Abdoulaye Konaté, d’art et de matière

EXPOSITION

Artiste contemporain africain francophone le plus connu au monde, Abdoulaye Konaté a fait du tissu son matériau de prédilection. Ses sculptures textiles incarnent une quête artistique et spirituelle. Auréolé d’une reconnaissance internationale, il présente l’exposition personnelle “Les Plis de l’âme” à la Galerie 38, à Casablanca, jusqu’au 29 juillet 2021.

Il colore, coupe, coud à souhait. Abdoulaye Konate crée toujours la surprise. Ses créations se déploient en tissus et en nuances vives, symboles d’un art inclassable, qui a sillonné les quatre coins du monde. Curieux, imprégné du savoir- faire des tisserands maliens, puis des surréalistes cubains, l’artiste plasticien a forgé une expression riche à son art. Ses oeuvres, sculptées au fil de textiles ancrés au confluent de l’Afrique ont conquis à l’unanimité depuis quarante ans de prestigieux musées et galeries.

Enfant du Mali, son inclination pour l’humain et son engagement ont participé à asseoir sa renommée internationale. Représenté par Blain Southern, la Primo Marella Gallery et Gallery 1957, il a exposé au musée Zeitz, à Cape Town, en 2019.

Un art inclassable
Fasciné par la couleur au Maroc, où il a déjà exposé en 2017, il présente l’exposition-événement, «Les Plis de l’âme», pensée au fil de onze oeuvres monumentales qui fleurissent l’antre de la Galerie 38, à Casablanca. Réalisées au plus fort du confinement, ses sculptures, dévoilant languettes fines et plates de coton teintées, convoquent des tonalités chaudes qui se muent en un spectacle intriguant.

D’emblée, on est embarqué au coeur d’un récit qui se décline en une traversée chromatique: Le gris-bleu des Touaregs, les verts, les rouges, les bleus, les mauves et les violets du Zaïane, se lit en un hommage à cette tribu berbère du Moyen Atlas qui résista à la conquête française et dont le nom signifie fils de l’ombre. Quant à la diversité de verts, elle incarne un second hommage à la femme marocaine.

Les bleus et verts des cercles Touaregs, les noirs, bruns, rouges, orangés, jaunes et blancs des triangles Sahel-Sahara, les Arkillas Kerka (tentures de mariage peuls) sont une belle alliance entre le Maghreb et le Sahel. «Créer m’a enrichi, l’art est une recherche constante. Lorsque je suis en phase de création, je cherche à transmettre quelque chose, synthétisant ma pensée et mon geste afin de donner un maximum dans un petit comme dans un grand espace.

J’ai voulu rendre hommage à l’Afrique à travers mes tissus avec mes ocres rappelant la couleur de la terre et les bleus, les Touaregs», confie-t-il à Maroc Hebdo. Né en 1953 à Diré, au Mali, Abdoulaye Konaté se forme à l’Institut National des Beaux-Arts de Bamako, ville dont il affectionne l’énergie et l’ouverture au monde puis à l’Institut Supérieur des Arts de la Havane. Voyageur en quête d’autres cultures, il met le cap sur Cuba, où il étudie, une étape qui a marqué son inclination pour l’humain.

«Cuba a aiguisé ma sensibilité, j’y ai exploré tous les médiums. La peinture, la gravure, la sculpture, me nourrissant de tous les courants artistiques, au contact des critiques d’art, des diverses expositions dédiées aux artistes brésiliens, canadiens, américains.

J’adorais participer à des débats», se souvient-il. «Les Plis de l’âme est une continuité de ma précédente exposition à Casablanca. J’y ai introduit un travail sur la composition et la couleur, nourri par des symboles forts propres au Maroc, à la zone des Touaregs et aux bergers peuls, qui s’étend du Mali à l’Ethiopie. Je suis revenu au Maroc car je m’y sens bien», nous témoigne-t-il.

UN ARTISTE MONDIALEMENT RECONNU

Aujourd’hui mondialement reconnu, Abdoulaye Konaté a été présenté sur tous les continents dans de nombreuses foires, biennales et expositions dont la célèbre exposition itinérante Africa Remix (2004-2007). Les institutions les plus prestigieuses accueillent ses oeuvres; c’est le cas du Musée Smithsonian, Washington DC, ou du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2013, de l’Institut du Monde Arabe en 2011, ou encore de la Fondation Blachère en 2010.

Depuis 2002, il est Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France et devient, en 2009, Officier de l’Ordre national du Mali. Chef de la Division des expositions au Musée National du Mali, de 1985 à 1997, il a ensuite été directeur du Palais de la Culture de Bamako et des Rencontres photographiques de Bamako de 1998 à 2002. Il dirige, depuis 2003, le Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia de Bamako