Interview de Ali Rahimi, vice-président de la région de Marrakech-Safi

LE TOURISME LOCAL NE REPRENDRA PAS AVANT JUIN 2021

Membre et ancien vice-président de l’Association de l’industrie hôtelière de Marrakech, Ali Rahimi évoque dans cet entretien les difficultés du secteur touristique à se redresser des suites du Coronavirus et les pistes pour le tirer de sa morosité.

Existe-t-il un plan de déconfinement dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie?
À mon avis, le secteur touristique va perdre plus de 70% de son chiffre d’affaires jusqu’à la fin de l’année. J’entends par secteur touristique l’ensemble des opérateurs: Hôtels, agences de voyages, transport touristique, bazars, restaurants... Ce secteur ne pourra pas se préparer au déconfinement car il ne possède pas les clés du problème. Ce secteur prend en compte les données relatives à deux catégories de tourisme.

Le tourisme étranger, qui ne pourra se ressusciter qu’au début de l’année prochaine et, pour être plus précis, en mars 2021. Quant au tourisme local, il ne reprendra pas avant juin 2021 compte tenu des séquelles du Corona. Le pire à attendre, c’est que ce secteur perdrait jusqu’à 70% de son personnel. C’est à partir de cette conviction que j’ai proposé d’accorder des crédits bancaires rapidement aux opérateurs du secteur avec la garantie de l’Etat et un différé de 1 an.

Ces crédits permettront au secteur de maintenir au moins 50% du personnel avec leurs salaires. De ce fait, le secteur économique intérieur va décoller lentement. Et ainsi la CNSS sera épargnée. Sans négliger les conflits juridiques qui naîtront des licenciements ou des arrêts de travail.

Quelles solutions vous ont proposées l’Office national marocain du tourisme ou les autorités avant et après le déconfinement?
Pour l’heure, rien du tout. Le touriste étranger n’a plus besoin d’être séduit pour venir au Maroc. Il programme son voyage six mois à l’avance. Et ceux qui peuvent faire de la vraie publicité pour le Maroc, ce sont les hôteliers qui ont aujourd’hui l’épée de Damoclès sur la gorge et qui doivent rembourser les crédits sinon ils se verront saisir leurs hôtels. Ce sont les seuls qui se déplacent à l’étranger à leurs charges avec des valises pleines de cadeaux aux agents de voyages étrangers. L’ONMT peut et doit réorienter son budget de publicités vers les associations régionales des hôteliers pour sauver ce qui peut l’être.

Le secteur du tourisme est lié à la santé de l’économie. Comment envisagez-vous une sortie de crise?
Tout d’abord, je pense l’économie marocaine va souffrir pour au moins une année et il y a des secteurs comme le tourisme qui vont souffrir pour longtemps encore. Ce secteur est tributaire de la fluidité des circulations avec les pays étrangers qui risquent de ne pas faciliter le voyage à leurs ressortissants. Au début de cette crise, j’ai adressé une lettre ouverte au Chef de gouvernement, lui proposant l’idée d’un crédit différé avec un taux bas pour permettre la reprise économique rapidement.

Aucun retour pour le moment. Et la reprise ne pourra décoller qu’avec l’injection des fonds dans le circuit économique. Le déconfinement ne pourra réussir qu’avec certaines mesures claires prises par le gouvernement, notamment en facilitant les crédits aux entreprises qui s’engageront à payer les salaires intégralement aux employés y compris les charges de CNSS. Car la CNSS rentrera en conflit avec toutes les entreprises après le déconfinement pour récupérer ses cotisations.

En tout état de cause, je trouve inacceptable qu’un hôtelier puisse crier à la faillite dès le premier mois. Pour ma part, j’ai donné l’exemple en mettant à disposition de l’Etat mon hôtel AlKabir, à Marrakech, gracieusement pour une durée de trois mois et j’ai versé les salaires intégraux du personnel avec leurs charges sociales pour 3 mois.


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