ALGER BOUDE PARIS

Sahara marocain

En s’en prenant à la France simplement parce qu’elle soutient le plan d’autonomie marocain, la capitale algérienne prouve encore une fois qu’elle est bel et bien partie prenante dans le conflit autour des provinces sahariennes.

Que l’Algérie se décide. Soit elle n’est pas, comme elle le prétend à l’envi, partie prenante dans le conflit du Sahara marocain et qu’elle cesse donc de financer, d’abriter, d’armer et de soutenir diplomatiquement le mouvement séparatiste du Front Polisario. Soit elle l’est et, dans ce cas, qu’elle assume ses responsabilités et s’asseoit à la table des négociations, comme l’y invite depuis novembre 2018 le Maroc.

Parce que l’argument voulant que la voisine de l’Est cherche seulement à rester fidèle à la mémoire de sa révolution, qui lui a permis d’obtenir en juillet 1962 son indépendance de la France, ne convainc guère quand on voit par exemple la crise diplomatique dans laquelle elle se trouve désormais avec justement la même France du simple fait que le parti du président français Emmanuel Macron, La République en marche (LREM), vient de se doter le 8 avril 2021 d’un comité dans la ville de Dakhla, dans la région saharienne de Oued Ed-Dahab: est-ce vraiment une pure question d’attachement au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes?

On a ainsi vu le jour même de la décision de LREM le ministre algérien du Travail, El Hachemi Djaâboub, qualifier au cours d’une séance au Conseil de la nation, la chambre haute du parlement, la France d’“ennemi traditionnel et éternel” alors qu’il s’agissait de discuter du sujet des caisses de retraites du pays et que le contexte n’avait absolument rien à voir, avant que l’on apprenne que le Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français (CIHN), prévu deux jours plus tard en présence notamment du Premier ministre français, Jean Castex, était tout bonnement annulé.

Il faut, éventuellement, aussi y voir la manifestation d’un régime généralement aux abois, en proie depuis plus de deux ans aux plus grands mouvements de protestation depuis les événements d’octobre 1988 -qui avaient notamment mis fin au système du parti unique imposé à l’indépendance par le Front de libération nationale (FLN)- et qui semble clairement vouloir noyer par tous les moyens le poisson.

Et avant la France, c’est avec le Maroc qu’Alger avait d’ailleurs tenté d’avoir maille à partir en spoliant quelque 70 agriculteurs de la province de Figuig d’exploitations qu’ils détiennent dans la palmeraie d’El Arja, à la frontière maroco-algérienne, mais le Royaume avait refusé de répondre pour justement ne pas tomber dans le piège de la capitale algérienne et ainsi réitérer le scénario de la Guerre des sables des années 1963-1964. Mais il est devenu évident, à mesure que les jours ont passé, que la bouderie de l’Algérie et de la junte qui tient ses commandes avait surtout trait donc à l’initiative de LREM, puisqu’on pouvait par exemple voir le 10 avril 2021 dans le quotidien El Watan, réputé proche des services de renseignement de cette junte et notamment de la Coordination des services de sécurité (CSS), un éditorial affirmer qu’“on attaque l’Algérie en soutenant le colonialisme marocain (sic)”.

Et l’auteur carrément d’accuser le ministre français de l’Europe, Jean-Yves Le Drian, de “provocation de trop” pour la seule et bonne raison qu’il avait qualifié le 8 avril 2021, au cours de son déplacement au Maroc, l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara de “base sérieuse et crédible” pour la résolution du différend afférent à la région. Simple acteur l’Algérie, vraiment?