Quelles alternatives au gaz algérien?

Les centrales de Tahadart et de Aïn Beni Mathar à l’arrêt

Alors que les cours du gaz connaissent des hausses vertigineuses dans le monde entier, le Maroc se retrouve dans l’obligation de trouver des alternatives immédiates au gaz algérien. Les responsables marocains sont appelés à trancher vite.

Le Maroc aurait-il mal anticipé la décision algérienne de fermer, le 31 octobre 2021, le gazoduc Maghreb- Europe (GME) et, par conséquent, de couper les livraisons directes de gaz au Royaume? C’est ce que pourraient laisser croire des réponses de la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, le 8 novembre, aux questions des députés qui s’interrogent sur les alternatives susceptibles de combler le vide important laissé par l’arrêt du GME.

Car, depuis, la centrale électrique de Tahadart, près de Tanger, et celle de Aïn Beni Mathar, dans la province de l’Est, jadis alimentées par le gaz algérien, sont à l’arrêt à défaut de carburant. En effet, le Maroc s’appuyait jusqu’alors sur deux sources pour s’alimenter en gaz naturel. La première, de loin la plus importante, était le gazoduc désormais fermé. L’autre est la production nationale, qui reste très en deçà de satisfaire les besoins liés à la production d’électricité.

En 2020, le Maroc produisait à peine 98 millions de m3 de gaz naturel. Ce chiffre devrait passer à 110 millions de m3 cette année, mais cela ne devrait couvrir qu’un dixième des besoins, estimés à pas moins d’un milliard de m3. Mme Benali a assuré que son département a lancé des consultations avec des acteurs régionaux et internationaux afin de mettre en place un système pérenne et efficace pour la gestion des approvisionnements nationaux en gaz naturel. Seulement, le manque de chiffres et de dates précises relatifs à ce processus laisse planer le doute, voire la crainte.

Gestion des approvisionnements
Peu importe les pays vers lesquels les responsables marocains comptent se tourner, le choix sera difficile et coûteux. Car il faut rappeler que la proximité géographique de l’Algérie permettait de réduire au maximum les coûts de livraison du gaz, et accordait ainsi au Maroc le luxe d’obtenir cette denrée précieuse à des prix extrêmement compétitifs.

Partout dans le monde, les prix du gaz et de l’électricité connaissent une hausse vertigineuse, notamment sous l’effet de la reprise économique suivant le ralentissement dû à la crise du Covid-19. En octobre 2021, le cours européen de référence a augmenté de plus de 400% en l’espace d’un an. Alors que le cours de cette source d’énergie, dans le marché à terme de Londres, a été multiplié par huit entre fin 2019 et fin septembre 2021.

Par ailleurs, des médias espagnols évoquent depuis quelques jours la possibilité que le Maroc se tourne vers son voisin du nord pour se ravitailler en gaz naturel d’origine algérienne, en utilisant le GME mais dans le sens inverse. Un scénario à écarter alors que Rabat semble compter sur l’installation de stations de gazéification de gaz naturel liquéfié qui serait importé de l’étranger par la voie de méthaniers. Sans oublier les projections officielles qui tablent sur un mix énergétique de sources renouvelables à hauteur de 100% d’ici 2030.