Affrontements du conseil national de la jeunesse du MP

DOIT MIEUX FAIRE

LA GUERRE DES IDÉES ET DES PROJETS PEUT PARFOIS, ET MÊME SOUVENT, DÉBORDER SUR LE TERRAIN PHYSIQUE.

Le conseil national de la jeunesse du Mouvement populaire (MP), tenu dimanche 6 octobre 2019 au siège du parti à Rabat, aurait dû, au mieux, mériter une brève dans notre journal, tant, avec tout le respect que l’on peut devoir à ladite formation et à ses instances, l’évènement n’est pas vraiment pour soulever les masses. Mais voilà que nous nous retrouvons à lui consacrer une chronique entière, après que certains «militants», si l’on peut les appeler ainsi, eurent décidé de tester la solidité de leurs chaises les uns sur les autres: de véritables batailles ont ainsi été engagées, nécessitant même l’intervention des forces de l’ordre. Les images de la rixe, que l’on doit au journal électronique Rue20, sont, le moins que l’on puisse dire, affligeantes. On y voit la salle qui a accueilli le conseil transformée au fur et à mesure en champ de ruines. L’air hagard, le secrétaire général du MP, Mohand Laenser, ne peut que contempler les dégâts. Il ne s’est d’ailleurs pas attardé sur les lieux et s’est rapidement éclipsé.

Une circonstance atténuante que l’on peut généralement trouver aux personnes impliquées dans ce genre d’incidents est le trop d’engagement, surtout dans un milieu aussi dialectique que la politique, où la guerre des idées et des projets peut parfois, et même souvent, déborder sur le terrain physique; le don de soi corporel peut même, dans ce cas, constituer un gage de bonne foi. Mais ce qui s’est passé au conseil de la jeunesse du MP n’a en vérité à voir, ni de près ni de loin, avec cela: il s’agit tout simplement de deux camps qui sont entrés en joute pour des considérations purement personnelles et égoïstes.

En effet, il se trouve que ledit conseil est intervenu à un moment où les consultations pour la formation du nouveau gouvernement de Saâd Eddine El Othmani, auquel pour rappel prend part le MP, allaient bon train, et dans ce contexte chacun veut, naturellement, sa part du gâteau. Comme on peut l’imaginer, et arithmétique oblige du fait du nombre fini de portefeuilles mis en balance, il y a forcément des déçus. Certains apparatchiks du parti, qui font partie de cette dernière catégorie, n’ont ainsi rien trouvé de mieux, pour faire montre de leur mécontentement, que de mobiliser des jeunes qui leur sont fidèles contre les autres, soutenus par M. Laenser, à l’occasion du vote du nouveau bureau du conseil de la jeunesse; avec, donc, les conséquences que l’on connaît.

Le plus fâcheux dans l’histoire est que chacun sait le caractère non isolé de l’échauffourée en question. Certains se souviennent par exemple encore des assiettes qui avaient volé au XVIIe congrès du Parti de l’Istiqlal (PI), en octobre 2017, ou, un peu plus loin dans le passé, des heurts qui avaient émaillé le VIIIe congrès de la jeunesse de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), en juillet 2014, mais au-delà de cet aspect purement visible de ces affrontements il y a aussi un fond de vérité sur le niveau des échanges au sein de beaucoup de nos partis, honteux et, pour ainsi dire, par-deçà la moyenne.


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