Nadir Larbaoui, nouveau premier ministre algérien

Nomination de Nadir Larbaoui : L'antimarocanisme a encore le vent en poupe à Alger


C’est au Polisario que Nadir Larbaoui a réservé sa toute première activité officielle. Un indice révélateur de la teneur du nouveau programme de Abdelmajid Tebboune, à un an des prochaines présidentielles.

Seulement deux jours après sa nomination, le 11 novembre 2023, par le président Abdelmadjid Tebboune, le nouveau premier ministre algérien Mohamed Ennadir Larbaoui, ou simplement Nadir Larbaoui comme on l’appelle généralement dans la voisine de l’Est, annonce déjà la couleur. C’est au mouvement séparatiste du Front Polisario qu’il a réservé sa toute première activité officielle. Lundi 13 novembre 2023, il a reçu, au siège de la primature, le président du “parlement sahraoui”, Hamma Salama, en “visite officielle en Algérie” (sic). “Les entretiens ont porté sur les derniers développements de la question sahraouie et ses perspectives d’avenir, rapporte, entre autres, l’agence du Polisario, Sahara presse service (SPS). Rien qu’à lire ce passage, l’on comprend vite que celui qui, jusqu’au 25 mars 2023, dirigeait la mission permanente de l’Algérie auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) à New York est bien décidé à reprendre son bâton de pèlerin du séparatisme sahraoui.

Sur les bords de l’Hudson River, M. Larbaoui s’est en effet taillé une réputation d’avocat indécrottable du Polisario, quoique peu efficace du fait notamment de la présence sur place de son homologue marocain Omar Hilale, qui avait pris avec le temps l’habitude de le remettre à sa place lors des différentes réunions où tous deux se trouvaient. Davantage qu’une promotion, son rappel au bercail pour prendre le poste de directeur de cabinet de M. Tebboune et son remplacement par l’aussi inénarrable Amar Bendjama avait d’ailleurs, pour beaucoup d’observateurs, sonné comme un désaveu à son égard.


Fiascos diplomatiques
De même que sa nomination à la tête du gouvernement ne doit pas forcément être perçue comme la consécration de sa longue carrière de serviteur invétéré de la junte militaire, pour le compte de laquelle il avait notamment également officié à Rabat en tant que représentant de l’Algérie au secrétariat général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), dont le siège se trouve dans la capitale du Royaume. Car c’est, en fin de compte, en tant que premier ministre sans grandes attributions, si ce n’est purement symboliques, qu’il prend ses nouvelles fonctions au 6, rue Docteur Saâdane à Alger (siège du premier ministre algérien). Il remplace Aymen Benabderrahmane, dont les pouvoirs étaient également limités. Depuis la révision constitutionnelle de novembre 2008, le poste politique de chef de gouvernement a été supplanté par celui de premier ministre, devenu simple “coordonnateur” du programme présidentiel. Pour ne pas dire un sous-fifre.

Lors de la cérémonie de passation avec M. Benabderrahmane, M. Larbaoui a, à ce propos, lui-même réduit sa feuille de route à “sa détermination et sa volonté d’oeuvrer pour la mise en oeuvre du programme ambitieux du président de la République”; ce qui renseigne par ailleurs également sur la principale raison de sa nomination, à savoir de baliser le terrain à M. Tebboune en vue de lui assurer une deuxième élection aux présidentielles prévues en principe en décembre 2024. Sur le plan économique notamment, le président algérien pourra ainsi arguer du fait qu’il a opéré le changement mais qu’il lui fallait du temps pour aboutir aux résultats recherchés, étant donné qu’il est difficile de juger ou d’évaluer en un an seulement un programme gouvernemental.

En outre, M. Larbaoui pourrait aussi servir à M. Tebboune pour mettre en sourdine les innombrables fiascos diplomatiques d’Alger de ces derniers mois, avec notamment l’échec de son adhésion aux BRICS, en relançant l’offensive à l’encontre du Maroc, comme peuvent déjà le laisser présager ses entretiens avec M. Hamma. En l’absence d’un bilan à défendre, M. Tebboune n’aura ainsi encore une fois d’autre échappatoire que de rabâcher à nouveau le dossier du Sahara marocain, à l’image de la campagne électorale qu’il avait menée en 2019 et qui s’est poursuivie jusqu’aux locaux du palais d’El-Mouradia, avec la rupture depuis le mois d’août 2021 des relations de l’Algérie avec le Maroc. La seule utilité que pourra bien avoir M. Larbaoui, en somme.

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