au sein du Comité de veille économique (CVE, mis en place le 11 mars au niveau du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration pour suivre de près l’évolution de la situation économique et identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs impactés, ndlr) et avec [leurs] différents partenaires publics et privés, particulièrement la CGEM, les initiatives à même de [leur] permettre ensemble de faire face aux conséquences de [la] crise”.

Evolution de la situation
D’ailleurs, le jour même où M. Alj les attaquait, les banques apportaient avec le ministère des Finances les dernières touches aux modalités d’opérationnalisation de leurs mesures de soutien et d’appui aux ménages et aux entreprises finalement officialisées le 29 mars et entrées en vigueur le 30. Ce qui laisserait à penser que le président de la CGEM, qui en tant que membre du CVE était au fait de cela, aurait agi à dessein: si le GPBM s’est retenu de lui porter une telle accusation et s’est contenté de le mettre au défi “de lui communiquer la liste des clients qui se seraient heurtés à des problèmes avec leurs banques dans la gestion du dispositif de soutien mis en place pour réduire les effets du coronavirus”, des banquiers joints par Maroc Hebdo et qui n’ont également que peu goûté les propos de M. Alj à l’encontre de leur corporation franchissent, eux, allègrement le pas en aparté. “Bien sûr que c’est calculé, assure un de ces banquiers, qui va jusqu’à taxer le président de la CGEM d’ “opportunisme”.

C’est pour la consommation interne et donner l’impression aux entreprises qu’il défend leurs intérêts. A supposer que ce qu’il avance soit vrai, rien ne l’empêchait de s’en ouvrir lors des travaux du CVE. Sauf s’il a d’autres objectifs ”. Côté entreprises, d’aucuns défendent M. Alj et avancent que les banques n’auraient finalement rien fait avant que l’Etat n’intervienne en mettant en place le 27 mars, auprès de la Caisse centrale de garantie (CCG), le mécanisme de garantie “Damane Oxygene”, qui couvre 95% des crédits qu’elles sont désormais amenées à accorder aux entreprises pour leur permettre de s’acquitter jusqu’à trois mois durant, dans une limite de 20 millions de dirhams, de leurs charges d’exploitation. Dans sa lettre, le président de la CGEM avait même affirmé que “certains membres” du GPBM, qu’il ne nomme pas, avaient “augmenté leurs marges et la tarification des emprunts”, en donnant l’exemple du “taux de refinancement des importations sont (...) passés de 1,5% à 3,5%”, et celui “de change (...) parfois sans rapport avec les cours pivots et certaines salles de marché sont fermées”.

Inititive sur le terrain
Il reste toutefois que toutes les banques, sans exception, sont allées au-delà de ce qui était attendu d’elles et c’est par exemple elles qui, le 19 mars, avaient de leur propre chef soumis, sans que l’Etat les aient sollicitées préalablement dans ce sens, la proposition pour les entreprises de reporter pour trois mois, prorogeables pour une durée similaire, de leurs crédits à moyen et long termes; ce qui s’est traduit, dans le cadre des nouvelles mesures de ce lundi 30 mars, par le report sans frais ni pénalités de retard des échéances des crédits amortissables et de leasing jusqu’au 30 juin 2020, en en faisant également profiter les ménages.

Du reste, elles ont à elles seules apporté 3,23 milliards de dirhams au fonds spécial mis en place le 16 mars sur instructions du roi Mohammed VI pour gérer et lutter contre la pandémie de Covid-19, et c’est d’ailleurs BMCE Bank of Africa, dont le président n’est autre que M. Benjelloun, qui avec Afriquia avait lancé le mouvement de dons en renonçant à trois mois de ses résultats, à hauteur d’un milliard de dirhams. D’autant plus dans le contexte de crise actuel, il vaut mieux pour le pays que la CGEM et le GPBM soient la main dans la main, car ces deux organisations demeurent in fine à la base de son tissu économique, l’une par sa prise d’initiative sur le terrain et l’autre par les financements qu’elle y apporte, et il faut partant gager qu’elles sauront dépasser leur différend du moment, somme toute accessoire au regard des intérêts multiples par lesquels ils sont entremêlés...


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