Chengriha, l'impéritie faite général

L'homme qui veut mettre la région à feu et à sang

Quand on connaît le cahoteux parcours de l’actuel chef d’état-major de l’armée algérienne, entre brutalité sanguinaire et népotisme mauvais teint, il ne faut pas se surprendre de l’escalade qu’il mène depuis plusieurs mois à l’encontre du Maroc.

Ironique clin d’oeil de l’Histoire qu’ont été les accusations portées le 22 août 2021 par la junte algérienne à l’encontre du Maroc d’avoir fait brûler les forêts de Kabylie. Car ceux qui connaissent le parcours de l’actuel chef d’état-major de l’armée de la voisine de l’Est, à savoir le général Saïd Chengriha, savent qu’à l’époque où il servait en tant que colonel dans le secteur opérationnel de Bouira, en plein pays kabyle, lui avait vraiment, et littéralement, mis à feu et à sang ce dernier, afin de soi-disant traquer les terroristes islamistes. Nous sommes alors en plein milieu des années 1990, et l’Algérie se trouve, suite au putsch des généraux de janvier 1992 contre la victoire du Front islamique du salut (FIS) au premier tour des législatives, en pleine guerre civile.

Des faits d’armes des plus routiniers
C’est l’ancien lieutenant algérien Habib Souaïdia, aujourd’hui réfugié en France, qui, dans son fameux livre-témoignage de début février 2001, La Sale Guerre, raconte: “L’été 1993 s’annonçait très chaud. Mais il ne s’agissait pas des conditions climatiques. Le général [Abdelaziz] Medjahed et le colonel Chengriha nous avaient donné l’ordre d’incendier, avec de l’essence, plusieurs montagnes près de [la commune de] Lakhdaria et en Kabylie. Lakhdaria était connu pour être un lieu de transit des groupes terroristes: ils passaient par là pour se rendre en Kabylie, à Jijel ou dans l’Est du pays.

Le terrain très boisé facilitait leurs déplacements: il était impossible de voir quoi que ce soit par hélicoptère. Le feu allait non seulement les déloger mais surtout dégager le terrain et nous permettre de voir de loin tout déplacement suspect. En raison des feux de forêts que nous avions allumés, la température atteignait parfois les 45 degrés. Des arbres centenaires brûlaient. Ce désastre écologique n’a pas manqué de faire des morts parmi la population civile. En Kabylie, par exemple, cinq personnes ont trouvé la mort. En l’espace de deux mois, des dizaines de milliers d’hectares de forêts et de pâturages ont été détruits”.

A croire donc que les hommes du général Chengriha, à commencer par le ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, s’y connaissent bien en incendies… Et l’on ajoutera, en plus, en brutalité tout court, comme d’ailleurs en sont témoins les manifestants du mouvement de protestation du Hirak ach-chaâbi depuis que le général Chengriha, natif de la commune d’El Kantara, dans la wilaya de Biskra, au centre-est de l’Algérie, le 1er août 1945, a pris les commandes, fin décembre 2019, de l’état-major: toujours dans La Sale Guerre, le lieutenant Souaïdia se rappelle encore de cet ordre, “toujours le même”, que lui donnait le colonel Chengriha à chaque fois qu’une personne était arrêtée et ne serait que soupçonnée d’appartenir à l’AIS et qui était “Habtouh lel-oued!”, c’est-à-dire “descendez-le à l’oued””, ou encore plus clairement “Liquidez-le”.

Mais on peut imaginer que pour le général Chengriha, il s’agit plutôt de faits d’armes des plus routiniers, lui qui, de façon ô combien “surprenante”, se verra rapidement récompensé et promu général puis général-major, avant d’être installé en août 2004 à la tête de la troisième région militaire, qui recouvre les wilayas algériennes de Béchar, Béni Abbès et Tindouf et sert surtout de principal point de repli du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario pour attaquer le Maroc voisin -on y reviendra.

Des attaques loufoques
Ce mois d’août 2004 correspond aussi à un moment charnière dans l’histoire contemporaine de l’institution militaire algérienne, puisqu’il voit le limogeage par le président Abdelaziz Bouteflika du général Mohamed Lamari, qui avait soutenu pendant les présidentielles de la même année l’ancien Premier ministre Ali Benflis, et son remplacement par un certain Ahmed Gaïd Salah, dont le général Chengriha était proche depuis leur service commun à la fin des années 1960 dans la guerre d’usure entre les pays arabes et Israël, et c’est donc au général Gaïd Salah que le général Chengriha devra son arrivée au premier plan.

Ce que ce dernier rendra bien au premier cité en soutenant sa prise de pouvoir directe à partir de fin avril 2019 face au Hirak et plus généralement la rue algérienne, prise de pouvoir qui s’était traduite par la démission de M. Bouteflika, et au moment où le général Gaïd Salah meurt mystérieusement, quatre jours à peine après la prestation de serment du président Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019, sa nomination à la tête de l’armée n’en sera que plus logique et attendue.

De façon générale, la carrière du général Chengriha synthétise ce qu’on appelle de façon humoristique le principe de Dilbert, qui énonce que “les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts: ceux de managers”. Fruit principalement de rencontres fortuites, en commençant par son oncle Abdelkader Chengriha, un cadre du Front de libération nationale (FLN) algérien qui le pistonnera pour faire partie de la première promotion d’officiers formés au lendemain de l’indépendance à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en France, en passant donc par ses attaches personnelles avec le général Gaïd Salah, il est considéré par nombre de ses pairs comme un des chefs militaires les moins brillants de l’histoire de l’Algérie.

Et aussi les moins stratèges, comme l’illustre à titre éloquent les attaques loufoques qu’il mène depuis sa prise de commandes envers le Maroc. Ce qui nous ramène à un des points qui, dans un milieu militaire algérien foncièrement anti-marocain dans ses orientations, ont sans doute également contribué à son avancée éclair entre les rangs, c’est-à-dire sa haine du Royaume.

Pour origine, son emprisonnement humiliant par les Forces armées royales (FAR), qui l’avaient capturé après que le président Houari Boumédiène ait dépêché, début 1976, des éléments de son armée au Sahara marocain pour conquérir au nom de son faux-nez du Polisario la région, avant de se faire battre à plate couture au cours de la contre-attaque menée par le général Ahmed Dlimi dans la zone d’Amgala.

Mais, quarante-cinq ans plus tard, le général Chengriha ne semble pas vouloir oublier. Il avait, on se le rappelle, dès mai 2016 appelé le Polisario à repartir à l’assaut du Maroc, et il faut sans doute voir sa main dans la rupture décrétée le 14 novembre 2013 par le mouvement séparatiste du cessez- le-feu qui était en cours depuis septembre 1991. On espère toutefois que dans son arsenal d’apprenti sorcier il a autre chose à faire valoir que la politique de la terre brûlée qu’il a si “brillamment” su mettre en oeuvre voilà près de 30 ans en Kabylie...