Un taux d'abstention humiliant pour le président Algérien

Les Algériens boudent massivement le référendum sur la révision constitutionnelle

Les algériens ont rejeté sur le fond et la forme une initiative politique perçue comme un changement de façade et prônent ainsi le boycott du référendum.

Près de 25 millions d’Algériens étaient appelés, dimanche 1er novembre 2020, à se prononcer sur une révision constitutionnelle qui devrait fonder une nouvelle république algérienne, proposée par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, actuellement hospitalisé en Allemagne pour graves complications suite à une probable contamination au Covid-19.

Or, selon les résultats définitifs, ce scrutin a été massivement boudé par les Algériens. Le taux de participation, seul véritable enjeu du scrutin boycotté par l’opposition, ne s’élève en définitive qu’à 23,7%, selon Mohamed Charfi, président de l’Autorité nationale indépendante des élections.

Lors de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, il s’était établi à 40%, soit le taux le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l’histoire de l’Algérie. Si le «oui» l’a emporté avec 66% des suffrages, il n’en demeure pas moins que la population algérienne est restée largement indifférente à cette consultation référendaire qui constitue, aux yeux de tous les analystes politiques, un revers cinglant, sinon humiliant, pour son initiateur, à savoir le président algérien.

“Un plébiscite césariste”
Il faut dire que la date du référendum n’a pas été choisie au hasard: le 1er novembre marque l’anniversaire du début de la Guerre d’indépendance contre la puissance coloniale française (1954-1962). «C’est un référendum issu du haut, un plébiscite césariste», estime, de son côté, Massensen Cherbi, docteur en droit de l’Université Paris II Panthéon-Assas. Dès son investiture, Abdelmadjid Tebboune a fait de la révision de la Constitution son projet phare et a tendu la main aux manifestants du Hirak.

Les Algériens ont rejeté sur le fond et la forme une initiative perçue comme un changement de façade et prônent le boycott du référendum. Né en février 2019 d’un immense ras-le-bol des Algériens opposés à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, le Hirak algérien réclame le démantèlement du système politique en place depuis 1962. Abdelaziz Bouteflika a été poussé à la démission en avril 2019 mais le système, hélas, est toujours là. De fait, la nouvelle constitution, tout en mettant en avant une série de droits et de libertés, n’offre pas de changement politique majeur: elle maintient l’essentiel du régime présidentiel et élargit même les prérogatives de l’armée.

«Rien n’a changé, on reste dans un régime ultra présidentiel», constate le constitutionnaliste Massensen Cherbi. L’échec du président algérien à imposer cette révision constitutionnelle sonne probablement le glas de ce système politique corrompu qui a appauvri les Algériens alors que le pays est l’un des pays les plus riches dans la région. Avec ses ressources pétrolières et gazières considérables, l’Algérie aurait pu offrir à son peuple une vie digne et prospère. Or le pays est gangréné par la corruption et la main-mise de l’armée.


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