Le vrai du faux dans l’affaire du "roi des minoteries"

FARINE IMPROPRE À LA CONSOMMATION

L’affaire serait liée à un appel d’offres lancé par la Société nationale de commercialisation des semences (Sonacos) portant sur 6.800 tonnes de blé déclassé. Le point avec la Fédération nationale de la minoterie (FNM), qui refuse d’être mêlée à cette affaire où seraient impliqués des hommes d’affaires, des élus et de hauts responsables.

Mohamed El Ouahabi, propriétaire de trois minoteries à Oued Zem, Bejaâd et Khouribga dans la région de Béni Mellal-Khénifra, a été placé en détention provisoire dans la prison locale d’Oued Zem. Le tribunal de première instance de Bejaâd a ordonné sa mise en détention provisoire le 11 juin 2021, après une enquête de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) qui aurait révélé la présence de farine impropre à la consommation dans les moulins détenus par Mohamed El Ouahabi.

L’affaire a vite éclaté et des Marocains se sont indignés sur les réseaux sociaux. On parle d’un trafic de farine subventionnée et de mélange avec des substances chimiques cancérigènes. Qu’en est-il justement? Selon nos sources, l’affaire serait liée à un appel d’offres lancé par la Société nationale de commercialisation des semences (Sonacos) portant sur 6.800 tonnes de blé déclassé.

Dans le cahier des charges accompagnant l’appel d’offres, la Sonacos précise que cette marchandise n’est pas destinée à la consommation, mais aux pâturages. Or, Mohamed El Ouahabi aurait acheminé cette cargaison vers ses minoteries, l’aurait écrasée pour la mélanger à du blé tendre subventionné afin de l’écouler sur le marché, «ce qui représente un crime et un grand danger pour la santé des Marocains», nous déclare un responsable au sein de la Fédération nationale de la minoterie (FNM).

S’il s’avère qu’il a bel et bien acheminé ces produits vers ses moulins, la FNM s’engage à porter plainte contre Mohamed El Ouahabi. Notre source à la FNM remet, par ailleurs, en cause les qualificatifs employés pour décrire ce minotier. «Il n’est pas le «roi des minotiers» comme on a dit. C’est un petit minotier. Ses trois moulins réunis ne disposent que d’une capacité de 300.000 quintaux par an, alors qu’une minoterie moyenne écrase jusqu’à 700.000 quintaux. Les grands minotiers, eux, disposent d’une capacité comprise entre 3 et 4 millions de quintaux par an. Il n’est pas celui qu’on veut présenter », nous lance notre source.

Mélange de blé subventionné
D’ailleurs, la moitié de la production des moulins de Mohamed El Ouahabi est composée de farine subventionnée, alors que la moyenne est de 5 à 6% chez les autres minoteries, nous précise notre source. Selon elle, ce minotier ne les représente pas et même s’il figure dans la liste des membres de la FNM, il n’est pas reconnu en tant que tel puisqu’il n’a jamais payé ses cotisations et n’a jamais été invité à une réunion de la Fédération.

En tout cas, la FNM refuse d’être, encore une fois, pointée du doigt dans cette affaire, «puisqu’on parle de semences et non de farine», nous déclare- t-on. Rappelons que la FNM a fait l’objet, ces derniers mois, de vives critiques après la publication par la Fédération marocaine des droits du consommateur d’une note où elle dénonce la mauvaise qualité de la farine utilisée pour la fabrication du pain.

La Fédération marocaine des boulangeries et des pâtisseries (FMBP) lui avait également emboîté le pas. «Ce sont des allégations fallacieuses et infondées. Nous avons porté plainte contre ces personnes. Nous leur avons demandé de nous apporter des preuves, des études scientifiques, des analyses qu’ils auraient effectuées pour argumenter leurs propos. Ils n’en est rien», nous déclare notre source à la FNM.