L'appel sous les drapeaux

Pourquoi? Qui? Quand? Comment

Le rétablissement du service militaire doit permettre aux jeunes Marocains d’acquérir certaines valeurs nécessaires pour la bonne marche du pays.

L’heure d’aller sous les drapeaux a donc sonné. Dès l’automne prochain, une dizaine de milliers de Marocains âgés de 19 à 25 ans devront rejoindre l’un des régiments prévus par les autorités pour les accueillir, dans le cadre du rétablissement du service militaire, acté le 26 décembre 2018 par le parlement au titre de la loi 44-18. Ainsi, depuis le 9 avril et ce jusqu’au 7 juin 2019, le ministère de l’Intérieur procède au recensement de tous ceux qui sont éligibles à ce service.

Il faut bien souligner ce «tous», car le responsable de la «mère des ministères», en l’occurrence le ministre Abdelouafi Laftit, est clair là-dessus: il n’y aura aucun privilège, et tout le monde sera logé à la même enseigne. Car depuis l’adoption de la loi 44-18, la crainte couve que seuls ceux qu’on met dans les «enfants du peuple», c’est-à-dire les Marocains les moins privilégiés financièrement et/ou politiquement, soient concernés par l’appel à servir dans l’armée. Sur les réseaux sociaux, d’aucuns se demandent si les porteurs de certains noms de familles à consonance «aristocratique», si l’on ose dire, devront également se présenter en septembre prochain à un régiment. Une discrimination dont M. Laftit tient donc à balayer d’un revers de main l’existence. Raison pour laquelle aussi bien lui que ses équipes, menées principalement par les walis et les gouverneurs au niveau des différentes provinces et préfectures du Royaume, semblent vouloir jouer la transparence à fond. Il ne faut pas, pour ainsi dire, que le ver soit dans le fruit.

Niveau d’instruction
Pour que le rétablissement du service militaire soit marqué de succès, il est impératif que l’égalité de traitement des citoyens soit garantie. Le roi Mohammed VI a insisté sur ce point dans son discours du parlement du 12 octobre 2018 -à l’occasion de l’ouverture de la session d’automne de l’institution législative: «Il faut souligner que tous les Marocains concernés par le service militaire, sans exception, sont égaux en la matière et ce, indépendamment de leur classe sociale, de leurs diplômes et de leur niveau d’instruction », avertissait-il.

Perte de repères
A pied d’oeuvre, le ministère de l’Intérieur l’est donc afin de faire réussir pleinement une opération dont on n’avait plus l’habitude depuis au moins dix ans. C’est en effet en août 2006, il y a exactement près de treize ans, que le gouvernement de Driss Jettou avait procédé à la suppression du service militaire obligatoire. Mais c’est sans doute depuis les années 1980, quand la guerre battait son plein au Sahara marocain, que les Marocains ont, la dernière fois, été confrontés à un tel branle-bas de combat.

Cette fois, l’objectif n’est plus toutefois, comme avant, d’avoir maille à partir avec un ennemi extérieur de la nature du mouvement séparatiste du Front Polisario, appuyé à l’époque militairement par la junte algérienne, mais un autre autrement pernicieux, car celui-là interne, qui est le dévoiement d’une partie de la jeunesse marocaine actuelle.

Perte de valeurs, de repères même; sens de la communauté à la dérive; nihilisme, faute, il est vrai, de perspectives -un jeune sur trois ne travaille pas, selon les statistiques officielles du Haut-Commissariat au plan (HCP)-,... pour ainsi dire, les maux ne manquent pas.

Consultations préalables
S’il n’en est assurément pas la solution miracle, le service militaire permet tout du moins, du fait de la nature propre de l’institution militaire, d’en limiter la portée. «Le service militaire renforce le sentiment d’appartenance nationale. Il permet aussi de bénéficier d’une formation et d’un entraînement qui offrent des opportunités d’insertion socioprofessionnelle aux conscrits capables de faire valoir leurs compétences, leur sens de l’engagement et des responsabilités», défendait le roi Mohammed VI devant les élus de la nation.

Selon la loi 44-18, le service militaire est prévu pour durer douze mois. Au cours du premier tiers de cette période, c’està- dire quatre mois, les appelés devront suivre une formation de base mêlant un axe général comprenant l’éducation nationale ou encore l’histoire militaire ainsi qu’un axe à proprement parler militaire, qui a trait aux instructions militaires, à la discipline générale, au sport, etc. Ensuite, pendant les huit mois restants, une formation spécialisée est prévue, répartie entre un mois de formation militaire technique et sept autres pour le développement et l’amélioration des compétences.

De quoi visiblement faire le tour de la question militaire en une année donc, et surtout d’acquérir, car c’est finalement cela l’objectif, l’esprit civique et patriotique adéquat. Si d’aucuns semblent excités à l’idée d’être conscrits et donc de faire, incessamment, le grand saut dans l’armée de réserve des Forces armées royales (FAR), ils sont nombreux, toutefois, à prendre la chose moins positivement et, même, à la rejeter.

Mouvement d’ampleur
On a vu ainsi s’organiser, sur les médias sociaux, plusieurs internautes en opposition à cette décision, surtout que celle-ci n’a pas fait l’objet, selon eux, de consultations préalables en dehors des débats parlementaires jalonnant l’adoption de la loi y afférent et qu’elle n’avait pas figuré, auparavant, dans les programmes des partis politiques élus au parlement. Mais difficile de dire s’il s’agit là, véritablement, d’un mouvement d’ampleur.

En tout cas, il faudra veiller à ce que les conscrits futurs ou potentiels, dont beaucoup sont déjà fort affligés par leurs conditions de vie, ne voient pas dans le service militaire une éventuelle épreuve venue ternir davantage leur existence...


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