L’Algérie, ou les prémices d’une banqueroute inévitable

LES ALGÉRIENS MANIFESTENT DEPUIS LE MARDI 16 FÉVRIER

La situation économique et sociale en Algérie est catastrophique. Une implosion sociale est inévitable face à un gouvernement déphasé et incompétent. Le taux de chômage enregistre des records, la pauvreté gagne de plus en plus de foyers algériens, et les indicateurs économiques sont tous dans le rouge. Les institutions financières internationales alertent sur une faillite de l’Etat, si le gouvernement ne prend pas les choses en main. Les manifestations de ce lundi 22 février 2021 promettent d’être mouvementées. Chronique d’une banqueroute annoncée.

16 février 2021. A Kherrata, 300 km à l’Est d’Alger, berceau du Hirak algérien. Des dizaines de milliers d’Algériens sont sortis à la rue. Des manifestants d’autres villes leur ont emboîté le pas, en préparation du deuxième anniversaire du mouvement anti-régime, ayant vu le jour en 2019 et qui a été avorté malgré lui en 2020 à cause du Covid-19. Cette fois-ci, les Algériens ne comptent pas lâcher le bitume, à partir du 22 février 2021, jour du deuxième anniversaire du Hirak. Ils se disent plus déterminés et ce n’est pas l’arrestation par le régime algérien de plusieurs militants du Hirak qui les découragera. L’emprisonnement sans procès de l’ancien candidat à la présidentielle Rachid Nekkaz, dans l’une des pires prisons du pays, située en plein désert, et sa torture n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu.

Les Algériens n’ont plus peur et comptent en découdre avec ce régime militaire qui bâillonne la presse, l’opposition, les militants associatifs, les hommes d’affaires, et le peuple algérien dans sa globalité. Pour essayer de calmer les tensions et minimiser l’élan des manifestations de ce lundi 22 février 2021, le président Abdelmajid Tebboune préparerait un remaniement ministériel et pourrait même aller jusqu’à la dissolution du parlement. Des décisions trompe-l’oeil pour le peuple, qui réclame son départ et celui des généraux et leurs acolytes. Des généraux qui n’ont qu’une seule priorité, une fixation maladive d’attaquer sans cesse le Maroc et servir de porte-étendard d’une république chimérique mené par les brigands du Polisario.

En découdre avec le régime
Et tous les ingrédients sont là pour faire soulever le peuple. Outre l’absence de démocratie, de liberté et de dignité, les Algériens agonisent économiquement. La crise sociale s’est considérablement aggravée à cause du Covid-19. Une crise qui n’a cessé de s’accentuer depuis 3 ans avec la chute des cours du baril de pétrole. Les indicateurs économiques sont aujourd’hui catastrophiques.

Déficits abyssaux, hausse du taux de chômage, inflation non maîtrisée, dette publique très élevée... L’assureur-crédit Coface résume bien la situation actuelle en Algérie: forte dépendance aux recettes d’hydrocarbures, taux de chômage des jeunes élevé, faibles opportunités pour les diplômés, poids excessif du secteur public, crise politique et sociale aiguë déclenchée en 2019, mauvais état des infrastructures, lourdeurs bureaucratiques, corruption, faiblesses du secteur financier et environnement des affaires incertain. Tel est le tableau de bord dressé ce mois-ci par Coface.

Chasse aux sorcières
Face à une incompétence avérée du gouvernement Tebboune à gérer la crise et les affaires courantes, le pays s’enfonce de plus en plus dans les abysses. Les pénuries de denrées essentielles sont monnaie courante et les Algériens doivent faire la queue pour s’approvisionner en lait. Le Fonds monétaire international (FMI) alerte sur une éventuelle banqueroute du pays, si le gouvernement ne prend pas les choses en main. Le taux de chômage culminera à 14,3% cette année, selon le FMI, alors qu’il se situera à 10,5% au Maroc. La croissance, quant à elle, se situera à 3,2%, soit au-dessous de la moyenne mondiale (4%), alors qu’au Maroc elle atteindra 4,9%.

Des indicateurs en berne qui suivent leur cheminement naturel de ces dernières années marquées par une crise économique sans précédent en Algérie. La croissance a été très faible, voire nulle que ce soit en 2018 (1,2%) ou en 2019 (0,8%), contre une moyenne de 3% sur la même période au Maroc.

Si l’Algérie traverse une asphyxie économique chronique, c’est principalement à cause de mauvaises décisions de ses gouvernants, qui ont fait de leur enrichissement personnel leur seul préoccupation, et des règlements de compte leur hobby favori. La chasse aux sorcières entamée en 2019 contre des anciens du régime n’a pas épargné les champions nationaux du capitalisme algérien. Des hommes d’affaires ont été emprisonnés arbitrairement, mettant en péril leurs entreprises, considérées comme des joyaux économiques du pays, employant des centaines de milliers d’Algériens. Les marchés publics leur ont été interdits et le robinet des financements bancaires leur a été coupé.

Le régime avait mis à la tête de ces entreprises des administrateurs pour essayer de maintenir leurs activités. Des administrateurs dont l’incompétence est leur seul point saillant. Résultat: plusieurs groupes ont mis la clé sous le paillasson, aggravant le taux de chômage en enfonçant davantage la crise sociale dans le pays. Outre un secteur privé faible et bâillonné, le secteur public est aussi dans une mauvaise passe: problème de gouvernance, de trésorerie, de recettes et des retards de paiement des salaires. Une situation qui devait arriver à cause de l’incompétence d’un gouvernement qui exploite depuis toujours la rente pétrolière, sans mener à bien une diversification économique. Un flagrant manque de vision, de pragmatisme, d’anticipation et de stratégie.

Gestion mafieuse du budget de l’État
Près de la moitié des recettes fiscales proviennent des hydrocarbures. Alors que les réserves de devises avoisinaient les 200 milliards de dollars en 2014, aujourd’hui elles se situent à peine à 30 milliards. Une situation qui perdure depuis des années et à laquelle le gouvernement n’a pas daigné apporter de véritable solution. Face à cette baisse spectaculaire des réserves en devises, le gouvernement Tebboune a limité les importations, ce qui a eu des incidences graves sur la disponibilité des produits, notamment alimentaires, puisque l’Algérie importe une grande partie de ses besoins alimentaires.

Pénurie de produits de première nécessité, hausse vertigineuse de l’inflation, un dinar qui a perdu la moitié de sa valeur, un secteur privé, censé être la locomotive de l’investissement et l’emploi, en décadence, un taux de chômage qui explose, des déficits abyssaux et des avoirs extérieurs en devises qui fondent comme neige au soleil. La situation en Algérie est, le moins que l’on puisse dire, catastrophique. Elle sera insoutenable cette année, le gouvernement ne disposant plus de marges de manoeuvre face à des caisses de l’Etat asséchées à cause d’une crise du Covid-19 qui a mis le pays à genoux.

Et l’incertitude est de mise puisque la campagne de vaccination anti-Covid tarde encore à voir le jour. Ceci sans parler de la corruption, des détournements de fonds publics, des règlements de compte, de la gestion mafieuse des recettes budgétaires, en plus de la pauvreté qui gagne de plus en de plus de foyers algériens. La crise sociale en Algérie s’amplifie et implosera. Les Algériens ont un rendez-vous avec leur histoire ce lundi 22 février 2021.