ANAS DOUKKALI: "La situation est sous contrôle, il ne faut pas céder à la panique"



Le ministre de la Santé se veut rassurant à propos de la prévalence du virus H1N1 au Maroc. Selon lui, la situation n’est pas plus grave que les années précédentes et le vaccin est disponible en quantités suffisantes.

La panique qui s’est emparée de la population depuis l’apparition des premiers cas de grippe H1N1 a atteint un niveau hystérique après la mort de 16 personnes. La situation est-elle sous contrôle?

Je peux vous assurer que la situation épidémiologique est normale, elle est conforme à ce que l’on a connu des années auparavant et aux normes de l’OMS. Elle est sous contrôle, c’est certain. Généralement, la saison grippale s’étend entre les mois de novembre et décembre. Cette année, il y a eu un décalage de deux semaines qui a fait que le pic épidémiologique a eu lieu vers la mi-janvier. Il y a eu des morts que nous déplorons, c’est un fait, mais la situation n’est pas différente des années précédentes. Elle n’est ni plus grave en termes de virulence du virus ni plus inquiétante en ce qui concerne sa prévalence.

Il y a 16 morts jusqu’au 5 février et vous dites que la situation n’est pas grave…
Je peux vous dire qu’une mort faute de soins ou d’assistance est inacceptable. Il se trouve que le ministère n’a pas failli à ses obligations. Il est accusé à tort. Nous avons un plan d’intervention assez bien rôdé depuis des années. Il y a, à titre d’exemple, ce que l’on appelle un système de veille épidémiologique consistant à récolter et à analyser les données de 375 centres de santé. Ce sont ces chiffres qui nous permettent chaque année d’avoir une visibilité sur la situation de cette grippe, son évolution et le degré de dangerosité du virus. Les données de la saison actuelle confirment que la courbe n’est pas différente des années précédentes. Le ministère est à pied d’oeuvre depuis des semaines pour limiter les dégâts.

On parle d’un manque de vaccin pour faire face à la grippe H1N1…
D’abord, il n’y a pas eu de manque de vaccin. En concertation avec le fournisseur de ce produit, nous avons mis à la disposition du marché, hôpitaux et pharmacies, 347.000 doses. Mieux, le fournisseur a pris de son propre chef la décision de rajouter par précaution 10% de doses par rapport à l’année dernière. Les 347.000 doses ne sont pas disponibles en vente libre dans les officines, mais uniquement sur prescription. Pas tous les symptômes grippaux sont à attribuer au H1N1. Par ailleurs, le Tamiflu est un antiviral et doit être administré dans une structure hospitalière, après la confirmation de l’existence du virus. Si l’on le prend sans raison valable, cela déleveloppera fatalement une résistance du virus au médicament. Ainsi une fois le corps atteint, le Tamiflu n’est plus efficace. Donc, il ne faut pas céder à la panique. D’ici fin février, tout cela sera derrière nous. On fait tout pour qu’il n’y ait pas plus de morts d’ici là.

La récolte des données n’est pas suffisante…
Effectivement. En plus de la récolte des données des 375 centres de soins, le ministère a, dans le cadre de son plan de veille, une action d’observation. Il s’agit d’avoir les prélèvements sanguins des patients qui sont passés par des centres de soins et des hôpitaux du Royaume. Ces prélèvements sont alors analysés au sein du laboratoire national de la grippe, agréé par l’OMS, selon les normes de cette organisation onusienne. A ce niveau-là, on n’a pas droit à l’erreur. Le laboratoire a analysé quelque 656 échantillons. La ventilation est semblable à celle établie à l’échelle mondiale. Il y a des personnes atteintes du virus H1N1 de type A qui est agressif et se transmet facilement. D’où la campagne de sensibilisation menée par le ministère depuis des semaines visant particulièrement les personnes vulnérables.

Qui sont ces personnes vulnérables? Les autres n’ont-elles rien à craindre?
Tout le monde doit prendre les précautions nécessaires. La grippe, de quelque type qu’elle soit, reste une maladie grave avec des symptômes tels que des maux de têtes, la toux, des courbatures… Surtout, elle est contagieuse. La grippe H1N1 l’est davantage. Je n’ai pas besoin de vous détailler les divers types de grippe. Nous suivons l’évolution de la situation et nous mettons les moyens pour y faire face. Pour ce qui est des personnes vulnérables, ce sont celles qui présentent une déficience immunitaire (personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques, enfants en bas âge, femmes enceintes…). Cette catégorie doit prendre plus de précautions que les autres. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’hygiène reste un facteur clé dans la limitation de la propagation du virus.

Que fait le ministère dans ce sens?
Comme je viens de le dire, nous menons des campagnes de sensibilisation. Deuxième action, la vaccination du personnel de la santé, avec pas moins de 60.000 vaccins contre la grippe par an. Cette année, nous renforçons le système de veille et le suivi des cas hospitalisés... Nous avons redoublé les moyens du plan Riâ’aya (prise en charge) au profit des populations vivant dans des villages reculés et enclavés. Tout cela pour dire que le ministère agit, réagit et met à jour ses procédures et ses plans d’intervention pour faire face à des situations d’urgence… Chaque cas parmi les seize morts fait l’objet d’un rapport détaillé pour identifier les véritables causes du décès… Je reviens sur la question du Tamiflu pour ajouter que ce vaccin n’est pas un remède miracle comme certains le laissent entendre. Il ne tue pas le virus. Par contre, il freine sa multiplication.

A vous entendre, on peut dire qu’il n’y a pas de soucis à se faire…
Ce n’est pas ce que je veux dire, j’essaie de vous expliquer que la situation est maîtrisable, que les services des maladies infectieuses et respiratoires sont sur le qui-vive. Ils ont redoublé de vigilance à tous les niveaux. Il y a des années où il y avait plus de cas de grippe H1N1 mais cela n’a pas créé autant de remous que cette année. Je me demande pourquoi? Pour conclure, je peux vous assurer qu’une fois un cas détecté, avec le moindre doute, il est immédiatement pris en charge. Je veux aussi rassurer les Marocains que le vaccin est disponible en quantité suffisante dans toutes les régions du Royaume.