Abderrahmane Mejdoubi : "La rareté des aliments de bétail à l’international renchérit les prix sur le marché local"

Entretien avec Abderrahmane Mejdoubi, président de l'Association Nationale Ovine et Caprine (ANOC).

La guerre en Ukraine a créé une pénurie sur le marché international des céréales dont les aliments de bétail. Disponibilité, prix, spéculation… le point avec Abderrahmane Majdoubi, un expert de l’élevage.

Quelles sont les conséquences directes et indirectes de la guerre en Ukraine sur l’approvisionnement des éleveurs en aliments de bétail?
Même avant la guerre en Ukraine, les prix des aliments de bétail étaient légèrement élevés. Déjà, à l’époque, l’orge, aliment de base du bétail, était à 3,5 dirhams/ kilo. Après l’éclatement de la guerre, les fournisseurs de céréales à l’Etat se sont approvisionnés en orge en grande quantité sur le marché local. Le but était d’avoir assez pour répondre aux besoins des éleveurs pendant une durée de neuf mois.

Cette opération a grandement contribué à la hausse des prix. Le prix de l’orge est passé à 5,5 dirhams/kilo. C’est à ce prix que l’État achète l’orge. Bien entendu, c’est le prix d’achat et non le prix subventionné par l’État et accordé aux éleveurs qui, lui, est de 2 dh/kilo. L’État a consacré 10 sacs de 8 quintaux chaque semaine pour chaque éleveur. Le problème, c’est qu’il existe des éleveurs n’ayant plus de bétail qui reçoivent ce quota et qui le revendent tout en renchérissant sur les prix. Personne ne peut contrôler cette spéculation. Pour un éleveur qui a 20 ou 500 têtes, il n’a droit qu’à dix sacs.

Cette quantité ne lui suffit pas au-delà de deux jours. Il se trouve donc obligé d’acheter sur le marché auprès des spéculateurs au prix fort, à cause de la rareté de l’orge et de l’aliment de bétail sur le marché local. Actuellement, si un éleveur veut acheter de l’orge non-subventionné, il va payer au minimum 5 dirhams/kilo. Parfois, l’éleveur aimerait que l’État n’interviendrait pas sur le marché local.

Faites-vous le même constat concernant les autres aliments?
Même le prix de l’aliment composé, à base de céréales et de porto, est monté en flèche et a atteint 5 dirhams/kilo. J’évolue dans ce domaine depuis 35 ans, et c’est la première fois que je constate ces hausses vertigineuses et cette perturbation du marché de l’approvisionnement. En tant qu’éleveurs et que secteur organisé, nous avons demandé l’aliment composé. Si on avait droit à l’aliment composé, la situation se serait inversée. Car la spéculation sur l’aliment composé est très compliquée du fait qu’il est mentionné sur les sacs subventionnés «Interdit à la vente». Sauf que l’aliment composé n’est accordé qu’aux éleveurs de bovins. Nous sommes en train de négocier avec le ministère de l’Agriculture pour que les éleveurs de l’ANOC puissent eux aussi bénéficier de la subvention sur l’aliment composé.

Cette tension sur les prix est-elle due à la rareté des céréales sur le marché international?
En temps normal, quand l’État subventionnait l’orge, le prix de ce dernier finit par baisser. Car il était disponible en grande quantités. Les importateurs se voyaient obligés de s’aligner plus ou moins sur les prix du marché.

Le problème qui se pose actuellement, c’est que l’orge n’est pas disponible sur le marché international. On importait de l’Ukraine et de la Russie, qui sont en guerre. L’Espagne et le Portugal ne disposent pas d’un excédant pour l’exporter. Il reste la France et les États-Unis, qui peuvent nous fournir des quantités de céréales à des prix élevés.

La hausse des prix à l’international est due aussi, en grande partie, aux achats volumineux de la Chine, un pays qui commence à devenir un grand consommateur de céréales, notamment de blé et de maïs. Heureusement, le seul point positif est que les dernières précipitations vont soulager les éleveurs de plusieurs régions, notamment du Gharb. Quant à la zone de l’Oriental, de Taza à Fès, c’est la sécheresse totale.