Une alternative stratégique au projet Russo-Allemand

PROJET DE GAZODUC NIGÉRIA-MAROC

Le projet de gazoduc Nigéria-Maroc est une alternative politique fiable pour les Etats-Unis, qui veulent limiter la dépendance du vieux continent au gaz russe. Un projet pour lequel la Cédéao a déjà opté.

Les Etats-Unis penchent pour le projet de gazoduc Nigéria-Maroc. Ils soutiennent vivement sa réalisation dans les plus brefs délais. Stratégiquement, ce projet est une alternative fiable et sûre au projet gazier russo-allemand North Stream 2 aux yeux des Américains qui redoutent une hégémonie économique et politique de la Russie sur le continent européen. C’est ce que révèle la publication américaine Newslooks le 28 mars 2021 dans un article intitulée The Nord Stream 2 pipeline and the EU-US alliance (Le gazoduc Nord Stream 2 et l’alliance UE-US). L’auteur souligne d’emblée que le projet de gazoduc Nigéria-Maroc est la meilleure alternative au projet Nord-Stream 2 qui est au coeur de tensions entre les Etats-Unis, la Russie et l’Union européenne.

La Russie est le premier fournisseur de gaz naturel au monde et le premier exportateur vers l’Europe. Ainsi, toute tentative de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz russe se heurte à l’obstacle des prix élevés. Trois choix apportent à la fois une solution à cette problématique et une alternative à Nord Stream 2: le gazoduc du Qatar vers l’Europe, l’alternative américaine au gaz russe et enfin un gazoduc en provenance du Nigéria vers l’Europe.

Intérêt des Européens
«Le passage du gazoduc qatari proposé à travers la Syrie et de là, vers la Turquie, puis l’Europe ne peut être fiable à moyen ou même à long terme», relève la publication, notant que «la situation sécuritaire en Syrie empêche aujourd’hui la réalisation de cette idée». «Quant aux Etats-Unis comme fournisseur alternatif de gaz à l’Europe, il s’agit d’une théorie qui se heurte à la réalité des plans énergétiques américains», explique Newslooks. Enfin, «le coût du gaz américain ne peut pas facilement concurrencer le coût du transport du gaz russe vers l’Europe». Pour les Etats-Unis, la question ne se pose même pas.

L’alternative africaine, notamment le gaz nigérian, reste la plus réaliste d’un point de vue purement stratégique. «Ainsi, d’aucuns estiment que le projet de gazoduc maroco-nigérian garantit les avantages économiques et de développement de 12 pays d’Afrique et sert largement les objectifs de développement du continent africain occidental, ce qui est dans l’intérêt des Européens, notamment en ce qui concerne la question de l’immigration clandestine», soutient la publication américaine.

Pour Newslooks, l’Algérie est en concurrence avec le Maroc pour remporter le projet de gazoduc nigérian vers l’Europe. Cette question a été tranchée par la Cédéao le 10 décembre 2020 en optant pour le gazoduc Nigeria-Maroc et en appelant à une synergie entre sa commission chargée du projet d’extension du réseau de gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (Wagpep), et les promoteurs du projet de gazoduc Nigeria-Maroc, à savoir la Nigerian national petroleum corporation (Nnpc) et l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc (Onhym).

Ce choix est justifié selon la Cédéao par le fait que le tracé du gazoduc Nigeria-Maroc et celui du Projet Wagpep «concourent à des objectifs communs qui sont la valorisation des ressources gazières de la région et l’approvisionnement des pays en énergie propres y compris les Etats membres de la Cédéao».