Alger et pretoria veulent cadrer l'action de l'envoyé spécial du SG de l'ONU au Sahara

Un pacte avec le diable

Les deux alliés demandent à l’Envoyé spécial de Guterres de laisser tomber les résolutions de l’instance exécutive des Nations-Unies et de se fier aux décisions non contraignantes d’un organisme non exécutif de l’UA. Une nouvelle dérive du régime algérien qui fait date.

Le pouvoir algérien a perdu le nord. Il n’arrive pas encore à accepter la résolution 2602 du 29 octobre 2021, qui proroge pour une année le mandat de la MINURSO, tout en consacrant la prééminence de l’initiative marocaine d’autonomie et de la résolution 2548 du 30 octobre 2020, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU qui consacre, une nouvelle fois, l’Algérie comme partie principale au processus visant à aboutir à «une solution politique, réaliste, pragmatique et durable» à la question du Sahara «qui repose sur le compromis».

La preuve, c’est le communiqué conjoint Algérie-Afrique du sud publié dimanche 14 novembre 2021, à l’occasion de la visite à Alger de la ministre sud-africaine des Relations internationales et de la Coopération, Naledi Pandor. Les deux alliés veulent avoir plus qu’un droit de regard sur la mission du nouvel envoyé personnel du secrétaire général pour le Sahara occidental mais plutôt délimiter les prérogatives de Staffan de Mistura, Envoyé spécial du secrétaire général des Nations-Unies au Sahara, l’enjoignant à «coordonner étroitement» avec l’Union africaine dans le règlement du conflit.

Alger et Pretoria précisent dans ce communiqué que l’objectif de cette «coordination» n’est autre que «d’assurer la mise en oeuvre de la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, adoptée le 9 mars 2021 invitant le Royaume du Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD), tous deux membres de l’UA, à entamer des négociations directes sans conditions préalables à cet effet». Les deux pays demandent ainsi à Staffan De Mistura de «réactiver le processus de l’ONU en vue de la mise en oeuvre du Plan de règlement adopté à l’unanimité par le Conseil de sécurité dans sa résolution 690 (1991)».

Un texte qui a été jeté dans la poubelle de l’Histoire et qui ne figurait plus, depuis de nombreuses années, dans les résolutions des cinq permanents du Conseil de sécurité sur la question du Sahara marocain. Rayonnement continental du Royaume Dans leur communiqué conjoint, l’Algérie et l’Afrique du sud demandent à un envoyé spécial de Guterres de laisser tomber les résolutions de l’instance exécutive des Nations- Unies et de se fier aux décisions non contraignantes d’un organisme de l’UA non exécutif. Un communiqué qui met à mal et décrédibilise la diplomatie sud-africaine.

Quant à la diplomatie algérienne, ce genre d’écarts abracadabrants ne lui est pas étranger. Les gaffes des locataires du palais d’El Mouradia se sont poursuivies lors de cette visite de la responsable sudafricaine. Après une visite de trois jours à Alger, la ministre sud-africaine des Affaires étrangères est partie le jour même de la publication du communiqué aux camps de Tindouf. Rien d’étonnant de la part de la diplomatie sudafricaine, qui a fait d’Alger son allié rien que pour dominer la scène africaine et évincer le Maroc dont le rayonnement continental et international dérange.

L’intrigant, c’est que Alger a mis à disposition de Naledi Pandor un avion présidentiel pour se rendre à Tindouf. Lorsqu’il s’agit de porter atteinte au Maroc et à son intégrité territoriale, le régime algérien ne lésine pas sur les moyens. Un avion présidentiel, pourquoi pas finalement pour un allié qui épouse la thèse séparatiste des généraux algériens en cette période particulière d’isolement sur le plan international? Tout aurait pu passer inaperçu si l’Algérie ne traversait pas la crise politique, économique et sociale la plus grave depuis l’indépendance de ce pays et si la majorité écrasante des Algériens ne peinaient pas à joindre les deux bouts et à se procurer les produits alimentaires de première nécessité (le prix de la pomme de terre atteint des niveaux astronomiques depuis quarante jours, faisant la Une chaque jour de journaux locaux).

Les médias pro-régime ont tout fait pour éviter que les photos du tarmac avec l’avion présidentiel algérien, transportant la cheffe de la diplomatie sud-africaine, ne soient pas divulguées. Alger prive la compagnie nationale d’un long courrier pour le mettre à la disposition du chef du Polisario et de sa hôte. Sur le tarmac de l’aéroport de Tindouf, Naledi Pandor a été accueillie par le soi-disant «ministre des affaires étrangères» de la RASD, le dénommé Mohamed Salem Ouled Salek. Une cérémonie dont les frais sont payés avec l’argent des Algériens.

Les autorités algériennes font face depuis plusieurs semaines à une multiplication des conflits sociaux, alimentés par un taux de chômage élevé (15%) et une paupérisation de larges franges de la société. Les tensions sociales s’ajoutent à une profonde crise économique, née de la chute de la rente pétrolière, et à l’impasse politique qui perdure depuis le soulèvement populaire anti-régime du Hirak il y a un peu plus de deux ans.

Révoltes populaires
La crise sociale qui s’enracine en Algérie engendre des phénomènes sociaux inquiétants telle l’immigration clandestine. Des scènes quotidiennes de jeunes désespérés bravant la mort en quête d’une vie digne et d’un horizon meilleur. Chaque semaine, plusieurs embarcations sont interceptées par les autorités espagnoles. Le nombre des jeunes Algériens qui quittent le pays à la recherche d’un avenir, à leurs risques et périls, grandit de jour en jour.

Pour la jeunesse algérienne, rien ne change et cela dure depuis des années. Le pouvoir algérien ne se soucie point de ce phénomène ni de celui du suicide ou des menaces de suicide dans les rangs de la jeunesse. Dans un pays riche en ressources naturelles, notamment les hydrocarbures, principale recette de l’État, pour ne pas dire l’unique, les Algériens se paupérisent de jour en jour. La crise sociale étouffante et ingérable qui en résulte menace le pays de nouvelles révoltes populaires. Les manifestants sont matés par la police. Le régime exerce une répression violente et muselle tous ceux qui défendent leur droit à une vie décente et à une répartition des richesses de leur pays, doté de ressources naturelles à même de créer une dynamique économique pourvoyeuse d’emplois.