Les antivax, ces "rebelles" qui disent non au vaccin

Le maroc n'a pas encore atteint l'immunité collective

Avec plus de 43 millions de doses administrées mi-octobre, le Maroc est leader incontesté en Afrique. Mais nombreux sont ceux qui refusent toujours, pour une raison ou une autre, de se faire vacciner. Quid d’un potentiel pass vaccinal obligatoire?

“J’ai peur. J’ai des interrogations, des doutes...”. Avec un ton indécis, Yousra, toujours non vaccinée contre le covid-19, essaie tant bien que mal d’expliquer les raisons pour lesquelles elle refuse toujours de recevoir les deux doses. Pourtant, cette jeune fille active de 24 ans, originaire de Rabat, est très exposée au risque de contamination. Presque chaque jour, son métier d’enseignante au lycée la met en contact direct avec des dizaines d’élèves. “Je sais que je peux attraper le virus à tout moment, mais je refuse le vaccin. Ça a été développé trop vite, je n’ai pas assez de recul sur des potentiels effets secondaires par la suite”, martèle-t-elle.

Une situation qui choque
Début septembre 2021, le Maroc avait lancé une campagne de vaccination au profit des enfants. Un effort qui vise justement à garantir une entrée scolaire plus sûre et éviter toute dégénération de la situation sanitaire. Près d’un mois et demi après, plus de 2,3 millions d’enfants âgés entre 12 et 17 ans avaient reçu au moins une dose du vaccin, sur une population cible de 4 millions d’enfants. Parmi eux, 1,2 million sont déjà complètement vaccinés avec deux doses.

Malgré cette avancée, et contrairement à certains corps professionnels, comme la santé et la sécurité, l’obligation de se vacciner n’est pas encore à l’ordre pour les enseignants. Une situation qui interpelle, voire choque, certains parents d’élèves. “J’ai peur pour mes deux filles. Chaque matin, avant de les voir franchir la porte de leur école, je pense aux dangers qu’elles encourent.

Au fait qu’elles puissent se faire contaminer, tomber malade ou nous contaminer”, nous confie Samir. Le visage grave, ce père de famille de 46 ans cache à peine son inquiétude.

Ne pas baisser la garde
Des craintes très fondées, selon Dr. Mohamed Jamal Bouzidi, médecin et président de la chambre syndicale des biologistes. Même si le nombre total de Marocains complètement vaccinés a atteint, mi-octobre, les 20 millions sur une population cible de 30 millions, il reste encore du chemin à faire. “La situation est toujours critique. Il faut absolument atteindre le seuil minimal de 80% de vaccinés. Nous ne pouvons pas baisser notre garde avant”, précise Dr. Bouzidi.

D’ailleurs, la primo-vaccination, c’està- dire l’administration de la première dose, connaît depuis quelques jours un ralentissement notable. Depuis début octobre, le nombre de premières doses administrées effleure les 40.000 par jour en moyenne, contre 200.000 en moyenne sur les quelques semaines d’avant. Et ce n’est pas à défaut de stock de vaccin. Le 10 octobre, le Maroc recevait 5 millions de doses Sinopharm, portant le total de doses reçues de la Chine à elle seule.

C’est surtout que la campagne nationale de vaccination se rapproche de plus en plus du terrain des “antivax”, des individus qui, pour une raison ou une autre, refusent de se faire vacciner. C’est le cas de Abdellatif, 52 ans, qui hésite à se faire vacciner par peur de subir des complications liées à son état de santé par la suite. “Je souffre de problèmes cardio-vasculaires depuis près de deux ans maintenant, mais j’ai peur que mon corps réagisse mal.

Mon entourage ne cesse de m’encourager à aller me vacciner, certains trouvent mon attitude un peu égoïste, mais je préfère ne pas le faire”. “Risques potentiels” Mais Dr. Bouzidi insiste que toute personne ayant des réserves pareilles doit absolument se tourner vers les professionnels au lieu de spéculer. “C’est aux équipes médicales de décider s’il est possible qu’une personne souffrant de certaines maladies puisse se faire vacciner ou pas. Cela se fait bien sûr après une analyse complète de sa situation. Des cas qui ne peuvent pas être vaccinés pour ces raisons-là restent minoritaires”, précise-t-il. Il faut rappeler par exemple que le ministère de la Santé autorise les personnes allergiques à se faire vacciner depuis mi-juillet 2021, date avant laquelle cela n’était pas possible.

Contrairement à d’autres pays, notamment occidentaux comme la France ou l’Australie où les anti-vaccin affichent clairement leur opposition et descendent même dans la rue pour faire entendre leur voix, leurs homologues marocains se montraient jusqu’à maintenant discrets. Chose qui pourrait changer très prochainement, alors qu’il reste encore près de 8 millions de Marocains à vacciner complètement. Cette “résistance” a déjà une forme et un nom: l’Union des Marocains contre le pass sanitaire (l’UMCPS).

En plus de mettre en garde contre les “risques potentiels” du vaccin en évoquant les cas d’effets secondaires aigus constatés chez certains vaccinés, ce groupement fraîchement créé et très actif sur les réseaux sociaux, dénonce la “mise en place d’un pass sanitaire officieux” par certaines institutions publiques. Comme nous a témoigné Naima, une quadragénaire de Salé, dont la demande de renouvellement de sa carte d’identité stagne du fait qu’elle n’est pas vaccinée. “Le citoyen se sent “obligé” de se faire vacciner, accablé par une pression médiatique et institutionnelle incessante, rendant alors cette opération volontaire, indirectement obligatoire”, déplore l’UMCPS dans un communiqué rendu public le 7 octobre.

Alors que le Maroc doit encore vacciner complètement pas moins de 6 millions de citoyens pour atteindre le seuil recommandé des 80% de vaccinés de la population cible, le pass sanitaire sera certainement au coeur des débats dans les prochaines semaines.