Abou Dabi enfin aligné sur Rabat?

CONFLIT LIBYEN

Il semble que les Émirats ne se refusent plus à accepter une solution politique au conflit libyen, même si celle-ci implique un passage par le Maroc.

À mesure que les semaines passent, les informations relatives à la tenue d’un nouveau round de négociation libyen au Maroc se précisent. Cette fois, ce sont des sources libyennes qui ont assuré au quotidien émirati Al-Ittihad, dans un article que ce dernier a publié le 1er septembre 2020, que le round en question est bel et bien dans le pipe, et que la présence de la représentante spéciale adjointe chargée des affaires politiques en Libye auprès de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL), Stephanie T. Williams, le 27 août 2020 à Rabat pour s’entretenir avec le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita avait justement vocation à cela.

Et en soi, le fait que ce journal dont le propriétaire n’est autre que la famille régnante d’Abou Dabi, à savoir les Al-Nahyane, se fasse le relais de ces sources est significatif, dans la mesure où cela est de nature à illustrer un potentiel infléchissement de la part de l’émirat émirati. Ce dernier et, plus particulièrement, son prince héritier Mohammed ben Zayed, qui par ailleurs occupe le poste de vice-commandant suprême des Forces armées de l’État des Émirats arabes unis (EAU), s’opposent catégoriquement en effet au maintien du gouvernement d’union nationale formé en mars 2016 par Fayez el-Serraj suite aux accords de Skhirat du 17 décembre 2015 et soutiennent plutôt l’autoproclamé maréchal Khalifa Haftar, commandant en chef de l’armée nationale libyenne.

La raison en est qu’ils considèrent M. el-Serraj comme un simple cheval de Troie du Qatar et, surtout, de la Turquie, qui intervient désormais militairement dans le pays sur fond de velléités de s’accaparer une partie des ressources énergétiques se trouvant à la frontière maritime libyo-turque (un mémorandum d’accord favorable à Ankara avait dans ce sens été signé le 27 novembre 2019). Chose qui a d’ailleurs fortement indisposé le Maroc, dont le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait évoqué fin mars 2019, en marge d’une visite du roi Abdallah II de Jordanie dans le Royaume, des “désaccords”.

Médiation occidentale
Dans la foulée, le chef de la diplomatie marocaine ignorait Abou Dabi lors d’une tournée qui l’avait mené, quelques semaines plus tard, au Golfe. Mais les défaites militaires successives de M. Haftar, qui avaient carrément poussé le parlement égyptien à autoriser, le 20 juillet, l’intervention des Forces armées égyptiennes en Libye (qui, ceci dit, ne s’est finalement jamais matérialisé) pour lui sauver la face semble avoir amené M. ben Zayed mais aussi ses autres alliés que sont principalement l’Arabie saoudite et, sous le boisseau, la France et la Russie à recommencer à privilégier de nouveau la solution politique, en ouvrant la possibilité à ce que M. el-Serraj soit maintenu.

Ce qui implique un passage nécessaire par Rabat, qui à deux reprises en deux ans -fin avril 2019 et fin juillet 2020- a réussi à réunir au Maroc les deux principaux belligérants que sont les deux chambres du parlement libyens, alors que la médiation notamment occidentale menée fin janvier 2020 par Berlin était restée sans lendemain. Sans parler de l’Algérie, qui du fait d’avoir voulu trop s’accaparer le dossier s’est retrouvée isolée, amenant l’Organisation des Nations unies (ONU) à balayer la candidature de son ancien ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, au poste d’envoyé en Libye. Le Maroc souhaite pour sa part mettre à contribution l’ensemble des pays arabes, comme il l’avait souligné lors du dernier sommet de la Ligue arabe tenu par visioconférence le 23 juin 2020.