Accord de coopération sécuritaire Maroc-Israël: Une étape historique

Jamais l’État hébreu n’avait signé d’accord de défense avec un pays arabe. Pour le Royaume, le texte signé ce 24 novembre 2021 constitue sans doute l’aubaine parfaite pour pouvoir désormais bénéficier du savoir-faire israélien en matière de sécurité.

“Sans précédent”, l’accord de coopération sécuritaire que vient de conclure ce 24 novembre 2021 le Maroc avec l’État d’Israël l’est, assurément, et cela pas seulement dans la bouche du ministre de la Défense israélien, Benny Gantz. Ce dernier, qui a lui-même signé l’accord au cours d’une visite de deux jours qu’il a effectuée dans le Royaume, faisait, ainsi, référence au fait que jamais un pays arabe n’avait franchi, auparavant, un tel pas. “Nous avons franchi une étape historique aujourd’hui,” a commenté, sur le réseau social Twitter, M. Gantz.

Concrètement, l’accord comprend la réglementation de la coopération en matière de renseignement, les achats de sécurité, la formation conjointe et les liens étroits entre les industries. Ce qui, selon les spécialistes, devrait consister en une coopération plus accrue dans le domaine militaire et celui de la sécurité et du renseignement. Sur le réseau social Facebook, le célèbre forum Far Maroc, connu pour être généralement au fait de tout ce qui touche aux Forces armées royales (FAR), a notamment évoqué la création de canaux officiels entre les services de renseignement et de sécurité du Maroc et d’Israël et la mise en place d’une base juridique pour la coopération industrielle et technique, l’échange de visites, les formations et les exercices conjoints.

Ce qui n’est bien évidemment pas sans inquiéter le régime algérien. L’agence officielle Algérie presse service (APS) a, ainsi, consacré une demi-douzaine de dépêches au déplacement de M. Gantz, le dénonçant en donnant la parole au politologue et écrivain palestinien, Salah Aouadh, ainsi qu’au journaliste marocain Ali Lahrouchi.

Avantage décisif
Elle a par ailleurs couvert exhaustivement les appels à manifester, lancés sur Facebook, du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation. Il faut dire qu’Israël dispose d’une des industries de défense les plus avancées au monde. C’est d’ailleurs sur le conseil technique de l’État hébreu que, dans les années 1980, le Maroc avait fait construire son mur de défense dans la région du Sahara; ce qui avait alors donné au Royaume un avantage décisif lui ayant permis de gagner la guerre face au mouvement séparatiste du Front Polisario, finalement réduit à demander le cessez-le-feu au tournant des années 1990.

Depuis le rétablissement des relations maroco-israéliennes, le 22 décembre 2020 sous l’égide des États-Unis, on a notamment vu le Maroc acquérir cinq drones espions Hermes 900 du fabricant israélien Elbit Systems, et plus récemment le Skylock Drone de Rafael Advanced Defense Systems, dont l’objectif est justement de protéger les points névralgiques d’un pays de toute attaque de drone susceptible de les atteindre. Certains avaient même parlé de l’achat du fameux Dôme de fer, qu’utilise Israël pour se protéger des roquettes lancées à son encontre depuis la bande de Gaza par le mouvement palestinien du Hamas, mais au vu de son prix prohibitif -500.000 dollars la batterie de tirs, avec contribution financière non négligeable des États-Unis-, le plus probable est qu’il s’agit de simples rumeurs.

Il y a loin, toutefois, comme le prétend la partie algérienne, d’une cabale maroco-israélienne à l’encontre de l’Algérie, dont les officiels n’avaient, pour rappel, pas manqué de tourner le commentaire fait le 13 août 2021 depuis le Maroc par le ministre des Affaires étrangères israélien, Yaïr Lapid, sur l’alignement, avéré, de la voisine de l’Est sur l’Iran en une prétendue menace -ce fut, soit dit en passant, un des prétextes invoqués, le 24 août 2021, par le ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, au moment d’annoncer la rupture des relations avec le Royaume.

Parer aux périls
Au vrai, le Maroc ne fait que parer aux périls, vrais ceux-là, qui pèsent sur lui en grande partie du fait du soutien de l’Algérie au Polisario, et il se trouve qu’Israël, comme par ailleurs les États- Unis ou la France, ont le savoir-faire dont il a, pour ce faire, besoin. Peut-on par exemple nécessairement parler de complot algéro-russe à l’encontre du Maroc simplement du fait que l’armée algérienne passe son temps à noircir son carnet de commande auprès de l’industrie de l’armement de la Russie? Si Alger se doit de faire attention, c’est plutôt à sa propre impéritie, qui non seulement coûte au peuple algérien, en ébullition depuis février 2019 et le début de son mouvement de protestation du Hirak, mais à l’ensemble du Maghreb.

Elle est ainsi, de façon à peine croyable tellement elle est naïve, en train d’ouvrir la porte de la région au régime iranien, dont on sait qu’il n’a jamais vraiment renoncé au vieux rêve de son ancien guide, Rouhollah Khomeini, d’exporter la soi-disant “révolution islamique” et qui consiste plutôt, en vérité, à faire la promotion internationale de la doctrine chiite jaafarite et transformer les différents pays musulmans en des “velayat-e faqih” sous sa coupe. De la sorte, le croissant qui s’étend aujourd’hui de l’Iran au Liban en passant par l’Irak et la Syrie et même, dans la péninsule Arabique, le Yémen voit se constituer une excroissance maghrébine dont les premières victimes ne sont finalement que l’Algérie, sa stabilité et, au surplus, la sécurité spirituelle de sa population.

“Je rassure nos frères en Algérie: vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc qui n’est nullement un danger ou une menace pour vous. En fait, ce qui vous affecte nous touche et ce qui vous atteint nous accable,” avait, pour sa part, bien signifié, dans son discours du Trône du 31 juillet 2021, le roi Mohammed VI. Au vu des développements des derniers mois, il ne faudra sans doute pas compter sur la junte algérienne pour rectifier le tir...