Affaire Thami Bennani: Ce cold case qui glace le sang des internautes


Ce mercredi 12 juillet, le mystère autour de la disparation de Thami Bennani a enfin été résolu. L’intuition de la mère était bonne, il s’agissait bien d’un meurtre. Un bref moment de répit pour la mère avant de démarrer la deuxième phase de son combat: retrouver le corps de son fils disparu dans les méandres de la justice.

C’est une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre, mais aussi les larmes d’une mère seule contre tous. Un mère qui a remué ciel et terre pour rendre justice à son fils Thami Bennani qui avait quitté son domicile familial à Mohammedia en avril 2007 pour rejoindre des amis, avant de disparaitre à jamais. Lors d’une audience, le vendredi 7 juillet 2023, le parquet général de la cour d’appel de Casablanca a reconnu que Thami Bennani avait été assassiné. Le crime a enfin été établi. Le représentant du ministère public a, par ailleurs, avancé que la tête avait été retrouvée séparée du corps, lequel présentait des ecchymoses et de nombreuses traces de violences. À peine retrouvé et identifié, le corps de Thami disparaît, nous révèle l’avocat de la famille, Me Ali Ziane. En effet, les gendarmes avaient retrouvé le corps de la victime décapité, avant de l’enterrer au terme d’obsèques. Plus tard, quand il s’agissait de faire des tests ADN, le corps avait été mystérieusement remplacé par celui d’une femme.

Ce mercredi 12 juillet 2023, la chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca a prononcé une condamnation de 20 ans de prison ferme pour deux amis de Thami impliqués dans son assassinat et sa disparition. Les accusés, en détention depuis quatre ans, ont été reconnus coupables de « meurtre avec préméditation », de « modification de la scène de crime dans le but d’entraver la justice », de « fausses déclarations aux autorités publiques » et de « non-dénonciation d’un crime ». Par ailleurs, ils devront verser un total 600 000 dirhams de dédommagement à la famille de la victime, à savoir la mère, le frère et la soeur de Thami. Selon l’avocat de la famille Me Ali Ziane, « le jugement reste correct, mais on ne peut pas se réjouir car celui-ci frappe des familles qui sont tristes du sort de leur fils ». « La justice a reconnu que Thami a été tué et c’est l’essentiel », poursuit-il annonçant l’intention de la famille de faire appel.

Quinze ans de combat
Pour sa part, Me Zineb Khiyati, la deuxième avocate de la famille a déclaré devant la presse que « Vingt années ne sont pas suffisantes. Thami a été tué en 2007 et sa mère en souffre depuis maintenant 16 ans. Ceux qui l’ont tué lui ont enlevé tous ses membres, ses mains, son foie, ses poumons et l’ont brûlé ». L’avocate dénonce notamment l’absence du dossier du procès-verbal de la Gendarmerie royale dressé à l’époque des faits. « J’aimerai comprendre pourquoi ils n’ont pas voulu nous donner ce procès-verbal. C’est le procès-verbal de la vérité. Personne n’a voulu me le donner. Je ne suis pas convaincue par ce verdict », a-telle ajouté.

Les faits secouent l’opinion publique depuis avril 2007, lorsque Thami Bennani, alors âgé de 17 ans, a disparu dans des circonstances nébuleuses. Il était sorti le 14 mars 2007 avec cinq amis du lycée, issus de familles « riches et influentes » dans leur ville, pour fêter un anniversaire dans une villa de Mohammedia. Jusque-là ces détails semblent anodins, mais Thami Bennani disparaîtra mystérieusement après cette soirée. Les membres de la famille de Thami Bennani ont engagé un avocat pour faire la lumière sur cette disparition et obtenir des réponses face au mutisme des amis du disparu qui ont tous nié l’avoir vu.


Devant à une justice non réceptive aux appels incessants de la mère, celle-ci décide de faire sa propre enquête et tente de retrouver des preuves et des traces sur les circonstances de la disparition de son fils. Retrouver le corps de Thami, avoir des réponses cohérentes quant à la disparition de celui-ci, c’est tout ce que Hayat, la mère du Thami Bennani demandait. Plusieurs versions de cette nuit et aucune ne concordait avec l’autre. Les accusés avaient avancé dans un premier temps qu’ils n’auraient pas vu Thami ce jour-là, avant d’avouer qu’ils étaient avec lui. Thami aurait fait une overdose, et ne sachant pas trop quoi faire de lui, ses amis l’auraient abandonné quelque part et laissé à son sort.

Face à l’hypothèse d’overdose, des amis de Thami ont soutenu qu’il n’avait jamais pris de drogues, tandis que la fille ayant organisé l’anniversaire dans la villa de Mohammédia a affirmé qu’il avait fait une overdose. Cette même fille a confié à la mère que les amis de Thami l’auraient tué. Elle affirmait par ailleurs qu’ils l’auraient « brûlé » pour dissimuler son identité et « balancé le corps à la mer » pour le faire disparaitre à jamais. Cependant, elle n’a jamais admis cette version devant la police. Rappelons que la carte SIM de Thami avait été localisée dans une forêt à Azilal, « une zone reculée privée d’eau et d’électricité et pourtant le téléphone est alimenté en énergie et son abonnement est toujours maintenu avec un payement régulier des mensualités (99 dhs) », avait annoncé annonce l’avocate de famille. Durant son combat acharné pour retrouver des preuves et des indices sur les circonstances de la disparition de son fils, la mère de Thami dénonçait des « négligences », des « tentatives » pour faire classer le dossier sans suite, et des « pressions » exercées pour que les coupables ne soient pas accusés et emprisonnés.

Malgré les nombreuses embûches, la maman a pu reconstituer les faits et regrouper les informations qu’elle a transmises à la police. Grâce à cette enquête qui lui a valu des menaces sérieuses, la mère de Thami arrive à faire avouer la mort de son fils en 2019, 12 ans après sa disparition. Deux des amis de Thami de l’époque sont depuis en détention. Leur procès s’était ouvert en 2019, mais a été reporté depuis à plusieurs reprises.

Foisonnement de témoignages
L’affaire plonge ensuite dans les méandres de l’oubli et perd en notoriété, avant d’être relancée en 2022 par la Youtubeuse Safaa, une jeune marocaine, passionnée d’histoires de crimes, de cold cases et de disparitions mystérieuses. La vidéo de Safaa avait comptabilisé plus d’1,5 million de vues en l’espace de 3 jours. Un large mouvement de solidarité avait depuis pris forme sur les différents réseaux sociaux en réclamant justice pour Thami Bennani et sa mère, et a conduit à une prise de parole et à un foisonnement de témoignages étouffés auparavant, notamment une histoire de jalousie entre amis, qui auraient tenté de rendre Thami fou en lui donnant une forte dose de drogue. Ne sachant quoi faire du corps de ce dernier, mort d’overdose, les amis décideront de le mutiler et le jeter à la mer.

« Je veux la vérité sur la disparition de mon fils. S’il est mort, qu’on me le dise. (…) Que justice soit faite. S’il y a un cadavre, qu’on me le donne », déplorait la maman de Thami en 2022. L’affaire connait aujourd’hui son épilogue mais plusieurs zones d’ombre subsistent encore. « On ne connait pas les circonstances de la mort de Thami : pourquoi il a été transporté de Mohammedia à Tamaris ? Était-il vivant au moment du transport ? Qu’est ce qui s’est passé exactement à Tamaris où le corps avait été retrouvé? » Toutes ces questions restent aujourd’hui sans réponses et constituent le point de départ de la deuxième phase de combat que compte entreprendre la famille de la victime assassinée : Thami Bennani.

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