Alstom réconforte sa position stratégique au Maroc

ACQUISITION DE BOMBARDIER TRANSPORT

L’acquisition du canadien Bombardier Transport permettra au français Alstom de renforcer sa présence sur plusieurs marchés émergents comme le Maroc. Reste à savoir si le français saura bien se positionner face au chinois CRRC.

C’est parti pour la naissance d’un géant mondial de la construction ferroviaire. Mercredi 16 septembre, le français Alstom a signé le contrat d’acquisition du canadien Bombardier Transport. La fourchette de prix pour l’acquisition de 100% des actions de Bombardier Transport sera comprise entre 5,5 milliards et 5,9 milliards d’euros.

La réalisation de l’opération est attendue pour le 1er trimestre 2021, sous réserve des autorisations des autorités de régulation et des conditions usuelles préalables, précise le groupe français dans un communiqué. En acquérant Bombardier Transport, Alstom consolidera sa position de 2e grand constructeur ferroviaire mondial avec un chiffre d’affaires combiné de plus de 15 milliards d’euros (8,1 milliards pour Alstom et 7,2 milliards pour Bombardier Transport), mais restera très loin du géant chinois China Railroad Rolling Stock Corporation (CRRC), dont le chiffre d’affaires frôle les 30 milliards d’euros. Cette opération permettra au français de compter dans son giron l’un de ses principaux concurrents sur plusieurs marchés. Bombardier Transport est présent dans plus de 60 pays, avec 100.000 voitures de train en service et 500 millions de passagers chaque jour. En disposant de cet important portefeuille, Alstom renforcera sa compétitivité et augmentera considérablement sa présence internationale, notamment sur des marchés émergents comme le Maroc. Même si la position stratégique et historique d’Alstom au Maroc est incontestable, Bombardier Transport a affiché à maintes reprises ses appétits pour ce marché.

L’Afrique, relais de croissance
En 2017, le canadien avait annoncé un important projet industriel à Kénitra, consistant en le lancement d’un grand site industriel sur un terrain de 140.000 m2, dont 45.000 dédiés à ses fournisseurs clés. Bombardier Transport, qui peinait à remporter de grands marchés juteux au Maroc face à la rude concurrence d’Alstom, comptait effectuer un revirement stratégique en se déployant, à partir du Maroc, vers le marché africain, notamment l’Afrique subsaharienne. L’usine de Kénitra devait, d’ailleurs, exporter 60% de sa production vers l’Europe et l’Afrique. Ce qui rejoint les ambitions d’Alstom, qui voit en l’Afrique l’un de ses relais de croissance. Par ailleurs, l’écosystème déjà mis en place par Bombardier Transport au Maroc, fera gagner beaucoup de temps à Alstom. Le canadien avait noué plusieurs accords et partenariats avec des universités et centres de recherche pour le transfert de technologie et la R&D. Il dispose également d’un important centre d’ingénierie au Maroc, dont la mission est la conception d’outils et de solutions de mobilité durables et fiables «made in Morocco».

En absorbant Bombardier Transport, Alstom se positionnera en tant que partenaire clé de l’Office national des chemins de fer (ONCF), dans le cadre du Plan Rail 2040. Un schéma directeur long terme portant sur le développement du réseau ferré national dans ses différentes composantes, qui vise à doter le pays d’une extension de 1.500 km de lignes ferroviaires à grande vitesse, entre autres. Grâce à ce programme, le Maroc devra plus que doubler son réseau ferroviaire. Des dizaines de milliards d’euros en jeu pour le français Alstom. Mais tout dépendra de l’efficacité du lobbying français face au chinois CRRC, longtemps concentré sur le marché domestique chinois et qui réussit ces dernières années son internationalisation, fragilisant Alstom sur plusieurs marchés.


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