Amina Bencheikh: "L'amazigh victime d'exclusion et de manque de courage politique"

Témoignage de Amina Bencheikh, militante Amazigh et ancienne membre de l’institut royal de la culture amazighe.

Après le dernier discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’occasion de la révolution du Roi et du Peuple, dans lequel Sa Majesté a évoqué la profondeur de la longue histoire marocaine, et depuis le discours du Trône de 2001 à Ajdir qui a marqué la reconnaissance de la composante amazighe dans le contexte pluriculturel marocain, dans ses dimensions de langue, de culture et d’histoire, et après avoir franchi plusieurs étapes d’officialisation et d’institutionnalisation de l’amazigh, je ressens un profond regret de constater que nos politiciens et gouvernements refusent encore d’opérationnaliser toutes les mesures prises en faveur de la promotion de la composante amazigh. Cette absence de courage politique a été palpable lors des dernières élections législatives, régionales et communales du 8 septembre 2021.

La langue amazigh a été exclue de la campagne de communication du ministère de l’Intérieur, se contentant du français et de l’arabe, en plus d’une absence quasi-systématique des programmes électoraux. Ceux qui ont traité de l’amazigh dans le cadre de cette campagne, l’ont fait de manière superficielle sans proposer de véritables mesures concrètes afin de garantir une égalité et une équité avec la langue arabe, comme le précise la constitution de 2011.

Pour remédier à tous ces blocages et promouvoir l’identité amazighe, je propose plusieurs mesures dont la création d’un Fonds pour financer et soutenir l’intégration de l’amazigh dans tous les secteurs gouvernementaux, la généralisation de la langue amazigh dans l’enseignement primaire, au collège et au lycée, l’inclusion de l’amazigh dans les programmes de lutte contre l’analphabétisme et le renforcement de l’amazigh au niveau des médias audio-visuels et dans la presse écrite.

Il faudra également rendre le nouvel an amazigh un jour férié, trouver une solution définitive au problème de l’interdiction des noms amazighs et réhabiliter l’amazigh dans l’histoire du Maroc tout en renommant des lieux en leur octroyant leur noms amazighs originaux.

Par ailleurs, il conviendra de prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier aux disparités spatiales qui empêchent l’égalité des chances en termes de droits linguistiques, culturels, sociaux et économiques et enfin rendre les lois compatibles avec les exigences du l’article 5 de la constitution qui stipule que «l’amazigh est une langue officielle de l’Etat».