Alia Ali, mots contre maux

EXPOSITION

Photographe et vidéaste, ses images signent une esthétique contemporaine alliant mot, textile et 8e art autour de l’humain. Coloriste, Alia Ali expose à Paris dans le cadre de l’exposition personnelle Mot(if) à la 193 Gallery jusqu’au 24 octobre 2021.

Alia Ali évoque la galerie de portraits qui façonnent son oeuvre singulière au fil de la série colorée «Indigo», dévoilant un spectacle captivant dans l’antre de la 193 Gallery, à Paris. Alliant la représentation du corps féminin recouvert de tissu wax à la liberté, les tonalités pop sont autant de stigmates qui étayent la réflexion: «Le tissu est une constante dans mes pratiques et j’ai récemment commencé à fabriquer mes propres motifs et imprimés.

Le textile a une signification pour chacun d’entre nous. Nous sommes nés en lui, dormons en lui, mangeons et nous nous y définissons. Nous nous protégeons avec et éventuellement, nous mourons en lui. Cependant, tout en nous unissant, nous sommes physiquement et symboliquement divisés par le tissu», précise-t-elle à Maroc Hebdo. Quant à la série colorée «Hub», amour en arabe, elle rappelle le foisonnement de cette langue souvent stigmatisée depuis le 11 septembre 2001.

Curieuse, à l’affût de divers médiums, Alia Ali vit et travaille entre Los Angeles et Marrakech. «Je suis originaire de deux pays qui n’existent plus: la Yougoslavie et le Yémen du Sud. Mes parents sont des linguistes migrants et malgré les sept langues qu’ils parlent, ils ne partagent que l’anglais. J’ai grandi entre Sana, Sarajevo, Istanbul, le Michigan et l’Indiana. Plus tard, j’ai vécu au Pays de Galles, à la Nouvelle Orléans.

Etant une femme artiste qui existe aux frontières de l’identification: en tant qu’asiatique de l’ouest, européenne de l’est, citoyenne américaine et culturellement musulmane bien que spirituellement indépendante, mon travail explore les binarités culturelles. Conteste l’oppression culturellement sanctionnée et affronte les barrières dualistes des notions conflictuelles de genre, de politique, de médias et de citoyenneté», nous confie-t-elle. Ayant de nombreux solo shows et group shows à son actif, elle a été invitée en août 2021 à expérimenter la première résidence artistique de la 193 Gallery. Ses images aux lignes féminines ont investi plus de la moitié de cet espace qui se déploie sur une distance de 350 m2.

Un regard multilingue
Alia Ali a vécu cette expérience de façon intense où elle présente les résultats de ses recherches au fil d’un solo show immersif offrant vidéo et photographies intrigantes. Son art reflète des notions de linguistique, d’identité, de frontière et d’universalité. Elle s’empare, de plus, de thématiques liées à la colonisation ou encore au confinement mental et physique.

«Créer un travail à partir de mon propre regard multilingue m’a montré comment la langue peut être une forme d’interprétation erronée plutôt qu’un moyen de compréhension. Mon art critique la linguistique et hérite des structures et des récits politiques en tentant de contrer la polarisation et la mauvaise communication qui mettent en péril des communautés à travers le monde, encourageant les spectateurs à affronter leurs propres préjugés». Avec Mot(if), solo show énigmatique, ouvert au multi-genre à la 193 Gallery jusqu’au 24 octobre 2021, Alia Ali dit sa rage de créer et son inclination pour l’humain.