Chronique de Driss El Fahli : Après 50 ans

Le Maroc, quant à lui, a intérêt avec les signataires des accords d’Abraham à calmer le jeu et obtenir un cessez-le-feu.

50ans après l’attaque arabe contre Israël en 1973, le Hamas a mené un assaut d’une ampleur sans précédent contre Israël. Des roquettes par milliers, des morts et des blessés civils par centaines aussi bien du côté palestinien qu’israélien, et ce n’est qu’un début. L’hécatombe reste à venir. La guerre est supposée être une confrontation entre militaires. Dans le conflit israélo-palestinien et les autres antagonismes armés, c’est les civils qui en sont les premières victimes. Des enfants, des femmes et des personnes âgées, particulièrement vulnérables, sont pris aux pièges des combats.
L’imbroglio des conséquences qu’aura l’attaque du Hamas sur Israël, les Palestiniens et la région est difficile à délier. Foreign Affairs rapporte qu’elle a eu un impact sur les Israéliens similaire à celui des attentats du 11 septembre sur les Américains. La revue américaine cite aussi “ces Palestiniens enclavés qui ont enduré des décennies de violences”.

L’attaque a montré un échec total du système d’Israël. De notoriété publique, on pensait que leur système d’espionnage, par ses moyens sophistiqués, son mur et ses indics gazaouis et cisjordaniens était capable de décrypter ce qu’il y a dans la tête de chaque Palestinien, voire
de chaque Arabe. Une milice de résistants hétéroclite, armés avec les moyens du bord, a fait tomber ce château de carte par terre en l’espace d’une matinée. Comment se fait-il qu’un tel groupe, de l’avis israélien amadoué et émoussé par des perspectives économiques du “bien vivre et laisser vivre” à Gaza, a pu réussir cela?

Pourquoi le Hamas a choisi d’attaquer maintenant? Une spéculation nous vient de Martin Indyk, ex-ambassadeur américain et auteur de «Master of the Game: Henry Kissinger and the Art of Middle East Diplomacy». Il dit qu’il faut considérer le contexte du moment. Le monde arabe compose avec Israël. L’Arabie saoudite parle de normaliser ses relations avec Israël. La pression de ce contexte sur Israël et la main visible des américains, obligent l’Etat juif à faire des concessions à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), frère ennemi du Hamas.

C’était une opportunité pour le Hamas et ses soutiens iraniens de perturber ce processus qui les menace. Parallèlement à cette reconnaissance saoudienne, se discutaient les garanties de sécurité américaines pour l’Arabie saoudite. Un tel accord allait isoler le Hamas et l’Iran. L’attaque renvoie tout cela aux calendes grecques. Ainsi, la question palestinienne reviendra à l’ordre du jour. La vengeance létale d’Israël sur les civils palestiniens avec les armes américaines, tout en attisant la haine à l’encontre des américains, d’Israël et des Etats occidentaux qui le soutiennent, amènera Mohammed ben Salmane à revoir sa vision de paix avec l’État sioniste.

Maintenant, que va faire Netanyahou? Il fera ce qu’il a toujours fait dans ce type de scénario vécu une demi-dizaine de fois par Israël: un gouvernement d’union, un baroud meurtrier sur Gaza pour obliger le Hamas à accepter un cessez-le-feu, des négociations pour le retour des otages contre libérations de prisonniers palestiniens et un retour au statu quo en utilisant la diplomatie US, du Qatar et de l’Égypte. Si cela ne marche pas, il restera l’option d’annexer Gaza et faire face aux soulèvements et attaques conséquents. Le Maroc, quant à lui, a intérêt avec les signataires des accords d’Abraham à calmer le jeu et obtenir un cessez-le-feu. Plus la guerre énoncée durera, plus il sera difficile de maintenir une relation diplomatique avec Israël.

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