L'Algérie en ébullition

MANIFESTIONS ANTI-RÉGIME

Les manifestations anti-régime se poursuivent en Algérie. Des centaines de milliers d’Algériens sont descendus à la rue depuis le 22 février 2021, date du 2e anniversaire du Hirak. Des manifestions en soif de liberté, de dignité et de démocratie. Ni la peur ni la répression des forces de l’ordre ne les feront plier, clament-ils.

L’Algérie est en ébullition depuis le 16 février 2021, où des centaines d’Algériens se sont rassemblés à Kherrata, berceau du Hirak, préparant le 2e anniversaire de ce mouvement populaire anti-régime, célébré le 22 février 2021. Depuis cette date, la grogne ne faiblit pas. Des centaines de milliers de manifestants arpentent les rues des principales villes algériennes, particulièrement à Alger. La capital est depuis quelques jours envahie par une marée humaine, venue de toutes les régions du pays. Les barricades imposées par la police n’ont pas empêché les manifestants de les braver pour scander avec véhémence des slogans de liberté, de dignité, de reddition des comptes et de lutte contre la corruption.

«Les protestataires se sont frayé un chemin vers le centre d’Alger malgré un impressionnant dispositif policier, en déployant drapeaux nationaux et amazighs devant la Grande Poste, lieu de rassemblement emblématique du Hirak. Il s’agit du cortège le plus imposant dans la capitale depuis l’arrêt des marches hebdomadaires le 13 mars 2020 à cause de la pandémie du Covid-19», selon l’agence AFP, qui précise qu’en province, des marches ont également eu lieu, notamment à Annaba, Oran, Béjaïa, Sétif, Bouira, Mostaganem, Constantine et Tizi Ouzou. Toute l’Algérie est en marche.

Le discours du 18 février 2021 du président algérien Abdelmajid Tebboun n’a pas calmé les ardeurs. Ses annonces en trompe-l’oeil, à savoir la libération de quelques détenus d’opinion, dont le militant Rachid Nekkaz, le journaliste Khaled Drareni et l’activiste Dalila Touat, la dissolution du parlement et les élections législatives anticipées, n’ont pas eu l’effet escompté. Il a même qualifié le Hirak de «béni et qui a sauvé l’Algérie». Faut-il lui rappeler que lui et ses semblables, les sbires des généraux, sont la cause de l’éclatement de ce Hirak? En tout cas, les rues du voisin algérien ne désemplissent pas et les Algériens comptent en finir avec ce régime autoritaire, corrompu et liberticide, qui a conduit le pays à l’impasse et à l’implosion.

En marge de ces manifestations monstres, l’ONG Amnesty International a publié une note où elle dénonce les méthodes répressives du pouvoir algérien contre les militants du Hirak. «Les conclusions d’Amnesty International pointent vers une stratégie délibérée des autorités algériennes visant à écraser la dissidence, stratégie qui vient contredire leurs promesses en matière de respect des droits humains. Ces actions sont celles d’un gouvernement désireux de censurer son peuple parce qu’il manifeste sans violence et exprime des opinions critiques sur les réseaux sociaux.

Ces méthodes répressives n’ont pas leur place dans une société respectueuse des droits», déclare Amna Guellali, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International. «De nombreuses personnes graciées par Abdelmadjid Tebboune ces derniers jours sont des manifestants pacifiques qui n’ont fait qu’exercer leurs droits à la liberté d’expression et de réunion et n’auraient donc jamais dû être arrêtées», lance Amna Guellali.

Au moins 37 manifestants ont été libérés les 19 et 20 février, mais 31 restent toujours en prison, selon le Comité national pour la libération des détenus, un groupe d’observation local. «Le gouvernement algérien doit libérer immédiatement et sans condition tous les autres manifestants pacifiques, militants et journalistes qui font l’objet de poursuites ou sont incarcérés pour avoir manifesté ou exprimé leurs opinions pacifiquement, et doit abandonner toutes les charges retenues contre eux», affirme Amna Guellali.