Annulation de l'AG de l'OMT: Le cas Aït Taleb

Il suffit que Khalid Aït Taleb, ministre de la santé, agite la menace d’une nouvelle vague de la pandémie pour que le reste de l’Exécutif plie.

On croyait en être enfin débarrassés. Redevenu ministre de la Santé une semaine après avoir dû céder son portefeuille à la nouvelle mairesse de Casablanca, Nabila Rmili, Khalid Aït Taleb est revenu plus fort et plus radical que jamais: mise en place expéditive, depuis le 21 octobre 2021, du pass sanitaire; maintenant, annulation de la prochaine assemblée générale de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), que le Maroc devait accueillir du 30 novembre au 3 décembre 2021 et que la capitale espagnole Madrid et ses hôteliers ne se sont bien évidemment pas fait prier pour récupérer dans la foulée.

Sur un plan purement sanitaire, on ne peut bien sûr que donner raison à M. Aït Taleb; c’est d’ailleurs ce zèle particulier à mettre au-dessus de tout les vies humaines, y compris quand cela constituait un non-sens du point de vue économique notamment, qui a tôt valu au Maroc, et ce dès qu’il se trouva dans le lot des pays touchés par la pandémie de Covid-19, d’être cité en exemple à l’échelle de la planète et par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en particulier. Mais fatalement, ne sommesnous justement pas en train de tomber dans le pan-médicalisme, comme le philosophe français André Comte-Sponville qualifie “cette idéologie qui attribue tout le pouvoir à la médecine”? “Auparavant, la santé était un moyen pour atteindre le bonheur.

Aujourd’hui, on en fait la fin suprême, dont le bonheur ne serait qu’un moyen! Conséquemment, on délègue à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais de nos vies et de nos sociétés,” regrettait-il dans une interview publiée en avril 2020 dans le quotidien Le Temps et ayant alors fait grand bruit. Car il faut rappeler qu’en un plus d’un an et demi déjà, le contexte a bien changé: aujou ne sommes-nous justement pas en train de tomber dans le pan-médicalisme rd’hui, le Maroc peut se prévaloir d’avoir déjà vacciné 80% de sa population, dont 73% qui ont déjà reçu la deuxième dose -chiffres donnés par M. Aït Taleb lui-même-, tandis qu’un pan non négligeable des Marocains s’apprêtent à se faire injecter la troisième dose.

Si, dans cette situation, la vie ne peut pas reprendre son cours normal, quand cela sera-t-il vraiment possible? Ce qui semble aujourd’hui clair c’est qu’au-delà de la seule personne de M. Aït Taleb, nous sommes en face d’un gouvernement qui, en matière de santé, est aussi frileux que celui qui l’a précédé, sinon pire car au moins dans le précédent on pouvait trouver des voix raisonnables telles l’ancien ministre de l’Économie, Mohamed Benchaâboun, et celui de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, pour contrecarrer l’argument du tout sanitaire et lui préférer la voie de la modération.

Désormais, il suffit que M. Aït Taleb agite la menace d’une nouvelle vague, qui pourrait de toute façon être inévitable si l’on suit l’hypothèse des cycles de deux mois du journaliste américain David Leonhardt, pour que le reste de l’Exécutif plie, de sorte à ne pas se faire taper sur les doigts quand les chiffres augmenteront. Avec, malheureusement, cette conviction infondée que la population ne pourra qu’opiner du chef et qu’elle n’est, pour reprendre la déclaration d’un certain haut responsable, pas en mesure de “tordre le bras de l’État”, c’est-à-dire de lui tenir tête.

Et qu’on peut même lui imposer, à J-3 seulement, une décision aussi lourde que le pass sanitaire -dont personne ne conteste bien entendu le bien fondé légitime, mais plutôt les méthodes ayant présidé à son adoption. Si, au cours de son mandat, le gouvernement Aziz Akhannouch compte procéder comme s’il n’avait de compte à rendre qu’à une partie qui n’est pas le peuple -on passera, ici, sur l’absence totale de communication de la part de M. Aït Taleb-, le moins que l’on puisse dire est qu’il se trompe lourdement.