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L'agriculture marocaine face au choc climatique

Lancement de la campagne agricole 2022-2023

Les récentes sécheresses ont rappelé avec force l’exposition de l’économie marocaine aux aléas pluviométriques.

Ça fait plus d’une semaine que nos agriculteurs guettent le ciel dans l’espoir de déceler quelques nuages porteurs de pluie. Aucune goutte, à part les précipitations sporadiques, relevées, tout récemment par les services de la Météorologie nationale, dans certains coins du territoire national, et ce, à l’exemple des hauteurs de pluie relevées en millimètres, de 06H00 le mardi 20 septembre à 06H00 le mercredi 21 septembre, établies par la Direction de la météorologie nationale concernant Fès: 14 mm , Benguerir: 3mm, Al Hoceima: 2 mm , Taza, Zagora et Errachidia: moins d’un millimètre.

Pour l’instant, rien ne semble indiquer que la pluie va pointer à l’horizon. Certes, le gouvernement ne reste pas les bras croisées, puisqu’il vient d’annoncer toute une série de mesures en préparation de la campagne agricole 2022-2023. A commencer, notamment, par l’extension des surfaces assurées dans le cadre du programme d’assurance agricole avec plus de 200.000 hectares supplémentaires, en application des dispositions de la stratégie «Génération Green», qui vise à atteindre 2,5 millions d’hectares de surfaces assurées d’ici 2030. D’ailleurs, tous les services concernés du ministère sont mobilisés au niveau national pour accompagner les agriculteurs et poursuivre la mise en oeuvre des projets de la stratégie «Génération Green», notamment en approvisionnant le marché en semences et en engrais phosphatés, tout en maintenant les mêmes niveaux de prix enregistrés lors de la campagne précédente. Comme pour cette dernière, le début de la campagne agricole a s’annonce exceptionnellement sec, et une mauvaise récolte céréalière est à prévoir pour 2022.

Cette situation coïncide avec un ralentissement de l’économie mondiale et une hausse des prix internationaux des produits de base, tendances défavorables qui se sont fortement intensifiées après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il est important de noter que ces chocs externes se sont renforcés mutuellement étant donné qu’avec la sécheresse le Maroc devrait importer des volumes plus importants de céréales à des prix sensiblement plus élevés, et ce, en raison de la guerre. Dans ce contexte très défavorable, l’économie pourrait décélérer fortement en 2022, et tous les experts n’ont pas manqué de prévoir un taux de croissance de l’économie nationale de 1,3 pour cent en 2022. Les récentes sécheresses ont rappelé avec force l’exposition de l’économie marocaine aux chocs pluviométriques. Les grandes oscillations des niveaux de précipitations ont contribué à amplifier la récession de 2020 et la reprise de 2021 et ralentiront de nouveau la croissance en 2022. Le dernier rapport de la Banque mondiale n’a pas manqué de consacrer un chapitre spécial aux impacts macroéconomiques des sécheresses et de la rareté de l’eau au Maroc, utilisant une partie de l’analyse qui est incluse dans un diagnostic de la Banque mondiale qui sera bientôt publié: le Rapport sur le climat et le développement des pays. Il souligne l’importance des chocs pluviométriques comme source de volatilité macroéconomique au Maroc.

Le processus de développement menacé
Néanmoins, le rapport mentionne le fait qu’au cours des dernières décennies, cependant, les sécheresses ont eu tendance à être suivies par de forts rebonds, et la récurrence de ces chocs n’a pas empêché une solide croissance à long terme du PIB agricole. Les experts de la Banque mondiale estiment qu’à l’avenir, le changement climatique pourrait faire de la pénurie d’eau une condition plus permanente, ce qui aurait de graves répercussions à long terme sur l’économie.

Certes, le gouvernement ne baisse pas les bras et continue d’investir dans le secteur agricole pour qu’il soit en mesure de s’adapter au changement climatique, notamment à travers le renforcement de la coopération avec l’Afrique, comme l’a si bien souligné le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, dans son intervention, au nom du Maroc, lors du débat général de la 77e Assemblée générale des Nations Unies. Le Chef du gouvernement n’a pas manqué de relever, à cet effet, que «le continent africain dispose de près de la moitié des terres arables dans le monde qui ne sont pas encore exploitées». Il a aussi souligné que les perturbations mondiales auront un impact négatif sur les efforts déployés pour atteindre la sécurité alimentaire, si les pays ne parviennent pas à adapter leurs capacités à la nouvelle réalité. Le Chef du gouvernement a, par ailleurs, indiqué que le Maroc continue de mettre en oeuvre la stratégie “Generation Green”, conformément aux hautes orientations de S.M. le Roi Mohammed VI, au service de la réalisation de la sécurité alimentaire. «Le défi climatique appelle des solutions urgentes et le concours de toutes les parties prenantes, loin des déclarations d’intention», a souligné M. Akhannouch. Et d’ajouter que «tout échec à relever ce défi de manière efficace et urgente menace le processus de développement dans les différentes régions du monde et risque de favoriser la propagation de la famine et les déplacements».

Par ailleurs, sur le plan national, le gouvernement n’a eu de cesse de déployer des efforts en matière d’infrastructures hydrauliques. Une condition nécessaire, mais pas suffisante pour les experts de la Banque mondiale. Ces derniers considèrent que si le développement des infrastructures est une condition nécessaire, il reste insuffisant pour faire face à la pénurie d’eau. Historiquement, le Maroc s’est appuyé sur des investissements massifs dans le stockage de l’eau et l’irrigation pour faire face à des modèles de précipitations très variables. Ces investissements sont plus que jamais nécessaires, mais l’expérience internationale suggère que pour faire face à la pénurie d’eau, les «solutions d’ingénierie» doivent être associées à des politiques efficaces de gestion de la demande en eau.

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