L'application "Wiqaytna" de traçage des contaminations bientôt lancée

Pas d'obligation, mais de la confiance volontariste

Pour faire réussir l’adoption de leur application de traçage des contaminations, les autorités veulent miser sur la coopération des citoyens. Mais ceux-ci vont-ils jouer le jeu?

“Passer du confinement des personnes au confinement du virus”: cette petite phrase du directeur de l’épidémiologie et de lutte contre la maladie du ministère de la Santé, Mohammed Youbi, ferait sans doute un bon slogan pour “Wiqaytna”, l’application de traçage des contaminations au Covid-19 mise au point au cours des dernières semaines par les autorités marocaines.

Prononcée par le concerné à l’occasion de la conférence de presse qu’il a donnée par visioconférence ce lundi 11 mai avec le gouverneur- directeur des systèmes d’information et de communication du ministère de l’Intérieur, Abdelhak El Harrak, elle vise surtout à balayer les inquiétudes suscitées par l’application eu égard aux questions de respect de la vie privée et des données personnelles des citoyens et que la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) avait elle-même reprises à son compte dans un communiqué en date du 16 avril.

Open source
Justement, selon M. El Harrak, la CNDP a donné son feu vert à “Wiqaytna”, et il s’est engagé au nom de son département à ce que toutes les données recueillies par elle soient immédiatement supprimées dès après la fin de la pandémie de Covid-19: le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, avait déjà tenu le même propos le 29 avril à la Chambre des représentants, après avoir été interpellé à ce sujet par le député FGD (Fédération de la gauche démocratique) Omar Balafrej. Mais M. El Harrak est allé plus avant, puisqu’il a également révélé que “Wiqaytna” serait “open source”, c’est-à-dire que son code serait libre d’accès, ce qui mettrait davantage en confiance les citoyens quant à son objectif tout en permettant à d’autres informaticiens de l’auditer pour pouvoir corriger toute faille de sécurité qu’ils y trouveraient.

Le groupe OCP, qui a participé à la conception de l’application par l’entremise de son école de programmation “1337” basée à Khouribga et Ben Guerir, verra ses employés être les premiers à la tester, afin de s’assurer de son rendu avant de procéder à sa mise en ligne officielle sur iOS et Android. S’inspirant, de l’aveu de M. El Harrak, de l’application “TraceTogether”, lancée le 20 mars par les autorités singapouriennes à des fins similaires, notamment en ce qui s’agit de l’utilisation de la technologie du Bluetooth -finalement préférée à celle du GPS, également un temps envisagée-, “Wiqaytna” pourrait aussi éprouver le même problème: qu’elle ne soit pas téléchargée par tout le monde.

Car suivant les recommandations du CNDP, le ministère de l’Intérieur a opté pour un déploiement sur la base d’une confiance volontariste plutôt que celle de l’obligation. Or à Singapour, dont la population est pourtant réputée “technology friendly”, seuls 19% des résidents ont finalement eu recours à “TraceTogether”, contre un taux qui devrait au minimum être de 60% selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS); ce qui avait poussé le gouvernement local à adopter, le 2 mai, un système de check-in baptisé “SafeEntry” et qui lui se base sur des QR codes à scanner.

Il appartiendra en conséquence aux Marocains de faire réussir l’adoption de “Wiqaytna”. “S’il n’y a pas la coopération des gens et la confiance mutuelle, cela ne sert à rien [d’y avoir recours],” avertissait à cet égard, le 29 avril, M. Laftit au parlement.

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