Quand l'affaire Ben Barka s'invite sur grand écran

Entre fiction et documentaire

L’énigmatique disparition de Mehdi Ben Barka a fait son entrée dans la fiction française une année seulement après son enlèvement, dans le film “Made in USA”. Retour sur les principales productions françaises qui se sont intéressées à l’histoire de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka.

57 ans après sa disparition, Mehdi Ben Barka, figure emblématique de l’opposition marocaine et chef de file du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste, suscite encore mystère et énigme. L’affaire de sa disparition, le 29 octobre 1965 près de la brasserie Lipp, à Paris, a inspiré plusieurs auteurs et réalisateurs, créant le plus souvent un certain fantasme autour de ce personnage: un brillant professeur de mathématiques au Collège royal, proche des arcanes du pouvoir au Maroc, leader de la gauche internationale, côtoyant de grandes figures de l’époque comme Malcolm X, Fidel Castro, Che Guevara ou encore Nelson Mandela.

Un fantasme nourri par le mystère de sa disparition non encore élucidée, où de grandes puissances seraient impliquées selon les différents protagonistes, mais aussi par les zones d’ombre de Mehdi Ben Barka, qui collaborerait avec plusieurs services de renseignement de plusieurs pays (le Statní Bezpecnost tchécoslovaque qui rendait des comptes au KGB russe, la CIA, les Chinois…).

L’énigmatique disparition de Ben Barka a fait son entrée dans la fiction française une année seulement après son enlèvement. Dans, «Made in USA», film français sorti en 1966, Jean-Luc Godard s’inspire de l’affaire Ben Barka, sans en faire référence. Il a confié par la suite que le personnage clé du film représentait Mehdi Ben Barka. Il s’agit de Richard, un journaliste retrouvé mort d’une manière atroce par sa fiancée Paula. En 1972, c’est le réalisateur Yves Boisset qui s’inspire de cette affaire rocambolesque dans son film «L’Attentat». Comme pour Jean-Luc Godard, Yves Boisset ne cite pas directement l’opposant marocain, mais se contente de raconter l’histoire d’un dirigeant de l’opposition d’un pays arabe, exilé en Suisse, qui a été assassiné à Paris.

Un an après la sortie de ce film, Gérard Oury réalise le fameux film de comédie «Les aventures de Rabbi Jacob», qui s’inspire à son tour du long-métrage de Boisset et où on retrouve l’enlèvement devant la brasserie parisienne et l’interrogatoire par des agents des services secrets.

Un enfant de la médina
Quelques années plus tard, en 2001, Simone Bitton sort son documentaire télévisé «Ben Barka, l’équation marocaine». Bitton a préféré axer la production sur la vie de l’opposant marocain plutôt que sur sa mort. Le film avait recueilli, pour la première fois, les témoignages et les archives qui racontent «le parcours d’un enfant de la médina passionné de mathématiques et de politique, qui fut l’un des artisans de l’indépendance de son pays, le fondateur de la gauche marocaine, et l’un des dirigeants les plus en vue du mouvement tiers-mondiste», lit-on dans le synopsis du documentaire.

Le film qui aura rencontré le plus de succès est «J’ai vu tuer Ben Barka». Sorti en 2005, ce film réalisé par Serge Le Péron s’inspire des révélations de Georges Figon, un repris de justice, impliqué dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka. Des révélations que Figon avait confiées aux journalistes Jacques Derogy et Jean-François Kahn, de l’hebdomadaire L’Express, en janvier 1966. La même année, Figon avait été retrouvé mort. La thèse du suicide avait été avancée. Deux ans après le film de Serge Le Péron, Jean- Pierre Sinapi réalise «L’Affaire Ben Barka», un téléfilm français en deux parties.