Le feuilleton médiatico-judiciaire de la chanteuse marocaine

Affaire "Hamza mon bb": Dounia Batma, la scandaleuse

Dos au mur après la confirmation de sa condamnation par la Cour de cassation, Dounia Batma ne jette pas l’éponge. Elle demande publiquement sur instagram la grâce royale pour éviter la prison et de perdre la garde de ses deux petites filles. Elle continue d’alimenter les polémiques avec ses victimes.


Pas moins d’une cinquantaine de micros de médias posée dans elle, des dizaines de journalistes, certains accroupis par terre par manque d’espace, ont tous les yeux rivés sur elle, en plus des dizaines de milliers de spectateurs qui suivent ses propos en direct sur les réseaux sociaux. Ce mercredi 10 janvier 2024 dans un célèbre hôtel de la ville de Casablanca, Saida Charaf venait probablement d’animer la conférence de presse la plus suivie de l’histoire du Maroc.

Pourquoi une telle mobilisation, un tel engouement? La chanteuse marocaine est venue cet après-midi livrer ses “vérités” sur la glauque affaire “Hamza mon bb”, ce compte instagram et snapchat créé en 2016 et fermé en 2019 qui comptait des millions d’abonnés et qui s’était spécialisé dans les règlements de comptes et le chantage contre de nombreuses célébrités marocaines, dont Saida Charaf, à l’aide d’informations, d’images et de vidéos compromettantes -certaines à caractère sexuel-, détruisant carrières, familles et réputations au passage.

Mais Saida Charaf se présente devant la presse nationale surtout pour répondre aux accusations de sa rivale, la chanteuse Dounia Batma qui a été condamnée à un an de prison ferme pour son implication, aux côtés d’autres individus connus dont sa soeur Ibtissam, pour leur rôle dans la même affaire. “Regardez mesdames, messieurs! Voici les preuves qu’elle (Dounia Batma, ndlr) était bel et bien en contact avec le compte Hamza mon bb, contrairement à ce qu’elle prétend dans ses sorties”, affirme Saida Charaf dans un ton accusateur, tout en indiquant du doigt des pages de documents issus du procès, qui sont exposées sur un écran derrière elle.


Rivalité et accusations
Quelques jours auparavant, le 6 janvier, Dounia Batma, munie d’une copie du jugement, avançait dans une vidéo diffusée en direct sur son compte Instagram et massivement relayée et commentée sur la Toile, que la justice l’avait “acquittée” ainsi que sa soeur, Ibtissam Batma, ajoutant qu’elles n’avaient “aucun lien” avec le compte “Hamza mon bb”. Pourtant, l’héritière de la famille Batma a vu sa condamnation en appel à un an de prison ferme, être confirmée fin décembre 2023 par la Cour de Cassation.


Une affaire glauque
Selon les documents fuités, la jeune chanteuse a été reconnue coupable pour «participation à l’accès frauduleux au système informatique de données», et «diffusion de faits mensongers dans le seul but de nuire à la vie privée des individus et diffamation », mais elle a été blanchie des accusations de “participation délibérée à entraver le fonctionnement de ce système”, de “participation et chantage” et de “diffusion d’images et de déclarations d’autrui sans consentement”.


Ce feuilleton judiciaire aux multiples rebondissements a éclaté au grand jour pour la première fois en août 2019, lorsque Saida Charaf, une des principales cibles des révélations sulfureuses de “Hamza mon bb”, a porté plainte contre les personnes derrière le compte en question. D’autres célébrités sortent du silence et dénoncent le chantage et les menacent dont ils sont victimes. Parmi ces victimes on retrouve l’animatrice vedette Mariam Said qui a perdu son poste au sein de la grande chaîne panarabe MBC et a vu son projet de mariage avorté à cause de vidéos compromettantes publiées par “Hamza mon bb”. Bien que cela n’ait pas été clairement établi, Wiam Dahmani, chanteuse marocaine retrouvée morte en 2018 à Abou Dhabi, se serait même suicidée après avoir subi le harcèlement et le chantage de “Hmaza mon bb”.Ce dernier a également pris pour cible Salma Rachid, Ibtissam Tiskat, Nora Fathi, Karima Gouit, Rajaâ Belmir et son frère, Omar Belmir, Abir Berrani, Jawad Kanana, Doc Samad, pour ne citer que ceux-là. Des stars du showbizz et des réseaux sociaux dont la majeur partie ont un point en commun: avoir critiqué Dounia Batma ou entretenu des rapports tendus avec elle.


La chute de “Hamza mon bb”
Alors que le dossier commence à prendre de l’ampleur, avec plus de 70 plaintes déposées, les membres du réseau tentaculaire commencent à tomber l’un après l’autre. En septembre 2019, le principal administrateur des comptes “Hamza mon bb” est interpellé et déféré en état de détention devant le tribunal de première instance de Marrakech, tandis que Dounia Batma et sa soeur Ibtissam sont entendues par la justice pour la première fois dans le cadre de l’affaire.

Les premières peines ne tardent pas à tomber: En février 2020, la blogueuse Soukaïna Jannah, alias «Glamour», le journaliste Simo Daher ainsi que le propriétaire d’une agence de location de voitures sont condamnés à une peine d’emprisonnement de deux ans chacun pour leur implication dans l’affaire “Hamza mon bb”, tandis que le hacker responsable du piratage des compte des victimes écope de deux ans de prison ferme. En parallèle, la styliste marocaine Aicha Ayach est extradée par les Emirats arabe unis suite à un mandat d’arrêt international émis contre elle par les autorités marocaines. Elle est condamnée en première instance à 18 mois de prison ferme, mais en janvier 2021 sa peine est réduite en appel à 12 mois. Simo Benbachir, célèbre journaliste people marocain résident aux États-Unis, qui n’hésitait pas à exprimer publiquement son soutien aux révélations faites par les comptes “Hamza mon bb” et cité également par certains accusés, mais ne sera pas finalement poursuivi.

Et les soeurs Batma dans tout ça? En mars 2020, Ibtissam écope d’une peine d’un an de prison ferme qu’elle purge entièrement à la prison de l’Oudaya à Marrakech. Pour Dounia, la situation est beaucoup plus mystérieuse: elle est condamnée, le 30 juillet 2020, par le tribunal de première instance de Marrakech à huit mois de prison ferme, avant que sa peine ne soit revue à la hausse, le 27 janvier 2021, en appel à 1 an de prison ferme.

Cette condamnation a été confirmée définitivement, fin décembre 2023, par la Cour de cassation. Malgré cela, la star n’aura pas passé la moindre nuit derrière les barreaux, provoquant l’indignation des ses victimes, et surtout les spéculations sur les raisons derrière de son “immunité” voire “impunité”, alors que tous les autres membres du réseau ont tous payé pour leurs crimes.

D’autant plus que Dounia Batma n’hésite pas à s’afficher publiquement, animant des soirées et multipliant les déclarations pour le moins osées, surtout pour une personne condamnée à de la prison ferme. Mais c’est sans doute sa sortie du 6 janvier 2024 sur Instagram durant laquelle elle a insisté sur son “innocence” et surtout demandé au Roi Mohammed VI de la gracier qui interpelle. “Comment peut-elle s’adresser au Souverain de la sorte, sans respecter les règles régissant la procédure de demande de grâce?” s’interrogent alors de nombreux internautes. Mais l’autre question qui se pose avec plus d’acuité est la suivante: Dounia Batma entrera-t-elle en prison?.

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