Après le carnage "Al Maamadani", le camp Jabaliya sous les bombardements

Le nettoyage ethnique continue

Le massacre israélien se poursuit en toute impunité à Gaza, au nord comme au sud, sous la parapluie de l’Occident, ne laissant aucun endroit où se réfugier à deux millions de Palestiniens. Que cherche vraiment Tel-Aviv?


Des cadavres allongés au sol, tout un quartier résidentiel connu sous le nom de «Bloc 6» réduit en poussière, des montagnes de gravats, des visages terrifiés de Palestiniens courant dans tous les sens à la recherche d’un abri ou d’une ambulance…. Dans le camp de Jabalia, à l’extrémité nord de la bande de Gaza, c’est l’horreur. Dans le plus grand camp de réfugiés palestiniens, à 3 km au nord du village de Jabaliya, on dirait un terrifiant tremblement de terre. En vérité, cette scène macabre est l’oeuvre de l’aviation israélienne qui avait largué, rien que dans la journée de mardi 31 octobre 2023, au moins six bombes sur le quartier, pesant environ 1.000 kilogrammes chacune.

Ce qui se passe depuis le mardi 31 octobre 2023 dans ce camp a fait oublier le carnage israélien dans l’hôpital Al-Maamadani, deux semaines auparavant. Le bilan provisoire des victimes des bombardements israéliens s’élève déjà à 1.000, entre morts, blessés, et disparus, selon un post Facebook publié jeudi matin 2 novembre 2023 par le porte-parole du ministère de la Santé à Gaza, Ashraf Al-Qudra.

Feu vert de l’Occident
Ils étaient 116.000 Palestiniens à se réfugier dans ce camp. Avant les bombardements, bien entendu. Malgré cette forte concentration de populations civiles, l’armée israélienne n’a pas hésité à tout mettre à feu et à sang. Avec le feu vert de l’Occident et son appui militaire et financier généreux, Israël ne se contente plus de faire la sourde oreille. Elle justifie ses agressions aveugles contre des civils désarmés par le fait qu’elle traque les cadres et les militants du Hamas. Dans le cas des bombardements du camp de Jabalia, l’armée israélienne a annoncé que ses attaques ont permis de tuer Ibrahim Biari, un des principaux commandants du Hamas chargés de superviser l’attaque surprise lancée le 7 octobre 2023 par le mouvement. Ceci se passe au moment où on entend de moins en moins parler des succès du Hamas.

Jonathan Conricus, le porte-parole de l’armée israélienne, argue du fait que l’armée avait, à de nombreuses reprises, appelé les populations du camp Jabalia à évacuer le nord de la bande de Gaza, classé comme “zone de guerre”. Il a ajouté espérer qu’ils “prendront la bonne décision et évacueront vers les zones plus sûres du sud”. Mais où, quand le sud vit, lui aussi, sous les bombardements israéliens depuis le début du conflit, s’interrogent l’ONU et les organisations humanitaires, qui soulignent qu’ Israël n’a laissé “aucun endroit sûr” où les Palestiniens peuvent se réfugier. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) a affirmé mercredi 1er novembre 2023 que les frappes aériennes menées cette semaine par Israël contre le camp de Jabalia pourraient constituer des crimes de guerre. Dans un communiqué publié à l’issue de la visite de Martin Griffiths, secrétaire général adjoint des Nations unies aux Affaires humanitaires (OCHA) en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, le responsable onusien a déclaré que les bombardements du camp de Jabalia par Israël étaient “la dernière atrocité à s’abattre sur la population de Gaza”, et que “les combats sont entrés dans une phase encore plus terrifiante”.

Grande inquiétude
Au Maroc, cette énième agression israélienne ciblant les civils palestiniens en toute impunité n’est pas passée inaperçue. Un communiqué du ministère des Affaires étrangères, en date de jeudi 2 novembre 2023, signale que “le Royaume du Maroc, dont le Souverain, le Roi Mohammed VI, préside le Comité Al-Qods, réitère sa grande inquiétude et sa profonde indignation suite à la recrudescence des actions militaires et à l’aggravation de la situation humanitaire dans la bande de Gaza”, et précise que “plus de trois semaines après le déclenchement des affrontements militaires, les civils sont toujours pris pour cible, faisant des milliers de victimes parmi les enfants et les femmes et des dizaines de milliers de blessés, de sans abri et de disparus, ajoutant que les lieux de culte, les hôpitaux et les camps de réfugiés sont toujours bombardés, le dernier en date étant le camp de Jabalia”.

Dans la rue, la colère et la condamnation des crimes d’Israël se font ressentir de plus en plus. De nouvelles manifestations ont eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi 31 octobre 2023, à Rabat, Tanger et d’autres villes du royaume, à l’appel de plusieurs ONG, condamnant les bombardements israéliens du quartier résidentiel du camp de Jabalia.

Pour les manifestants, le Royaume devrait revenir sur son accord de normalisation avec l’État hébreu comme il l’avait fait en 2000 en réaction notamment à la brutalité d’Israël lors de la seconde Intifada. D’autres manifestations ont été enregistrées dans nombres de pays arabes et surtout dans des pays occidentaux cautionnant les crimes de l’Etat hébreu. L’exemple de Londres est édifiant, où plus de 500.000 citoyens ont manifesté leur indignation face au silence complice de leur pays et de tous les pays occidentaux.

Crimes de guerre
Hormis la Jordanie qui a décidé de rappeler immédiatement son ambassadeur à Tel-Aviv en guise de protestation, la réaction des capitales arabes était plus au moins mitigée. “Le Royaume d’Arabie saoudite condamne avec la plus grande fermeté le ciblage inhumain par les forces d’occupation israéliennes du camp de réfugiés de Jabaliya dans la bande de Gaza assiégée, qui a tué et blessé un grand nombre de civils innocents”, a déclaré le ministère saoudien des Affaires étrangères sur le réseau social X (ex-Twitter). Face à la pression de la rue, l’Arabie saoudite avait annoncé le 14 octobre 2023 son intention de suspendre les négociations sur une possible normalisation avec Israël parrainées par les Etats-Unis. Oman n’y est pas allé par quatre chemins pour accuser Israël de “crimes de guerre”.

Le Qatar, lui, a condamné “un nouveau massacre” et mis en garde contre des opérations susceptibles de “saper les efforts de médiation”. L’Egypte et les Emirats arabes unis ont également dénoncé le bombardement du camp de Jabaliya. Sans plus. En Amérique latine, la condamnation a pris une autre forme plus signifiante. La Bolivie a rompu ses relations avec Israël, tandis que le Chili et la Colombie ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs à Tel Aviv.

Dans le monde occidental, c’est le même leitmotiv depuis le début la riposte israélienne à travers l’opération “Sabres d’acier”. Pour les pays alliés, Israël exerce son droit de riposte face à l’offensive de Hamas (opération Déluge Al-Aqsa). En France, en dehors des réactions de condamnation des responsables de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, le ministère des Affaires étrangères n’a déploré que le “décès de deux jeunes ressortissants français dans la bande de Gaza”. Le Quai d’Orsay a réitéré “son appel urgent à une trêve humanitaire afin que l’aide humanitaire puisse parvenir à ceux qui en ont besoin”. Là encore, c’est une autre pièce de théâtre produite par l’Etat hébreu avec des figurants occidentaux. Les bombardements à Gaza montrent que l’armée israélienne pousse les Palestiniens à se réfugier ou plutôt à se déplacer en Egypte.

Une stratégie qui vise à faire de Gaza un nouveau territoire occupé dépeuplé sous le drapeau israélien. Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, qui refusait jusque-là d’admettre des blessés palestiniens tant que les aides internationales ne soient pas acheminés vers Gaza, a fini par céder. La crainte est que le poste-frontière de Rafah, entre la bande de Gaza et l’Egypte, ne devienne un point d’évacuation de milliers de Palestiniens vers El-Arich, une ville du Sinaï mitoyenne de Rafah. Une tactique qui permettra à Israël d’atteindre ses objectifs stratégiques derrière la politique de la terre brûlée.

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