L'Algérie et le Polisario affaiblis en Amérique Latine

Offensive toute dans le Nouveau Monde

Le Maroc a une occasion en or de marquer des points face à l’Algérie dans le versant latin du cône américain.

La crise financière et, depuis février, également politique que connaît le régime algérien appelle les autorités marocaines à porter l’estocade finale aux velléités séparatistes du Front Polisario. En Amérique latine, où la pseudo «République arabe sahraouie démocratique» autoproclamée en février 1976 par le Polisario jouit du plus de reconnaissances en dehors de l’Afrique (neuf pays latino-américains accueillent des ambassades à elle, contre dix-neuf sur le continent africain), les cartes sont même en train d’être complètement rebattues avec la démission, ce 10 novembre 2019, du président bolivien Evo Morales, ajoutée au départ quasi acté de son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, qu’une partie de la communauté internationale ne reconnaît plus en tant que chef d’Etat après qu'il ait truqué en sa faveur les présidentielles du 20 mai 2018. Les deux hommes sont, comme on le sait, des figures de proue de l’Alliance bolivarienne des Amériques (ALBA), un regroupement de pays américains marqués à gauche et qui, en ce qui s’agit du Sahara marocain, ont choisi d’épouser les thèses séparatistes de l’Algérie et du Polisario et même, dans certains cas, de s’en faire les violents sectateurs sous les lambris des organisations internationales.

Tout le monde se souvient, à cet égard, encore de la passe d’armes ayant opposé, en avril 2017, le représentant permanent du Maroc à l’Organisation des Nations unies, Omar Hilale, et celui du Venezuela, Rafael Ramírez, après que ce dernier avait mentionné, lors d’une réunion consacrée aux objectifs de développement durable (ODD), les provinces sahariennes du Royaume en tant que «territoires occupés». «Au Sahara, les hommes, les femmes et les enfants mangent à leur faim et ne traversent pas les frontières pour s’approvisionner en denrées alimentaires,» avait, en contrepartie, rétorqué le diplomate marocain, en faisant le parallèle avec la situation dans le pays de son adversaire du jour, en crise depuis plusieurs années.

Normal, au passage, que le Maroc ait été un des premiers pays à reconnaître le président de l’assemblée nationale du Venezuela, à savoir Juan Guaidó, en tant que président par intérim, surtout que ce dernier avait assuré au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Nasser Bourita, lors d’entretiens téléphoniques en date du 29 janvier 2019, de son intention de retirer la reconnaissance de la pseudo «RASD» par son pays une fois M. Maduro complètement retiré des affaires… Il y a, pour ainsi dire, un changement en train de s’opérer dans l’ensemble du cône américain, et pas seulement dans son versant latin, et l’affaiblissement algérien est pour laisser la porte ouverte à un véritable razde- marée marocain dans la région.

Véritable raz-de-marée
Pour la seule année 2019, deux pays du Nouveau Monde, en l’occurrence le Salvador et la Barbade, ont ainsi retiré et gelé leur reconnaissance de la pseudo «RASD» les 15 et 21 juin 2019, et le président salvadorien Nayib Bukele, qui avait reçu M. Bourita dans le cadre de la tournée du chef de la diplomatie nationale dans les Amériques, avait même parlé de se mettre «du côté du reste du monde en respectant la souveraineté du Maroc», tant le sentiment est prégnant parmi les dirigeants des pays concernés que l’idée d’un Sahara marocain indépendant est hors du temps. Même Cuba, alliée traditionnelle de l’Algérie et du Polisario, a choisi, contrairement à ses habitudes, d’ignorer la question du Sahara marocain au dernier sommet des non-alignés tenu fin octobre en Azerbaïdjan, puisque le président Miguel Díaz-CanelI n’en a tout simplement pas parlé au cours d’une intervention où il a pourtant fait un tour complet du globe.

Il ne faudrait pas, pour autant, se reposer sur ses lauriers: on rappelle qu’au tournant du siècle, il y a également eu un momentum favorable qui avait amené rien qu’en 2000 le Honduras (en janvier), le Costa Rica (en avril), le Nicaragua (en juillet), le Paraguay (idem) et la Colombie (en décembre) à couper toutes relations «diplomatiques», si l’on peut dire, avec la pseudo «RASD», avant qu’une vague de reconnaissances ne reprenne au milieu de la décennie précédente. Cette vague, on peut certes la mettre sur le compte de la montée en puissance de la gauche latino-américaine, soutien historique du Polisario, comme illustré notamment par la création de l’ALBA en décembre 2004 sous les auspices du défunt président vénézuélien Hugo Chávez.

Intégrité territoriale
Ceci étant, il y a eu aussi une désertion de la diplomatie marocaine, qui n’a pas su capitaliser sur, entre autres, la tournée qu’avait effectuée, en novembre et décembre 2004, le roi Mohammed VI, au Mexique, au Brésil, au Pérou, au Chili et en Argentine et jalonnée à sa fin d’une visite privée en République dominicaine -qui, soit dit en passant, accueille depuis janvier 2009 l’ambassade du Maroc au Venezuela, après la crise suscitée par le déplacement de l’ambassadeur du pays sud-américain de l’époque en Algérie, Héctor Michel Mujica, dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, dans la voisine de l’Est. Car le Polisario continue toujours de bénéficier d’appuis en Amérique latine. Preuve en est les réceptions, avec les honneurs, faites au secrétaire général du mouvement séparatiste, Brahim Ghali, lors de ses visites dans certains pays de la région. Le 30 octobre 2019 a même vu le jour, à la chambre des députés mexicaine, un groupe d’amitié avec la pseudo «RASD», en réaction à celui qui avait été mis en place quatorze jours plus tôt avec le Maroc. Il est venu s’ajouter à celui installé à l’assemblée nationale panaméenne le 13 août.

A cet égard, M. Bourita avait appelé lors de son passage, le 31 octobre, à la Chambre des représentants pour discuter du projet de loi des finances, les élus nationaux à faire preuve de vigilance et avait également proféré la menace de soutien aux groupements qualifiés de «négatifs» dans les pays hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume, à savoir notamment le Panama, dont le nouveau président, Laurentino Cortizo, a fait montre depuis son investiture le 1er juillet de zèle dans son appui au séparatisme sahraoui. Le gouvernement panaméen court le risque de voir son ambassade au Maroc fermée, selon le ministre, qui n’a pas voulu, toutefois, entrer davantage dans les détails. Quoi qu’il en soit, la diplomatie nationale est appelée à garder l’oeil ouvert...


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