ALGERIE: Grande purge dans l'armée

Le régime du voisin de l’est s’inscrit encore dans la continuité: celle de la construction et de l’instrumentalisation d’une conflictualité avec le Maroc

Loin de se stabiliser, la situation en Algérie se complique. C’est d’autant plus vrai au sein de l’institution militaire, qui accuse une grande purge depuis plusieurs semaines. Le 13 avril 2020, le général Ouassini Bouazza, qui dirigeait depuis avril 2019 la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a été arrêté par des éléments de la Direction centrale de sécurité de l’armée (DGSA). Une fusillade a même marqué cette arrestation. Il lui est reproché officiellement son implication dans l’affaire des documents secrets volés dans le bureau de l’ex-patron décédé, le général Ahmed Gaïd Salah. Ce serait l’ancien secrétaire particulier de ce responsable, Gharnit Benouira, qui aurait emporté avec lui ces documents ultra secrets en se réfugiant avec sa famille à l’étranger.

Système d’écoutes
Véritable boîte noire de la haute hiérarchie militaire, cet homme, qui n’était pourtant qu’adjudant chef, avait des pouvoirs importance, filtrant les dossiers et gérant l’agenda de l’ancien chef d’état-major. Parmi les cibles de cette répression, figure également en bonne place le système d’écoutes contre des hauts responsables civils et militaires, dont le président Tebboune lui-même... Autre limogeage: celui du général Mohamed Bachar, remplacé par le général- major Mohamed Kaidi comme chef du département Emploi-préparation chargé de toutes les actions et opérations des forces aériennes et maritimes de l’ANP. Dans ce même chapitre, il faut encore noter la fin de fonctions du général Mohamed Boussis, président au tribunal militaire de Blida, et du colonel Mohammedi, procureur général près de cette même juridiction. Tous deux s’étaient distingués dans le procès des proches de l’ancien président, notamment son frère Saïd Bouteflika, les généraux mohamed Médiène (dit Toufik) et Athmane Tartag ainsi que Louisa Hanoun, responsable du parti des travailleurs. Si celle-ci a été relâchée, cela n’a pas été les cas des autres accusés, qui ont été condamnés à de lourdes peines de 15 ans, de même que le général Khalid Nezzar et son fils à 20 ans de prison par contumace.

Tous ces spasmes tiennent sans doute à deux paramètres. Le premier a trait à la déconstruction du «système» Ahmed Gaïd Salah, qui avait mis sur pied une hiérarchie bâtie sur une structuration verticale de plus en plus marquée depuis le départ du général Médiène de la direction du Département renseignement et sécurité (DRS) en septembre 2015. Un acte qui avait conduit au démembrement de cet organe, entre plusieurs directions.

Trafic et contrebande
L’autre facteur n’est pas moins intéressant. Il regarde les nouveaux équilibres à trouver au sein de l’institution militaire par suite du décès du général Gaïd Salah et de l’élection du nouveau président. Abdelmajid Tebboune, élu le 19 décembre 2019, n’a pas la haute main sur l’ANP ni sur la cohorte des généraux ni sur ceux dirigeants des six régions militaires (Blida, Oran, Béchar, Ouargla, Constantine, Tamanrasset). Il multiplie d’ailleurs les signes dans cette direction et la revue El-Djeich, organe de l’ANP, a cru devoir souligner dernièrement qu’il y avait une cohérence entre cette institution et le nouveau chef d’Etat.

Rien d’étonnant que dès le lendemain du décès du chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, le 23 décembre 2019, le président Tebboune ait désigné son successeur en la personne du général Saïd Chengriha, pour assurer l’intérim de cette fonction. Dans son parcours, il vaut de noter qu’il a dirigé la 2ème région militaire (Oran) puis la 3ème (Béchar) avec cette mission: surveiller «les frontières dans le sud-ouest du pays, sécuriser la région de Tindouf et lutter contre le trafic et la contrebande ainsi que les mouvements de troupes terroristes aux frontières ouest-algériennes». Depuis août 2018, il était le commandant des forces terrestres, succédant au général Lahcen Tafer, suite à la purge par Gaïd Salah de plusieurs régions militaires ainsi que des directions centrales au ministère de la Défense nationale.

Problèmes de sécurité
Le général Chengriha est connu pour son hostilité à l’endroit du Maroc. Ainsi, à l’occasion de manouvres militaires dans la 3ème région de Béchar, il avait qualifié le Maroc d’«ennemi des Sahraouis et de l’Algérie»... C’est ce même responsable qui, en plein Ramadan, le mois dernier, a dirigé un exercice tactique avec des munitions réelles dans le secteur opérationnel sud Tindouf, près du mur de défense marocain (tirs de missiles, camions équipés d’orgues de Staline, chars, mitrailleuses montées sur des véhicules tout terrain, ...).

Une provocation grossière! Qui menace qui? L’Algérie connaît des zones de tension avec d’autres voisins tels que la Libye et le Mali où de gros problèmes de sécurité de ses frontières existent, pas avec le Maroc. Mais le régime du voisin de l’est s’inscrit encore dans la continuité: celle de la construction et de l’instrumentalisation d’une conflictualité avec le Maroc, Vieille recette de Ben Bella durant la Guerre des Sables (octobre 1963, puis de Boumédiène et de ses successeurs, notamment Bouteflika (1999- 2019).

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