Entretien avec Abderrazzak Zraidi, président du Think Tank Roa Visions

"Un Etat fort pour dépasser l’impact de la crise actuelle"

Pensez-vous que les dispositif mis en place par le gouvernement est à même de lutter efficacement contre le coronavirus et ses effets ?
Abderrazzak Zraidi : Je pense que face à cette crise sanitaire mondiale sans précédent, le Maroc a fait preuve d’un leadership reconnu par la communauté internationale. Plusieurs témoignages et déclarations d’hommes politiques étrangers abondent dans ce sens. En effet, l’Etat marocain, toutes institutions confondues, et en premier lieu l’institution royale, ont été à la hauteur du défi par une série de mesures appropriées, fermeture des frontières, fermetures des écoles, confinement…) Ce qui a permis de limiter la propagation du virus de manière importante. Parallèlement à cela, il y a eu les mesures d’accompagnement économique et social, et qui ne sont pas des moindres. D’abord, la création du fonds de lutte contre le coronavirus et la mise en place du comité de veille économique. Des mesures de nature à venir en aide aux entreprises face aux défis actuels et résorber dans la limite du possible les effets néfastes de la décélération économique. Ce sont des signaux forts sachant que l’impact sera à n’en point douter très dur.
Dans ce contexte, le gouvernement a suivi avec une certaine efficience les mesures prises alors qu’aucun pays n’a été préparé à une telle crise.

Mais le secteur de la santé a montré certaines failles ?
Abderrazzak Zraidi : Même si nous sommes toujours en pleine lutte contre le Covid-19, il y a déjà des leçons à tirer et la première est celle relative aux secteurs sociaux que l’Etat avait délaissés. Le secteur de la santé comme celui de l’enseignement manque d’infrastructures, de matériels et de personnel. On a un problème de traitement et de prise en charge des malades… Le budget du ministère de la santé doit être revu à la hausse de manière substantielle. On s’est rendu compte que la santé manque de salle de réanimation, de tests de dépistage et j’en passe… C’est malheureux de le dire, mais j’espère qu’après le passage de cette crise, la première des choses à faire est de plancher sérieusement sur la réforme globale du secteur de la santé, le dotant de tous les moyens nécessaires et en misant également sur la recherche scientifique. La même chose est à signaler pour le secteur de l’enseignement et de l’éducation citoyenne chez nous. Il faudra y mettre le paquet. En attendant, L’argent du fonds de lutte contre le Covid-19 doit être bien géré et dans la transparence la plus totale pour pouvoir limiter les dégâts.

Que propose votre Think Tank pour résorber les effets de la crise sociale qui s’aggrave avec le coronavirus ?
Abderrazzak Zraidi : Dans le monde entier, il y a une crise économique et sociale grave. Au Maroc, la situation s’est nettement détériorée avec le Covid-19. Crise de l’emploi, de création de richesses, d’innovation… Le Maroc dépend plus des rentrées des MRE et du tourisme, en plus de relations traditionnelles avec l’Europe. Avec la crise du coronavirus, tout cela s’est effondré et nous devons tirer les conséquences, à savoir développer davantage notre tissu industriel, miser sur les nouvelles technologies, revoir notre modèle de développement en fonction des nouveaux paramètres… L’impact de la crise actuelle va être douloureux. Seul un plan Marshall peut sauver la machine économique nationale avec un retour en force de l’Etat. Un Etat fort pour dépasser l’impact de la crise actuelle.
L’investissement public doit désormais être recentré sur les secteurs sociaux. Il nous un gouvernement de crise avec du personnel issu du terrain pour pouvoir redonner espoir aux citoyens et redémarrer l’économie. Le Maroc peut bénéficier, en tant que pays émergent, des fonds d’aide qui seront déloqués sur le plan international.

Quel monde après le coronavirus, d’après votre Think Tank ?
Abderrazzak Zraidi : Il est difficile d’imaginer un scénario précis, cela relève, dans la mesure où la crise est toujours là, de la science-fiction. Néanmoins, il y a des idées qui se précisent, dont la principale est l’actuel ordre mondial ne sera plus de mise après la fin de la lutte contre le Covid-19. Autrement, le jour d’après sera différent avec la Chine qui occupera une place plus importante pour ne pas dire qu’elle sera la principale puissance mondiale reléguant les USA au second plan. L’Union européenne accusera le coup et l’Allemagne renforcera sa place sur l’échiquier international. Cela est souligné par de nombreux chercheurs et spécialistes en géopolitique et en études stratégiques. De même que les dogmes économiques du tout libéral seront revus. Les secteurs sociaux auront désormais la primeur. On a vu l’Italie, la France, l’Espagne ou encore les USA souffrir du manque de moyens du secteur de la santé… Au Maroc, comme dans le reste du monde, l’opinion publique est convaincue plus que jamais du nécessaire retour d’un Etat fort. Un Etat qui se veut entreprenant et rassurant. Un Etat qui lance avec audace le chantier de la réforme de l’économie nationale et qui revoit le rôle et l’apport des institutions agissant dans le domaine de l’action sociale.
D’un autre côté, les partis politiques doivent revoir leur approche. Celle idéologique n’est plus de mise. Ils doivent revoir leurs modes d’action et leurs programmes pour être plus proches des citoyens et de leurs attentes.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case
X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger