Alger bat les tambours de guerre contre le Maroc

Augmentation record du budget d'armement


L’augmentation record et historique du budget d’armement, du volume des achats d’armes russes et la connivence souterraine avec Wagner, greffée à l’exercice militaire en cours entre soldats russes et algériens à Béchar, près de la frontière algéro-marocaine, sont à prendre au sérieux. Tout laisse croire que la junte militaire algérienne cherche à mener des opérations de guérilla contre le Maroc.

 

Entamées mardi 15 novembre 2022 et s’étalant jusqu’au 28 du mois, Moscou et Alger organisent des manœuvres militaires conjointes dans le sud-ouest de l’Algérie, plus précisément au terrain d’entraînement de Hammaguir, à Béchar, à moins d’une centaine de kilomètres de la frontière algéro-marocaine. C’est le premier exercice des deux pays sur le territoire algérien. 

Baptisées Bouclier du désert, ces manœuvres militaires terrestres conjointes rassemblent environ cent soldats algériens et autant du côté russe, des parachutistes pour l’essentiel. L’intrigant, c’est le choix géographique de ces opérations, qui est loin d’être anodin, et leur timing. Alger s’allie à une Russie qui poursuit sa guerre d'invasion contre l’Ukraine, qui dure depuis le 24 février 2022 mais qui n’aboutit toujours pas à pousser l’Ukraine à s’avouer vaincue. 

Ce faisant, elle se voit désavouée par l’Occident et à leur tête les États-Unis. A ce propos, des contacts directs ont eu lieu entre l’ambassadrice américaine à Alger et le chef de l’armée algérienne, Saïd Chengriha. Quel message la junte militaire algérienne veut-elle lancer à l’adresse du Maroc, surtout quand on sait que le voisin de l’est s’apprête à exploser son budget d’armement en l’augmentant de près de 130% au titre de la loi de finances 2023? C’est désormais vérifié, le budget de la défense algérien pour l’année 2023 passe d’environ 10 milliards de dollars, chiffre stable depuis 2012, à près de 23 milliards de dollars. Il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Une hausse justifiée par plusieurs commandes. Une publication sur le “Twitter chinois” Sina Weibo le 1er septembre 2022 a montré des photos d’essais avant livraison d’un des quatre drones WJ-700 Falcon commandés par l’Algérie pour renforcer ses capacités de surveillance et d’attaque rapide.

 L’Algérie attend aussi la livraison de la première corvette Type 056 chinoise, la première d’une série de six, destinée à la marine algérienne. «L’Algérie dispose de sous-marins du type Kilo, équipés de missiles de croisière Kalibr depuis 2016, soit cinq ans avant nous», explique l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine nationale française, révèle un article de France Télévisions le 24 février 2022. La Marine algérienne détient six sous-marins russes, tous capables de tirer ces missiles de croisière russes.

 La décision de s’armer jusqu’aux dents intervient dans un contexte où Alger est accusée d’augmenter le volume sonnant et trébuchant de ses livraisons d’armes russes et de se rapprocher des paramilitaires russes de la société privée Wagner. 

Accord-cadre russo-algérien 

Sur les 23 milliards de dollars prévus, 9 à 10 milliards sont annuellement consacrés par l’Algérie à son approvisionnement en armes russes, ce qui ne manque pas de faire réagir des députés et sénateurs américains, mais aussi des députés et hommes politiques européens. Alger et Moscou se préparent pour finaliser un accord-cadre de fourniture militaire pour les dix prochaines années. Pour les phases de contractualisation, «l’accord-cadre devrait être officialisé lors de la visite d’Abdelmadjid Tebboune à Moscou, programmée au mois de décembre», précise le site d’information Africa Intelligence. Dans le détail, le contrat d’arme est comme par le passé. D’abord, les capacités de production des usines d’armement russes sont négativement impactées par les répercussions de la guerre en Ukraine. Ce qui pourrait compromettre les engagements russes en termes de délais de livraison. Un autre point à ne pas omettre: Alger achetait jusqu’à février 2022 la majeure partie de ses équipements en dollars. Pourra-t-elle continuer à le faire, sachant que les banques russes ont été exclues du système interbancaire SWIFT, bloquant ainsi les transactions en dollar américain avec Moscou? 

Outre les 9 milliards, 5 autres milliards de dollars devraient être affectés à un chapitre distinct intitulé «Appui logistique et multiforme», en d’autres termes aux opérations extérieures. Un budget qui vise à financer des opérations hors des frontières algériennes, selon Mena Defense, premier site d’information spécialisé dans la défense et la sécurité en Afrique du Nord.

La milice Wagner 

La destination de cet argent est encore imprécise ou plutôt non officielle. Selon des observateurs, cela pourrait avoir un lien avec le départ des Français du Mali, à l’arrivée de la milice Wagner, inféodée à la Russie, dont l’Algérie est un allié. Ce changement peut être lié à la situation en Libye également. Ce qui veut dire des opérations louches puisqu’elles n’entrent pas dans le cadre des actions des Casques bleus ou autres sous le sceau onusien. Le flou cède petit à petit la place à la clarté avec cette déclaration d’un proche de Mohamed Bazoum, le président du Niger, à l’hebdomadaire français le Canard Enchaîné dans sa livraison du mercredi 2 février dans un article intitulé Les anti-fran- çais se renforcent au Sahel: «Aujourd’hui, les dirigeants algériens prennent leurs distances avec le gouvernement malien, mais ils ont joué un rôle dans la venue du groupe Wagner au Mali. Ils ont ouvert leur espace aérien aux avions russes acheminant des mercenaires et du matériel venu de Libye. Nous avons les numéros d’immatriculation des appareils utilisés». 

Les propos du responsable nigérian corroborent les affirmations de certains médias algériens. Le site d'information Algérie Part avait annoncé, début janvier 2022, que «plusieurs dizaines de mercenaires russes du groupe Wagner, la fameuse société militaire privée russe, ont transité par l’Algérie pour rejoindre le Mali», citant des sources sécuritaires algériennes et expliquant qu’«il s’agit de paramilitaires russes qui étaient déployés sur le territoire libyen». Concernant le transport des troupes de la société Wagner, Algérie Part explique que «plusieurs avions militaires russes ont survolé récemment le territoire algérien pour rejoindre ensuite Bamako (...) un Tupolev TU-154M appartenant à la flotte militaire de l’armée de l’air russe a traversé le ciel algérien pour rejoindre Bamako. Or, cet appareil avait décollé depuis la Syrie avant d’observer une halte en Libye pour ensuite rallier le Mali». 

C’est dire que l’Algérie joue avec le feu en signant un pacte avec la Russie et son bras droit paramilitaire Wagner, notamment par le financement d’une partie de l’opération d’implantation des forces paramilitaires russes au Mali. Wagner est qualifiée de groupe de mercenaires par les Etats-Unis, la France et leurs alliés occidentaux. 

Jeu trouble 

Le doute n’est pas de mise quand on se réfère à l’interview accordée, le 4 avril 2022, par Ramtane Lamamra, chef de la diplomatie algérienne, à une journaliste de RFI. En réponse à une question sur si l’Algérie n’avait pas d’opposition à «acheminer des troupes et du matériel russes et donc, éventuellement, des mercenaires vers le Sahel», allusion faite au groupe russe Wagner, M. Lamamra a répondu: «Je ne suis pas sûr que la qualification de mercenaires soit consensuelle. Il y a d’autres points de vue pour décrire les personnels en question. Je ne dis pas que je préfère tel ou tel point de vue, mais en répondant à votre question qui porte cette qualification, je ne voudrais pas que l’on comprenne que, moi, je le reprends à mon compte, d’autant plus que le gouvernement malien dit qu’il ne s’agit pas de cela. Le gouvernement russe non plus.» 

Le 8 avril à New York, en votant contre la décision de suspendre la Russie du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, l’Algérie s’est opposée, à l’instar de 24 pays, dont l’Iran, la Chine, Cuba, la Syrie, le Bélarus ou le Kazakhstan, à cette sus Ce jeu trouble d’Alger et ce nouvel axe Moscou-Alger-Bamako s’est précisé lorsque l’agence de presse Reuters a révélé que le groupe Wagner serait payé environ 9,15 millions d’euros par mois pour ses services proposés au Mali et que l’accord garantit aussi l’accès de la société russe à trois gisements miniers, deux d’or et un de magnésium. L’augmentation record et historique du budget d’armement, du volume des achats d’armes russes et la connivence souterraine avec Wagner, greffée à l’exercice militaire en cours entre soldats russes et algériens à Béchar, à des dizaines de kilomètres seulement de la frontière algéro-marocaine, est à prendre au sérieux. Somme toute, tout laisse croire que la junte militaire algérienne, en quête désespérée de légitimité populaire en interne et d’une virginité diplomatique internationale, cherche à mener une guerre contre le Maroc. Mais la plus plausible des options est celle d'opérations de guérilla menées par Alger avec l’aide des mercenaires de Wagner.

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