DR. El Alj Khalid : "cette pandémie est un pas de plus vers l'humanisme"


DR. EL ALJ KHALID, Psychiatre Psychanalyste.

En cette période particulière, la propagation du coronavirus à travers le monde a changé le quotidien de la population. Les repères sont perdus, le rapport à la consommation a changé et la peur s’empare des gens.

Trouvez-vous normal que la propagation du virus développe une psychose chez la population ?
Avec la pandémie du Corona Virus, s’opère un changement de paradigme universel : La vie a son narcissisme, et nous l’éprouvons à notre corps défendant stricto sensu. Les gens jouissaient - dans le sens psychanalytique du terme - de la consommation et rien ne semblait pouvoir chambouler le sentiment de puissance que cela procurait. Il a fallu juste un petit virus pour que ce repère soit éclaboussé d’un revers, que la maîtrise se réduise à une peau de chagrin. Il y a un signifiant qui échappe. Il y a de l’inconnu, irréductible, qui horrifie; c’est la peur, voire le délire. Et il faut faire un effort pour écouter d’autres discours que la conspiration de l’ennemi, virale, des canadiens contre les chinois, qui le fourguent aux américains, l’autre.

Comment faire pour éviter de basculer dans la dépression ou l’anxiété ?
Et l’Autre dans tout cela, et le sens ? Avait-on eu une garantie d’éternité ? Comment se fait-il que l’on se réveille d’un coup et que l’angoisse de mourir nous sidère ? Et notre vie, avait-elle un sens ? S’en sortent bien ceux qui peuvent se dire : j’ai eu une vie pleine, je peux partir sans regret, ou bien, j’ai marqué mon passage, j’ai honoré mon contrat. Mais enfin, que nous dit la réalité ? Le virus ne tue pas tout le monde, sa létalité n’a dépassé nulle part les 10%. Et l’humanité s’en sort, bien, elle l’identifie et elle travaille pour lui trouver un remède, c’est en cours. Ce qui «tue», ce n’est pas le virus, c’est l’absence de maîtrise, c’est le manque de sens, c’est le bug de toutes des vies. S’en sortent bien aussi ceux qui luttent à travers le soin, le savoir la science, le sens. Ceux qui ne se complaisent pas dans une posture d’assistés.

Quel conseils préconisez-vous aux ménages pour les inciter dès à présent à baigner dans l’optimisme ?
Faire quelque chose pour échapper à l’angoisse ? Oui, en l’occurrence, faire une pause et au lieu d’aller vers le dehors s’orienter vers le dedans, se poser des questions : Est-ce vraiment ce que je voulais faire de ma vie ? Qu’est-ce qu’il me faut pour être en paix avec moimême ? Ne pourrais-je le faire ? C’est déjà beaucoup.

Quel sera à votre avis le comportement des adultes et des enfants à la reprise de la vie normale ? La transition sera-t-elle bien tolérée ?
L’après ne sera nullement pareil, raison de notre optimisme, parce qu’avant, on allait droit au mur. Cet élan grégaire nous donnerait plus d’humanisme, et fluidifierait le lien social. Et puis, cette implacable pulsion de vie nous ouvrirait sur une autre dimension, ce que nous allons faire de cette vie. On peut parler à nos enfants, leur raconter comment nous avons survécu au typhus, à la typhoïde, aux tremblements de terre, nous avons été un, puis deux, puis nous avons colonisé la terre. Bien sûr, il y a aussi les histoires de grand-mère. Il y a le rire et il n’y a pas mieux que d’être humble et de rire de soi-même, rire de sa peur.


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