AMAR SAÂDANI, ENFIN LA VÉRITÉ !

Le gros mensonge du régime d'Alger sur le Sahara est mis à nu par l'un de ses barons

Malgré qu’il avait bien précisé, le 16 mars 2019 par la voix du ministère des Affaires étrangères, qu’il «a décidé de se tenir à une attitude de non-ingérence (...) et s’est abstenu de tout commentaire à ce sujet», le Maroc continue de se voir mêlé aux débats relatifs à la situation interne de l’Algérie, en proie comme chacun le sait depuis le 16 février à ses plus grands mouvements de protestations depuis plus de 30 ans. Mais donc, cette fois, ce n’est pas encore par l’entremise d’une personnalité marocaine, après «la gaffe de trop» du désormais ex-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Salaheddine Mezouar (lire n°1319, du 18 au 24 octobre 2019), mais celle d’un ressortissant de la voisine de l’Est, et pas n’importe lequel: Amar Saâdani, qui n’est autre que l’ancien président de l’Assemblée nationale populaire algérienne, chambre basse du parlement algérien, et l’ancien secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), le principal parti d’Algérie depuis son indépendance en juillet 1962.

Le fardeau Polisario
D’où, on le comprend, le tollé particulièrement violent soulevé par ses déclarations au journal électronique Tout sur l’Algérie sur la marocanité du Sahara dit occidental. En effet, dans une interview publiée le 17 octobre 2019 par ledit média et revenant avant tout sur l’actualité algérienne, M. Saâdani affirme, après s’être vu interrogé sur la question, qu’il «considère, d’un point de vue historique, que le Sahara est marocain et rien d’autre». Et de rappeler que le territoire en question «a été enlevé au Maroc au congrès de Berlin», qui s’est déroulé au milieu des années 1880 dans l’actuelle capitale fédérale allemande et où les principales puissances européennes de l’époque s’étaient partagé le continent africain. M. Saâdani prend même à partie l’organisation séparatiste du Front Polisario, pourtant financée, abritée, armée et soutenue diplomatiquement par la junte algérienne depuis le déclenchement du conflit du Sahara marocain en novembre 1975 et qui, selon lui, «n’a rien fait et n’est pas parvenue à sortir de l’impasse».

«L’Algérie a versé pendant cinquante ans des sommes faramineuses (...). L’argent versé au Polisario, avec lequel ses membres se baladent depuis cinquante ans dans les hôtels de luxe, doit revenir à Souk Ahras, El Bayadh, Tamanrasset et autres villes», regrette-t-il. Un véritable pavé dans la mare, donc, quand on sait le quasi consensus officiel en Algérie au sujet du différend du Sahara marocain, dont le règlement au profit du Maroc équivaut, selon une lecture largement répandue de l’autre rive de l’oued Kiss, à un renforcement du Royaume et, éventuellement, à subir la menace d’une réactivation des anciennes revendications marocaines sur la partie occidentale du Sahara algérien -ce qui, à vrai dire, n’est plus fondé depuis la publication, en juillet 1992, de la convention bilatérale relative au tracé de la frontière d'État dans le Bulletin officiel marocain.

Une position personnelle?
D’ailleurs, pressentant sans doute la controverse, M. Saâdani a déclaré en fin d’interview que «c’est [s]on avis, même s’il doit déplaire à certains». Ainsi, d’aucuns, à l’instar du journal électronique Algérie patriotique, appartenant au fils de l’ancien chef d’état-major de l’armée algérienne, Khaled Nezzar, sont allés jusqu’à qualifier la sortie de l’ancien responsable de «trahison». «Le timing choisi pour faire une telle déclaration cache certainement de noirs desseins», écrit notamment le média dans un article publié le 18 octobre, lendemain de la diffusion de l’interview de M. Saâdani.

Pour sa part, le gouvernement algérien a attendu trois autres jours avant de réagir le 21 octobre par le biais de son porte-parole, ministre de la Communication et ministre de la Culture par intérim, Hassane Rabhi, qui a indiqué en marge d’un forum organisé par le quotidien arabophone algérien Ech-Chaâb que «c’est une déclaration qui n’engage que son auteur» et que «la question du Sahara occidental relève des questions de décolonisation prises en charge par les Nations unies et sa légitimité est reconnue par de nombreux États». «La position de l’Algérie vis-à-vis de cette question est claire,» a-t-il ajouté. Pourquoi avoir attendu trois jours avant de se prononcer au sujet de l’interview de M. Saâdani? En d’autres temps, la réaction aurait sans doute été plus prompte et aurait même possiblement coûté cher à son auteur.

D’ailleurs, rien ne dit que M. Saâdani soit prémuni. Mais il semble qu’il y avait et qu’il y ait encore confusion sur les véritables tenants de sa position: est-elle seulement personnelle ou a-t-elle pu être validée en haut lieu, c’est-à-dire par l’état-major de l’armée, détenteur direct du pouvoir depuis la démission du président Abdelaziz Bouteflika le 2 avril 2019? Il se peut même que ce soit les deux: il faut se rappeler que déjà, en novembre 2015, il avait déclaré au sujet du Sahara marocain, après que le roi Mohammed VI ait mis en cause la junte algérienne dans son discours de la Marche verte du 6 novembre, que «[s]on avis ne plaira pas à tout le monde et [qu’il] ne souhaite pas causer de problème»; sous-entendu qu’il se rangeait du côté du plan d’autonomie marocain.

Ordre de mission
A l’époque, les médias algériens l’avaient accusé de rouler pour le Maroc et ses services et avaient rappelé, pour appuyer leurs affirmations, que, du temps où il présidait l’Assemblée nationale populaire, il s’était fait remonter les bretelles par M. Bouteflika après une visite privée dans le Royaume pour laquelle il n’avait pas sollicité d’ordre de mission au préalable anecdote qui, soit dit en passant, a encore été ressortie suite à la nouvelle polémique l’entourant. Mais l’on ne peut, en même temps, faire l’impasse sur la proximité de M. Saâdani avec le chef d’état-major de l’armée, en l’occurrence le général de corps d’armée Ahmed . Ce dernier s’est d’ailleurs vu, dans l’interview de Tout sur l’Algérie, couvert d’éloges par l’ancien responsable, qui a dit de lui qu’il «porte», avec ce qu’il appelle «l’institution militaire», «le projet de l’État nationaliste » contre un présumé «État profond qui est dirigé d’outre-mer» et dont il ne dit pas plus.

Béni par l'armée?
Ce qui peut davantage créditer la thèse d’une coordination entre les deux hommes, c’est que M. Saâdani a, jusqu’ici, étrangement échappé à l’opération mains propres ayant frappé, au cours des derniers mois, les dignitaires de la Bouteflikie jusqu’au frère et conseiller de l’ancien président, Saïd Bouteflika, l’ancien patron des services de renseignements militaires du Département de renseignement et de sécurité (DRS), Mohamed «Toufik» Médiène, son successeur Athmane Tartag ou encore l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh. Car des casseroles, il en traîne lui aussi à foison: on se souvient qu’en septembre 2014, le quotidien arabophone El Fadjr avait affirmé que M. Saâdani disposerait de plus de 300 millions d'euros d’avoirs bancaires en France en plus de deux appartements dans la capitale hexagonale, Paris, où serait également domiciliée une société immobilière en son nom ainsi que celui de sa femme et de ses sept enfants, dénommée L’Olivier. Le 21 août 2014, il avait même été entendu par la justice française, après que l’opposant Rachid Nekkaz ait déposé une plainte à son encontre pour «blanchiment d’argent». De deux choses l’une: soit, sentant peutêtre le vent tourner, il a simplement voulu faire son baroud d’honneur et, à partir de là, il n’y a pas besoin d’épiloguer davantage à son sujet; soit, effectivement, il a obtenu le feu vert personnel de M. Gaïd Salah.

Cette dernière hypothèse ne serait, en tout cas, pas tirée par les cheveux, si on la met dans le contexte algérien actuel: on sait que, du fait de la baisse des prix du pétrole sur le marché international depuis juillet 2014, l’Algérie n’a plus les moyens de soutenir sa guerre par procuration contre le Maroc, et la privatisation qui semble se profiler à l’horizon d’une partie du secteur énergétique est, à cet égard, plus qu’éloquente sur l’état de ses finances, exsangues.

L’Histoire en marche
Il faut aussi y ajouter le fait que la communauté internationale accorde de plus en plus ses violons au sujet de l’impossibilité de l’instauration d’une «République sahraouie» dans les actuelles provinces sahariennes du Royaume, tant le risque notamment sécuritaire serait incommensurable: en avril 2019, le président mauritanien de l’époque, Mohamed Ould Abdel Aziz, avait ainsi confié dans une interview au quotidien panarabe Rai Al-Youm que «l’Occident, les Etats-Unis et l’Europe ne veulent pas de la création d’un Etat séparant géographiquement le Maroc et la Mauritanie»; ce qu’allaient plus tard confirmer des officiels américains dans un article publié le 20 août dans le quotidien américain The Wall Street Journal. Continuer alors à aller, mordicus, contre la marche de l’Histoire? M. Saâdani, du moins en public, a fait son choix. Et peutêtre, dans son sillage, les décideurs de son pays.


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