Abdeslam El Yamlahi: "Nous avons perdu plus de 200 millions de dirhams en 2020"

La pandémie de Covid-19 a fortement affecté l’activité des bureaux de change. Ces entreprises ont sollicité une autorisation auprès de l’Office des changes pour exercer en parallèle des opérations de paiement et de transfert afin de disposer de sources de revenus, mais en vain. Abdeslam El Yamlahi, président de la Fédération nationale des associations régionales de bureaux de change (FNAR), fait le point.

Peut-on connaitre le montant de vos pertes financières?
Nous avons enregistré une baisse de l’activité qui dépasse les 95%, notamment au niveau de nos TPME et la perte de centaines de postes d’emplois stables. Les pertes financières enregistrées par l’ensemble des bureaux de change pendant l’exercice 2020 dépassent les 200 millions de dirhams. Les principales régions touristiques telles que Marrakech, Fès, Agadir, Rabat, Casablanca, Meknès, Essaouira, Tanger, Tétouan, Saidia, Al Houceima, Nador et Laâyoune, ont été gravement pénalisées.

Combien de bureaux de change ont suspendu ou arrêté définitivement leurs activités?
Des dizaines de sociétés de change ont été contraintes de cesser définitivement leur activité par manque de moyens de subsistance, la majorité absolue avaient repris légèrement à raison de 10% de leur chiffre d’affaire habituel, suite à la réouverture partielle des frontières en juillet 2020. Leur situation a empiré en raison de la deuxième vague de la pandémie qui a paralysé les voyages à partir des marchés touristiques habituels tels que l’Europe, la Chine, la Russie, les Etats- Unis , l’Afrique et l’Amérique latine.

Concrètement, quel est le noeud de votre problème avec l’Office des changes?
Nous avons contacté l’autorité de tutelle, en l’occurrence l’Office des changes, à maintes reprises, pour qu’il nous ouvre la voie à une activité d’appoint à même de nous permettre de disposer d’une source de revenus. Les responsables de l’Office ont, dans un premier temps, fait montre d’une grande compréhension compte tenu de la sensibilité et de la gravité de notre situation en nous notifiant, par écrit le 14 juillet 2020, leur accord de principe à ce que nous puissions traiter des opérations de paiement et de transfert tout en gardant notre agrément sous la catégorie «A» à condition d’avoir une convention signée avec un établissement de paiement.

Or, malgré la production d’une convention de ce genre, lors de la réunion qui s’est tenue le 28 septembre 2020, avec promesse de nous notifier l’accord définitif dans un délai d’une semaine, un tel accord de leur part ne nous est jamais parvenu malgré des relances et même la présentation, le 28 décembre 2020, d’une autre convention signée avec une société affiliée à une grande banque de la place.

A notre grande déception, nous avons reçu de l’Office des changes un écrit daté du 8 février 2021, nous proposant la conversion totale de notre agrément initial en catégorie «C», relative aux agents mandataires des e?tablissements de paiement, ce qui équivaut en somme à l’abandon de la proposition de base d’une convention de partenariat avec un tel organisme et donc la perte totale de notre statut en tant que société de change autonome.

Ce revirement nous a rendus perplexes. La solution tant simple proposée d’un ajout à notre statut d’une activité connexe est ainsi mise de côté, nous condamnant de fait à nous soumettre au contrôle total de nos actuels concurrents et à la disparition de tout un pan de l’économie, qui joue un rôle stratégique et qui constitue la seule source de revenus de plus de 5.000 familles pendant cette période exceptionnelle.

Votre Fédération a justement organisé une grève nationale le 5 mars 2021 pour dénoncer cette attitude de l’Office des changes…
Nous nous sommes trouvés astreints à prendre une telle mesure devant la situation gravissime que traverse notre métier. La contrainte qui nous est imposée par l’Office des changes de ne pouvoir traiter que le change manuel fait qu’avec le tarissement de la source du change avec la pandémie et la fermeture des frontières, nous sommes catégoriquement sans le moindre revenu. Ainsi, depuis plus d’un an, 781 sociétés de change connaissent un gel total de leur activité et leurs 5.000 employés sont condamnés, car ils ont été exclus par le Comité de veille économique (CVE), de façon inexplicable, du bénéfice de l’indemnité du fonds de soutien depuis juillet 2020, contrairement aux autres secteurs liés au tourisme qui n’ont été touchés que partiellement.

Avez-vous eu un retour des autorités compétentes après votre grève?
Malheureusement, aucune réponse n’a filtré ni de la part de l’Office des changes ni du ministère de l’Economie et des Finances, malgré nos relances à ces deux organismes de tutelle depuis le 15 mars 2021. Ce qui a poussé nos adhérents à se sentir totalement livrés à leur sort. Ce mutisme aggrave notre situation et condamne nos entreprises sinistrées à disparaître rapidement suite aux nouvelles mesures de fermetures des frontières avec la quasi-totalité des pays du monde.

Nous prévoyons de rencontrer ce vendredi 16 avril le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) pour lui transmettre nos doléances, en tant que membres du patronat marocain. Nous espérons son implication pour trouver une issue heureuse afin de soulager la souffrance des milliers de familles lourdement affectées par cette situation.

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