L’aéronautique traverse avec résilience une zone de turbulences

UN MILLIER D’EMPLOIS SUPPRIMÉS CETTE ANNÉE

L’onde de choc des plans sociaux et des faillites des constructeurs aéronautiques internationaux a résonné chez les équipementiers marocains. Toutefois, cet impact n’a pas été dévastateur pour le Maroc, grâce au positionnement compétitif de la base aéronautique marocaine.

Première victime de la pandémie Covid-19, le secteur aéronautique passe actuellement par la pire crise de son histoire. La fermeture des frontières aériennes a entraîné dans son sillage une crise sans précédent de toute la chaîne de valeur aéronautique. Des avions cloués au sol, des dizaines de milliers d’emplois supprimés et des milliards de dollars de pertes. Le Maroc n’a pas été épargné par cette onde de choc mondiale, la compagnie nationale Royal Air Maroc essuyant des pertes astronomiques et l’on parle d’ores et déjà d’un vaste plan social qui se profile.

«Le secteur aéronautique a été une victime collatérale de cette grande crise liée au Covid-19. Une crise profonde et durable. Nous allons perdre cette année près d’un millier d’emplois et il y aura certainement des restructurations de plusieurs équipementiers marocains et étrangers installés au Maroc. Toutefois, si la baisse d’activité avoisine les 50% au niveau mondial, elle sera moindre au Maroc (entre 30 et 40%).

Si nous avons réussi à limiter les dégâts, c’est grâce au positionnement de la base aéronautique marocaine, une base compétitive et à proximité des principaux donneurs d’ordre. D’ailleurs, tous les investissements prévus cette année ont été, pour le moment, maintenus, à l’instar de ceux du Piston Français, d’AD Industries ou le doublement de la capacité de l’usine de Bombardier», nous déclare Hamid Benbrahim El Andaloussi, président de l’Institut des métiers de l’aéronautique et président honoraire et fondateur du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS).

Malgré l’annonce, fin juin, d’un plan social de l’équipementier Daher au Maroc, ainsi que l’annonce cette semaine de la suppression de 15.000 emplois par Airbus, El Andaloussi préfère rester optimiste. Selon lui, le Maroc dispose d’acquis fondamentaux qui font de la plateforme marocaine l’une des plus résilientes au niveau mondial. Tout d’abord, le Maroc a fait le bon choix de la diversification, en se spécialisant, outre dans le câblage et l’assemblage, dans des métiers de pointe comme l’électronique embarquée, les matériaux composites, l’électronique imprimé et la 3D.

Si l’industrie aéronautique marocaine était plébiscitée, il y a 20 ans, uniquement grâce à la compétitivité de sa main d’oeuvre, aujourd’hui elle peut se targuer de son savoir-faire et de la qualité de ses ingénieurs. Preuve en est la reconversion de plusieurs unités industrielles marocaines dans la santé, en produisant des respirateurs artificiels «Made in Morocco». Une capacité d’adaptation salutaire en cette période de crise, et qui a payé, puisque plusieurs contrats ont été signés avec des partenaires européens dans les domaines de l’industrie pharmaceutique, de l’électronique et le génie biomédical. «Nous avons pu capter d’autres chaînes de valeur et nous reconvertir rapidement.

Nous avons aujourd’hui un trou d’air, mais je reste convaincu que nous allons rebondir plus fort et plus haut», souligne El Andaloussi. En attendant, le secteur devra s’adapter à cette crise qui va durer jusqu’en 2023, année où le marché reviendra à l’équilibre. Les pertes d’emploi risquent de s’aggraver et le manque de visibilité n’est pas pour rassurer. Dans un document récent de l’Association du transport aérien international (IATA), dont Maroc Hebdo détient une copie, le manque à gagner dans le secteur du transport aérien au Maroc avoisinera 1,3 milliard de dollars en 2020 et l’impact sur le PIB est estimé, quant à lui, à 3,4 milliards de dollars.

Pour l’industrie aéronautique, l’IATA rappelle que chaque emploi créé soutient 24 autres dans l’ensemble de l’économie. Une industrie «vitale» que les gouvernements doivent soutenir urgemment, sinon «cette crise sera plus douloureuse et longue», avertit l’IATA. A bon entendeur !.


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