Achoura, le dangereux défouloir des jeunes

CASABLANCA SOUS LA FUMÉE DES PNEUS

Comme de coutume, les Marocains ont célébré, mardi 10 septembre 2019, l’Achoura. Cette date, qui tient une place bien particulière parmi les fêtes religieuses, est synonyme de retrouvailles, d’entraide de solidarité, mais également de pétards.

Depuis une semaine, Casablanca vit au rythme des pétards et des pratiques de la fête traditionnelle. Une fête qui peut vite déraper et virer au cauchemar. Achoura, fête de la jeunesse et de la famille, n’a pas dérogé à la règle. À part les habituels pétards dans les rues, les oeufs pourris jetés sur les passants ou encore les ballons d’eau qui arrivent quand on s’y attend le moins, de nouvelles idées pour faire la fête, pour le moins dangereuses, voient le jour ces dernières années. En effet, certains enfants ne manquent pas d’imagination et s’adonnent à des pratiques dénuées d’humour. «En sortant du lycée, un groupe de jeunes m’ont jeté de l’eau de javel en plein visage», déclare Nawal, encore choquée par ce qui lui est arrivé. De l’eau de javel mais également des produits chimiques en tous genres, ces mélanges à forte odeur représentent un jeu pour ces enfants, mais qui peuvent se révéler dangereux pour les victimes.

Des adolescents qui n’y vont pas de main morte dans les rues de la ville blanche, dans les quartiers populaires comme dans les quartiers chics. «J’ai failli recevoir un pétard en plein visage, au Maârif!» rapporte Amine, un habitant du quartier. Des adolescents qui vendent même les pétards clandestinement, pétards qu’il se procurent auprès de fournisseurs algériens ou chinois, pour faire profiter les jeunes du quartier de ces jouets explosifs. L’année dernière, Achoura s’est soldée par la mort d’un jeune garçon à Derb Ghellaf. Il avait reçu un gros fumigène au cou. D’autres victimes, si elles ne perdent pas la vie, gardent des séquelles irréversibles de l’usage de ces explosifs.

Réglementation freinée
Pour tenter de mettre fin à la circulation de ces produits nuisibles, la loi n°22-16 encadrant l’utilisation des explosifs a été élaborée. Elle a été publiée au bulletin officiel (n°6694) le 26 juin 2018. Sauf que son application dépend de la publication d’un certain nombre de décrets qui n’ont pas encore vu le jour. Cette loi a pour objet de réglementer la fabrication, l’importation, la commercialisation, entre autres, de ces explosifs à usage civile, y compris les artifices destinés au divertissement. Mais les jeunes ne se contentent pas de lancer ces engins explosifs. Dans plusieurs quartiers de Casablanca, de grands feux sont allumés à chaque coin de rue. Pour combustible, il suffit de quelques vieux pneus récoltés ces dernières semaines ou alors des bennes à ordures en plastique lorsqu’il y en a. Ces casseurs, agissant sous le couvert de la célébration de l’Achoura, ont entravé une partie de la circulation routière et fermé de nombreuses rues, dressant des barricades de pneus incendiés, ce qui a transformé ces quartiers en véritables champs de bataille. Heureusement la police a veillé au grain. Les forces de l’ordre ont passé une nuit blanche, à traquer les concentrations de jeunes autour des feux allumés.

Si cette journée aux significations multiples était une occasion pour célébrer des rites et des coutumes ancrés dans notre identité, ce n’est plus le cas ces derniers temps où cette occasion est devenue le théâtre de dérapages plus ou moins graves où les pétards conjugués aux pneus et poubelles enflammés conduisent directement au commissariat de police le plus proche ou aux urgences de l’hôpital si ce n’est au cimetière.


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