Amine Bennouna : "Atteindre l’indépendance énergétique en 2030 est un rêve qu’il faut oublier"


Les défis auxquels le Maroc est confronté pour atteindre son objectif d’indépendance énergétique d’ici 2030, les mesures prises pour minimiser les perturbations de l’approvisionnement énergétique et le rôle des projets d’énergies renouvelables et du stockage de l’énergie dans cette transition… C’est ce que Amine Bennouna, Professeur à l’Université Cadi Ayyad et chercheur en énergies, nous décrypte dans cette interview.

Dans votre dernière étude, publiée en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer, vous avez souligné la forte dépendance du Maroc aux importations d’énergie, notamment le gaz naturel. Quels sont les principaux défis que le pays doit surmonter pour atteindre son objectif d’indépendance énergétique d’ici 2030 ?
Réaliser l’indépendance énergétique totale d’ici 2030 est un objectif ambitieux, et je peux même dire que c’est un rêve qu’il faut oublier. Au niveau de l’énergie, 2030 est dans 7 ans, ce qui représente peu de temps. Il est toutefois important de noter que cela reste un défi majeur pour le Maroc. Les principaux défis auxquels le pays est confronté incluent la diversification des sources d’énergie, l’amélioration du stockage de l’énergie, le renforcement des interconnexions régionales et la promotion de l’efficacité énergétique. Le Maroc doit investir dans le développement des énergies renouvelables, réduire sa dépendance aux combustibles fossiles importés et mettre en place des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique dans tous les secteurs.

Après l’arrêt des importations de gaz naturel en provenance d’Algérie en 2021, quelles mesures alternatives le Maroc a-t-il prises pour minimiser les perturbations de l’approvisionnement énergétique ?
Suite à cet arrêt des importations de gaz naturel, depuis novembre 2021, le Maroc a pris plusieurs mesures alternatives pour minimiser les perturbations de l’approvisionnement énergétique. Tout d’abord, le pays a accéléré son engagement envers les énergies renouvelables, en mettant en oeuvre des projets ambitieux tels que le complexe Noor Ouarzazate et le parc éolien de Tarfaya. Ces projets augmentent la capacité de production d’énergie renouvelable du pays, réduisant ainsi sa dépendance aux combustibles fossiles.

En 2020, le Maroc a atteint une capacité installée de 3 816 MW pour l’énergie éolienne et solaire. De plus, le Maroc explore des possibilités d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) provenant d’autres pays pour diversifier ses sources d’approvisionnement. Le pays cherche également à développer ses ressources en gaz naturel domestique, y compris les découvertes récentes de gisements de gaz naturel. Il faut aussi noter que nous allons probablement avoir assez de gaz naturel pour alimenter les deux stations de Ain Beni Mether et Taataret.

Il n’est pas impossible aussi que les découvertes au niveau de Larache permettent d’extraire plus d’un milliards de m cube/an, ce qui nous permettra d’alimenter une troisième centrale et d’ailleurs il y a un appel d’offre qui a été lancé par l’ONEE pour mettre une central au gaz naturel à coté du barrage El Wahda. Enfin, le Maroc promeut activement l’efficacité énergétique dans tous les secteurs afin de réduire la demande énergétique et minimiser les perturbations de l’approvisionnement. Ces mesures alternatives contribuent à assurer la continuité de l’approvisionnement énergétique du pays.

Le Maroc a manifesté un engagement significatif envers les énergies renouvelables, avec des projets ambitieux comme le complexe Noor Ouarzazate et le parc éolien de Tarfaya. Comment ces projets contribuent-ils à l’objectif du pays de produire 52% de sa capacité électrique à partir de sources renouvelables d’ici 2030 ?
Les projets tels que le complexe Noor Ouarzazate et le parc éolien de Tarfaya jouent un rôle essentiel dans la réalisation de l’objectif du Maroc de produire 52% de sa capacité électrique à partir de sources renouvelables d’ici 2030. Ces projets augmentent considérablement la capacité de production d’énergie renouvelable du pays, réduisant ainsi sa dépendance aux combustibles fossiles et les émissions de gaz à effet de serre. Il faut préciser une chose, au moment où la stratégie énergétique a été élaborée en 2008, la machine économique marocaine était en pleine croissance, la consommation en milieu rurale augmentait sans cesse, et donc la demande électrique augmentait.

Les experts ont estimé alors que le Maroc a besoin d’une puissance de vingt quatre milles mégawatts installés. Mais depuis, la consommation par habitant du Maroc est en train de stagner, et donc on a besoin que de seize milles mégawatts de puissance. Ce qui compte le plus, les parts d’énergies locales que nous produisons et ceux renouvelables. On a par exemple le complexe Noor Ouarzazate, qui est l’un des plus grands complexes solaires au monde. Il utilise l’énergie solaire concentrée pour générer de l’électricité, exploitant ainsi le potentiel solaire du Maroc. De même, le parc éolien de Tarfaya exploite le potentiel éolien du pays pour produire de l’électricité propre. Ces projets renforcent la sécurité énergétique du Maroc en diversifiant ses sources d’approvisionnement et en contribuant à la transition du pays vers une économie à faible intensité de carbone. Ils sont donc essentiels pour atteindre les objectifs du Maroc en matière d’énergies renouvelables.

Quels sont les défis spécifiques que le Maroc rencontre en matière de stockage de l’énergie renouvelable, et comment la mise en place d’une nouvelle centrale de pompage-turbinage et l’initiative d’hydrogène vert pourraient-elles aider à les surmonter ?
Le Maroc rencontre plusieurs défis en matière de stockage de l’énergie renouvelable, notamment l’intermittence des sources d’énergie renouvelable telles que le solaire et l’éolien. Pour surmonter ces défis, le pays doit investir dans des technologies de stockage de l’énergie plus avancées. On a certes la STEP d’Afourar qui permet de stocker l’énergie, une deuxième qui est dans ses dernières étapes et une troisième dont l’appel d’offres doit être publié prochainement qui se trouvera près de Rabat.

Ces 3 STEP vont nous donner une capacité d’accueil de mille cent mégawatts d’énergie. La mise en place d’une nouvelle centrale de pompage-turbinage peut aider à résoudre le problème de l’intermittence en stockant l’énergie excédentaire pendant les périodes de production élevée et en la libérant lorsque la demande est élevée. Cela permettrait d’équilibrer l’offre et la demande d’électricité renouvelable.

Parallèlement, l’initiative d’hydrogène vert offre une option de stockage à plus long terme. En utilisant l’électricité produite à partir de sources renouvelables pour produire de l’hydrogène, le Maroc peut stocker cette énergie sous forme d’hydrogène et l’utiliser ultérieurement pour la production d’électricité ou comme vecteur énergétique dans divers secteurs.

Ces initiatives de stockage de l’énergie renouvelable sont essentielles pour garantir une transition énergétique fluide et efficace au Maroc, en améliorant l’efficacité de l’utilisation des énergies renouvelables et en assurant une fourniture d’énergie continue et fiable.

Articles similaires