Abderrahim Derraji: "91% des pharmaciens ont constaté des perturbations d’approvisionnement"

Entretien avec Abderrahim Derraji, membre du bureau national de la société marocaine pour la valorisation de l’acte officinal (smvao) et fondateur de medicament.ma

Alors que le ministère de la Santé a annoncé qu’il n’existe pas de perturbations d’approvisionnement pour les médicaments utilisés dans la prise en charge des cas de Covid-19, une récente étude démontre bien le contraire. Décryptage par médicament et des causes de ces perturbations.

Les pharmacies marocaines sont-elles bien approvisionnées en médicaments utilisés dans la prise en charge des cas de Covid-19?
Nous avons mené, du 19 au 25 septembre, une étude auprès de 719 pharmaciens exerçant dans toutes les régions du Royaume. Elle a révélé que 91% des pharmaciens ont constaté des perturbations d’approvisionnement en médicaments utilisés dans la prise en charge des cas de Covid-19.

Pourtant, le ministère de la Santé a déclaré que cet approvisionnement n’a pas connu de perturbation…
Peut-être que le ministère faisait référence à l’approvisionnement au niveau du secteur public. En tout cas, chez les officines, ces problèmes sont assez récurrents et leur approvisionnement est très perturbé actuellement. Permettez-moi de vousrappeler que les perturbations en termesd’approvisionnement et de disponibilité desmédicaments ne date pas d’aujourd’hui.Avec la crise liée au Covid-19, ce problèmes’est accentué surtout au début, lorsqueles gens se sont rués vers les pharmacies.Heureusement, ils se sont calmésquelques jours après. Ce problème neconcerne pas que le Maroc, puisque plusde 70% de la matière première provientde la Chine et de l’Inde, et avec cette crisesanitaire la chaîne d’approvisionnement aété perturbée au niveau de plusieurs pays,dont le Maroc.

Quels sont les médicaments quiconnaissent les plus importantes perturbations?
Pour 97% des pharmaciens d’officine, l’hydroxychloroquineet la chloroquine n’ontpas été ou ont été rarement disponibleschez leurs fournisseurs. Ceci s’expliquepar le fait que ces médicaments ont étéréquisitionnés et distribués uniquementdans les structures de soins publiques.Pour 79% des pharmaciens, les spécialitésà base de vitamine C n’ont pas été ou ontété rarement disponibles chez leurs fournisseurs;et pour 92% des pharmaciens, laspécialité à base de zinc ayant une autorisationde mise sur le marché n’a pas étéou a été rarement disponible chez leursfournisseurs. Ces perturbations pourraients’expliquer par une production qui peine àcouvrir les besoins de la population, qui ontaugmenté d’une manière exponentielle.

Est-ce que vous avez reçu une autorisationpour distribuer la chloroquine,comme cela a été annoncé par plusieursmédias?
Je n’ai reçu aucune décision officielle et jen’ai pas vu de communiqué officiel annonçantl’autorisation de la distribution de lachloroquine auprès des pharmacies.

L’indisponibilité des médicaments àbase d’hydroxychloroquine et de chloroquinechez les pharmacies a crééde vrais problèmes pour certains malades…
Effectivement, les gens qui doivent prendrerégulièrement le Plaquenil et le Nivaquine,surtout ceux atteints de polyarthrite rhumatoïdeont du mal à s’en procurer, même s’ilssont disponibles chez les structures sanitairespubliques. Mais ça reste très compliquéd’en avoir auprès de ces structures.Mais, globalement, je trouve la décision deréquisitionner ces médicaments pertinentecar elle évite l’automédication et des effetssecondaires qui peuvent être néfastes pourles gens. Ceci dit, la distribution de la chloroquinepar les pharmacies peut aussi êtreefficace, surtout dans les régions qui nedisposent pas de structures sanitaires.

Qu’en est-il du Levonox?
Il s’agit d’un anticoagulant utilisé dans leprotocole sanitaire Covid-19 pour certainscas. Nous avons enregistré des rupturesde stocks et des perturbations, ce qui estnormal, car la demandé a explosé face àune offre incapable de répondre à cette demandeexceptionnelle.

C’est ce qui a causé aussi des cas de rupture pour le Zinaskin?


Les spécialités à base de zinc ont connude vraies perturbations sur le marché. Ladernière fois où j’ai vendu de la Zinaskindate de deux ou trois mois. Notre étude démontre que 36% des pharmaciens ne l’ontjamais reçue et que 56% l’ont rarementreçue par leurs fournisseurs. Il n’y a qu’unseul laboratoire qui commercialise ce produitet il n’y a pas de génériques. Vous pouvezavoir des compléments alimentaires àbase de zinc, mais ils sont chers, ne subissentpas le même contrôle qualité queles médicaments et ils sont moins dosés.

Et pour les spécialités à base de vitamine C?

Même constat que pour la Zinaskin. Normalement,je reçois une quinzaine deboîtes de vitamine C chaque jour au niveaude ma pharmacie, actuellement je n’en reçoisque deux. On nous envoie de la vitamineC au compte-gouttes. Au Maroc, deuxlaboratoires disposent chacun d’une autorisationde mise sur le marché d’un produità base de vitamine C.

Les complémentsalimentaires à base de vitamine C ne sontpas aussi efficaces et sont chers.En revanche, pour le Paracétamol ou l’Azithromycine,qui est un antibiotique administréaux malades atteints de Covid-19, nousn’avons pas enregistré de ruptures car ilexiste beaucoup de génériques pour cesproduits. 90% des pharmaciens sondés ontdéclaré que l’Azithromycine est toujours ousouvent disponible.

D’où l’importance de développer davantagede médicaments génériques au Maroc. Parailleurs, l’indisponibilité des spécialités àbase de vitamine C et de la Zinaskin peutégalement s’expliquer par une répartitioninéquitable entre les pharmacies ou entrele secteur privé et le secteur public


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