AKHANNOUCH CRÉE LA SURPRISE

NOMINATION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT PAR S. M. LE ROI

Au palais royal de Fès, jeudi 7 octobre 2021, S.M. le Roi Mohammed VI a reçu et nommé les membres du gouvernement présidé par Aziz Akhannouch. La présence de nouveaux visages et de 7 femmes sur un total de 25 ministres marquent la nouvelle équipe attendue sur différents fronts, autant en interne que sur la scène régionale et internationale.

Pas même le temps de vraiment spéculer: quinze jours à peine après avoir acté la mise en place de sa majorité avec le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal (PI), le président du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, voit déjà nommé le gouvernement que le roi Mohammed VI l’avait chargé de former le 10 septembre 2021.

Au cours d’une cérémonie tenue ce jeudi 7 octobre 2021 au palais royal de la ville de Fès, le nouveau chef de l’Exécutif et les vingt-quatre ministres qui vont constituer son équipe ont été reçus par le Souverain, devant qui ils ont prêté serment et avec qui ils ont pris une photo de groupe. Étaient également présents le Prince héritier, Moulay El Hassan, et le Prince Moulay Rachid, frère cadet du monarque, et, selon le communiqué du Cabinet royal publié dans la foulée, des secrétaires d’État devraient aussi “ultérieurement”, sans préciser quand exactement, se voir désigner “dans certains départements ministériels”, dont les noms n’ont également pas été spécifiés.

En tout cas, le premier engagement de M. Akhannouch, qui avait été de faire en sorte que les visages appelés à l’accompagner au cours des cinq prochaines années soient connus avant l’ouverture du parlement ce vendredi 8 octobre 2021, a été tenu, et il y a lieu de signaler que dans l’ensemble il s’est bien prémuni de confondre vitesse et précipitation.

Un choix très courageux
Certes, on trouvera toujours à redire et l’on se posera toujours la question, légitime, de savoir si le gouvernement Akhannouch représente vraiment l’optimum que peut s’offrir un pays comme le Maroc, où quand bien même les compétences ne manquent pas. Impossible, à vrai dire, à savoir, mais si l’on en reste à certains critères bien déterminés, on ne peut que dire que de nombreuses cases sont cochées: d’abord, et cela grâce donc, il faut le souligner, au choix très courageux de se limiter à une majorité à trois partis seulement, un gouvernement qui est loin d’être pléthorique et où les départements ne se chevauchent pas inutilement -rappelons par exemple le choix abracadabrant du gouvernement Saâd Eddine El Othmani de se doter de quatre responsables ministériels en charge de l’Eau/des Eaux-; ensuite une parité qui n’est pas parfaite, comme on aimerait que cela soit un jour le cas au Maroc, mais l’on se retrouve quand même désormais avec un tiers des ministres qui sont des femmes, ce qui n’est pas rien; enfin, de nombreuses compétences qui, dans leurs domaines respectifs, constituent des éminences.

Et c’est sur ce dernier point, en particulier, que M. Akhannouch a sans doute le mieux su tirer son épingle du jeu, sachant qu’il devait principalement reposer sur des profils partisans tout en contentant tous les partis à la fois, y compris le sien.

Une majorité de compétences
Aussi, il ne pouvait par exemple pas laisser sur la touche les secrétaires généraux du PAM et du PI, à savoir Abdellatif Ouahbi et Nizar Baraka, qui pour le premier se retrouve ministre de la Justice -le conseil national du PAM avait lui-même insisté le 17 septembre 2021, au moment d’accepter l’offre de M. Akhannouch, pour que M. Ouahbi prenne part au futur gouvernement-, et pour le second ministre de l’Équipement et de l’Eau; un département que le PI avait près de quatorze ans durant, soit dit en passant, déjà occupé en les personnes de Bouamar Taghouane et Karim Ghellab (février 1998-janvier 2012). Mais il y a lieu de dire que le PAM et le PI ont également joué le jeu, puisqu’au lieu de chercher à imposer des personnalités dont le seul mérite est d’être des caciques de leurs partis, ils ont, au contraire, mis en avant l’intérêt du pays et soumis des candidats se prévalant d’abord de leur pedigree.

Ministres régaliens
Le PI a même poussé la logique à l’extrême, dans la mesure où son nouveau ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, sa nouvelle ministre de la Femme, de la Famille et de l'Insertion sociale, Aouatif Hayar, et sa nouvelle ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme administrative, Ghita Mezzour, n’appartiennent pas au secrétariat général.

Pour le RNI et le PAM, il s’est plutôt agi d’un mix -le PAM verra notamment la présidente de son conseil national et mairesse de Marrakech, Fatima Ezzahra El Mansouri, prendre les rênes du ministère de l'Habitat et de la Politique de la ville-, mais en tout cas il n’est aucun ministre ou ministre délégué qui ne va que maintenant découvrir le secteur dont il a la charge. Au niveau régalien, ont même été reconduits Abdelouafi Laftit à l’Intérieur, Nasser Bourita aux Affaires étrangères et l’indéboulonnable, depuis novembre 2002, Ahmed Toufiq aux Habous et aux Affaires islamiques, tandis que l’on a par exemple vu celui qui préside par ailleurs la Fédération royale marocaine de football (FRMF), à savoir Faouzi Lekjaâ, propulsé au nom du PAM ministre délégué chargé du Budget, après avoir été pendant près de onze ans durant, à partir de décembre 2010, directeur du budget au sein du ministère de l’Économie et des Finances.

Un gouvernement politique
Parmi les ministres à disposer déjà d’une expérience gouvernementale, on compte, justement, aussi la nouvelle ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, qui a été ces deux dernières années ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Économie sociale et qui va prendre la place de l’autre membre du RNI, Mohamed Benchaâboun -dont on disait qu’il était depuis un certain temps en mauvais termes avec M. Akhannouch. Ce qui la ramène à son domaine de compétence premier, elle qui fut notamment par le passé directrice générale déléguée de Saham Finances. Mais le Tourisme reste tout de même aux mains du RNI, avec l’arrivée à sa tête de la consultante Fatim- Zahra Ammor, qui est par ailleurs proche depuis plus de vingt ans de M. Akhannouch, après avoir entre autres siégé jusqu’au début des années 2010 dans le conseil d’administration de sa holding Akwa.

M. Akhannouch a, à ce même égard, également choisi de confier l'Agriculture, la Pêche maritime, le Développement rural et les Eaux et Forêts, dont il fut lui-même près de quatorze ans durant ministre, à un autre de ses anciens collaborateurs, en l’occurrence Mohamed Sadiki, qui fut depuis janvier 2013 déjà secrétaire général du gouvernement.

C’est donc un gouvernement à proprement politique avec lequel, in fine, l’on se retrouve, ayant eu à composer, dans son élaboration, à différentes contraintes et qui, comme l’avait promis M. Akhannouch au moment de sa nomination, aura à coeur “mettre en oeuvre les grands chantiers et stratégies de Sa Majesté le Roi, ainsi que les futurs programmes gouvernementaux”. Il n’aura, certes, pas la tâche facile, du simple fait que le Maroc n’est pas encore sorti de la pandémie de Covid-19 qu’il éprouve depuis mars 2020, qu’il doit encore subir les contrecoups réguliers de l’état d’urgence sanitaire, mais en même temps et comme l’a par exemple illustré le fait que la nouvelle majorité ait également pris le pouvoir, ce 5 octobre 2021, à la Chambre des conseillers, il a véritablement devant lui un boulevard, et donc pas vraiment d’excuses.

Des voeux à exaucer
À cause justement de la pandémie, les Marocains attendent beaucoup de lui, et cela surtout qu’il s’était engagé, tout au long d’une campagne qui, en vérité, a commencé il y a trois ans déjà, à améliorer leur sort de façon si sûre que l’ancien président RNI de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami, s’était dit prêt à essuyer des jets de pierre des citoyens si ceux-ci ne voyaient pas leurs nombreux voeux exaucés.

M. Akhannouch tenait notamment ouvertement depuis juillet 2019, à montrer de quel bois son parti se chauffait, à avoir la main sur la Santé, et c’est désormais le cas, avec la nouvelle mairesse de Casablanca, Nabila Rmili, qui en sera la ministre. Tiendra-t-il ses promesses? Enfin, qu’en sera-t-il du chantier royal par excellence des quinze prochaines années, qui est celui du nouveau modèle de développement (NME)? M. Akhannouch a sans doute voulu envoyer un signal fort en offrant les rênes de l’Education nationale, du Préscolaire et des Sports à Chakib Benmoussa, qui a présidé la commission spéciale sur le modèle de développement installée en décembre 2019 par le roi Mohammed VI, mais au-delà du symbole, il faudra, en fin de compte, du concret, surtout. Que les choses sérieuses commencent...