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Ahmed Rahhou jette un pavé dans la mare

Avis du conseil de la concurrence sur les carburants

Cadre légal obsolète, marché concentré et fermé, marges fructueuses, faible concurrence. L’avis du Conseil de la concurrence sur le marché des carburants au Maroc est riche en constats alarmants. L’institution présidée par Ahmed Rahhou a du pain sur la planche pour opérer une réforme de fond de ce secteur.

C’était sous l’effet de la grogne populaire et de la multiplication des accusations contre les acteurs du marché des carburants de profiter de la spectaculaire hausse des prix à la pompe depuis le début de l’année pour s’engraisser, que le Conseil de la concurrence s’est auto-saisi, le 25 avril 2022, de son étude sur le sujet. Le 26 septembre 2022, la même institution a publié son avis tant attendu sur l’étude en question, avec à la clé plusieurs conclusions alarmantes qui ne peuvent que renforcer les doutes sur les supposés “bénéfices immoraux” que les acteurs du secteur auraient dégagés grâce notamment à la hausse des prix des carburants, mais pas que.

Chute des cours
En effet, l’avis du Conseil de Ahmed Rahhou note un “affaiblissement de la corrélation entre les cours du baril de pétrole brut, les cotations des produits raffinés et les prix de vente sur le marché national durant les années 2020 et 2021 ainsi que les quatre premiers mois de l’année 2022”. En des termes plus simples, les augmentations survenues au niveau du prix à la pompe durant les périodes en question n’ont pas été forcément causées par une hausse des cours de pétrole et autres produits énergétiques à l’international, comparativement aux années 2018 et 2019.

Le Conseil de la concurrence relève d’ailleurs que les acteurs du secteur opèrent une répercussion immédiate des hausses des cours à l’international mais décalent le report en cas de baisses. De quoi étayer les plaintes des citoyens qui s’étonnent encore que le prix à la pompe ne soit pas revenu aux mêmes niveaux d’avant la guerre en Ukraine, alors que le baril a globalement retrouvé les mêmes prix de la période pré-conflit depuis quelques semaines déjà.

Protection contre les fluctuations
Par ailleurs, le Conseil de la concurrence relève qu’au cours des années 2020 et 2021, les marges des sociétés de distribution ont connu une forte hausse, dépassant en 2020 la barre de 1 dirham par litre chez l’ensemble des opérateurs. Ces marges ont dépassé les 1,25 DH/l chez les trois premiers opérateurs du marché (Afriquia SMDC, TotalEnergies Marketing Maroc et Vivo Energy Maroc) et ont même atteint 1,40 DH/l chez Vivo Energy Maroc, soit environ 15% du prix de vente d’un litre de gasoil contre seulement une moyenne de 9% pour la période 2018-2021.

Les marges de 2021, même après avoir diminué par rapport à 2020, restent supérieures de près de 25 centimes/litre à celles constatées en 2018 et 2019. Il en résulte que les sociétés de distribution ont tiré profit de la forte chute du cours sur le marché international pour augmenter leurs marges.

En conséquence, il ressort que les sociétés de distribution n’auraient pas profité de la forte chute du cours sur le marché international pour gagner des parts de marché par le jeu de la libre concurrence et auraient opté pour une augmentation de leurs marges. Par ailleurs, le Conseil de la concurrence fait remarquer que le marché de l’essence et du gasoil reste très concentré, aussi bien en amont qu’en aval. De quoi accentuer les interrogations sur de possibles “ententes” entre les acteurs du secteur, qui arrivent à dégager des bénéfices importants grâce au caractère très lucratif de leurs activités, sans devoir fournir d’efforts de concurrence.

Dans ce sens, le Conseil a appelé à assouplir davantage les conditions d’accès au marché du gasoil et de l’essence en amont et en aval, tout en appelant à opérer une révision urgente du cadre et du mode de régulation du marché de l’essence et du gasoil au Maroc, comme par exemple au niveau des relations contractuelles entre les sociétés de distribution et les stations- service. Par ailleurs, l’avis appelle à instaurer une taxe exceptionnelle sur les surprofits des sociétés d’importation, de stockage et de distribution du gasoil et de l’essence.

Le Conseil de la concurrence recommande, dans son avis, d’étudier l’opportunité de maintenir et de développer une activité du raffinage au Maroc. Un allusion à peine voilée à la Samir, dont le retour d’activité se trouve depuis quelques années au coeur des revendications de plusieurs organisations politiques et syndicales qui y voient une solution garantissant plus de souveraineté du Maroc en matière énergétique, et surtout une meilleure protection contre les fluctuations des cours de pétrole à l’international.

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